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MARSEILLE : « Le rendez-vous des quais » de Paul CARPITA, réédition au cinéma le 14 janvier 2026
« Le rendez-vous des quais » de Paul CARPITA, réédition au cinéma le 14 janvier 2026.
C’est une réédition d’un film pas comme les autres, Le rendez-vous des quais de Paul Carpita, un film témoin de son actualité (la guerre d’indochine). L’histoire de Robert et Marcelle qui sur fond de la réelle grève des dockers à Marseille s’opposaient à la guerre d’Indochine et aux morts inutiles des appelés qui revenaient en cercueil par le port de Marseille. Tourné illégalement, le film sera saisi dès sa première projection, censuré et introuvable durant 35 ans.
C’est lors de la sortie du film en 1990, que j’ai rencontré Paul Carpita. Quelques années plus tard, il m’a proposé de m’occuper de la presse de son nouveau film « Les Sables mouvants« . Une belle complicité s’installera d’autant qu’à l’époque je m’occupais d’un film remarquable « Déjà s’envole la fleur maigre » de Paul Meyer, réalisateur belge, également censuré à la même époque et aussi durant 30 ans. Les présenter l’un à l’autre, a été un grand moment pour moi.
« Ce qui me séduit dans les films de Paul Carpita, c’est leur contenu profondément humain. Avec Paul, nous avons les mêmes méthodes de travail : servir ce qui est devant l’objectif au lieu de le dominer et ne jamais rendre la caméra plus importante que les gens. Paul a trouvé cette manière de faire dix ans avant tout le monde. C’est une tragédie que l’on ait interdit et étouffé son « Rendez-vous des quais ». » Ken Loach.
J’ai aussi des liens de courts métrages de Paul Carpita qui devraient aussi accompagner la sortie du film.
Doriane Films et Les Camarades de Paul Carpita présentent en version restauré 4K.
LE RENDEZ-VOUS DES QUAIS.
Film de Paul Carpita France – 1955 (première sortie 1990) – 1h33 – noir et blanc et couleur – son mono.
NOUVELLE DATE DE SORTIE
Réédition du film au cinéma :
14 janvier 2026
Ce film à été interdit pendant 35 ans.

Résumé :
Au début des années 1950, à Marseille, deux jeunes amoureux, Robert et Marcelle, désireux de se marier, cherchent vainement un logement car ils sont encore hébergés par leurs parents respectifs. Robert est docker tandis que Marcelle est ouvrière en biscuiterie. Robert, en refusant de se rallier au groupement syndicaliste de son frère, va devenir la proie d’un manipulateur. Ce dernier, en lui promettant un logement, va l’entraîner aux limites de la compromission lorsque dockers et ouvriers se mettent en grève pour manifester contre la guerre en Indochine.

Le Rendez-vous des quais est un film français réalisé par Paul Carpita entre 1953 et 1955 sur la grève des dockers à Marseille. Lors de sa première présentation en 1955 à Marseille le film est saisi et le réalisateur conduit au commissariat.
Le film est censuré, puis perdu et finalement retrouvé avant d’être restauré à la fin des années 1980. Le Rendez-vous des quais fut longtemps considéré comme l’une des pièces manquantes du cinéma français. Sa saisie « humiliante » par les autorités lors de sa sortie en 1955, « dans l’indifférence totale de la profession et de la critique », ainsi que l’a confié un jour Paul Carpita, a longtemps constitué une douleur indélébile pour ce cinéaste engagé autrefois instituteur, qui possédait sa carte au Parti Communiste et dont c’était le premier film. « Cela a ouvert en moi une plaie profonde qui a été longue à cicatriser »,
Le Rendez-vous des quais se déroule sur les docks de Marseille et alentours, où des grèves et des luttes sociales des ouvriers contre leurs conditions de travail très rudes et la guerre en Indochine ont éclaté.
Le film est né de la volonté initiale de Paul Carpita et de quelques camarades du parti d’aller documenter les combats quotidiens de ces mouvements sociaux pour contrebalancer les actualités officielles.
Le tournage du Rendez-vous des quais s’est ainsi étalé sur plusieurs mois, au coeur des grèves, avec des acteurs amateurs.
Pour en savoir plus :
Le Rendez-vous des quais : Un film de Paul Carpita et ses histoires, un livre de Claude Martino Éditions de Haute-Provence, Collection Le Cinéma D’ici, 1996 (en cours de réédition).
Claude Martino, journaliste, à fondé Les Amis de Paul Carpita, associé à la réédition du film et apparait en gardian dans le film Les Sables mouvants.
Paul Carpita, cinéaste franc-tireur, entretiens avec Pascal Tessaud, préface de Ken Loach, textes de Dominique Cabrera, Robert Guédiguian et Éric Guirado, L’Échappée, 2009.

L’incroyable destin du « Rendez-vous des quais » de Paul Carpita
Source : cnc.fr
Paul Carpita a longtemps souffert de la disparition du Rendez-vous des quais, son film censuré en raison de ses positions jugées trop proches du Parti communiste, mis sous séquestre, réputé disparu pendant trente-trois ans, et finalement retrouvé à la fin des années 1980… Anaïs Carpita, scénariste et petite fille du cinéaste, raconte l’histoire méconnue de cette « pièce manquante » du cinéma français.
Pouvez-vous nous dire quelques mots de l’histoire autour du Rendez-vous des quais ?
Il s’agit d’un long métrage tourné entre 1953 et 1955 par mon grand-père, Paul Carpita. J’ai grandi avec la légende de ce film d’abord censuré, puis pensé perdu et finalement retrouvé et restauré dans les années 1980. Je suis née en 1983, et le film est sorti des limbes à la fin des années 1980 mais n’a vraiment été redécouvert que dans les années 1990 – jusqu’à être présenté comme un « chaînon manquant » du cinéma français…
Qui était Paul Carpita et comment est-il arrivé au cinéma ?
C’était d’abord quelqu’un de tr��s engagé, il était encarté au PCF. Il a découvert le cinéma juste après-guerre – l’histoire est un peu floue : il a soit récupéré des surplus de pellicule dans un stock de l’armée américaine, soit… il les a volées. Quoiqu’il en soit au tournant des années 1950, avec quelques amis communistes, il s’est mis à réaliser ce qu’il appelait des « contractualités » en opposition aux actualités officielles qui faisaient les louanges des gouvernements successifs. Ce groupe, qui s’appelait Ciné Pax, allait filmer les grèves des dockers, les mouvements sociaux qui éclataient dans les environs de Marseille, pour les documenter. Ils filmaient les gens, leurs luttes quotidiennes, toutes ces choses qu’on ne voyait jamais à l’époque. Et de fil en aiguille il a voulu raconter ça, mais par le biais de la fiction. C’est comme ça qu’est né le projet Le Rendez-vous des quais. Il a écrit une fiction (l’histoire d’amour entre un docker et une ouvrière) qu’il a réalisée sur plusieurs années et dans les conditions du réel. La plupart des acteurs étaient non professionnels et le film mêlait fiction et documentaire.
À l’époque ce n’était pas un cinéaste professionnel…
Pas du tout, il était instituteur. Mais comme il disait lui-même, il était « un instituteur qui savait se servir d’une caméra ». Il n’avait par ailleurs aucune formation. Il était simplement fasciné par le cinéma depuis l’enfance, depuis qu’un instituteur ou un curé avait un jour projeté un petit film. C’était un pur autodidacte. Il a donc pris sa caméra avec des ambitions à la fois artistiques et quasiment documentaires.
Au cœur du film, il y a une grève des dockers. De quoi s’agissait-il exactement ?
C’est cette grève qui a effectivement inspiré Le Rendez-vous des quais. Des dockers avaient arrêté le travail pour protester contre la guerre d’Indochine : ils manifestaient contre des conditions de travail très rudes, mais aussi contre cette guerre coloniale. Le jour on les faisait embarquer des canons et des armes à destination des colonies, et la nuit on ramenait en secret les cercueils des soldats morts. Ils ne voulaient pas être complices de ce conflit, et mon grand-père, viscéralement pacifiste, avait été choqué d’apprendre cela.
Quand il réalise le film, obtient-il des soutiens d’institutions ou de syndicats ?
Oui, le PCF, la CGT l’ont aidé, sans doute financièrement. Même les studios Pagnol (où s’est déroulée la postsynchronisation) l’ont soutenu, alors que politiquement, ce n’était pas tout à fait la même ligne.
Il finit donc son film en 1955 et là…
Eh bien pendant l’une des toutes premières projections publiques, la police fait irruption dans la salle, enlève les bobines et confisque le négatif original en prétextant que ce film avait été tourné sans autorisation (ce qui était vrai). Le film est ensuite passé devant le comité de censure. On a alors reproché à mon grand-père d’avoir réalisé une œuvre susceptible de porter atteinte à l’ordre public. Mon grand-père n’était pas présent à cette projection (il était en classe). Il a été convoqué au commissariat juste après pour qu’on lui signifie tout cela…
Et le film disparaît.
Oui. On lui explique que les négatifs originaux et les copies ont été détruits. Il n’y a plus rien. Pourtant, le PC avait visiblement conservé soit des négatifs soit des copies du film, qui refirent surface vers la fin des années 1980.
Vous vous souvenez de la manière dont le film réapparaît ?
Ce fut un processus évidemment très long et complexe, mais je me souviens d’un moment précis : Jack Lang est alors ministre de la Culture. On est au milieu des années 1980 et c’est un moment où l’on déploie beaucoup d’énergie pour retrouver les archives de films et de photos. On assiste à une prise de conscience de l’importance de conserver des traces de la mémoire collective. Lors d’un déplacement à Port-de-Bouc, dans la région de Marseille, Jack Lang fut interpellé par des gens qui se souvenaient du tournage du Rendez-vous des quais. Des séquences d’échauffourées entre la police et les dockers avaient été tournées là durant quelques journées visiblement épiques et ces témoins lui demandèrent où était passé le film. C’est le moment où la puissance publique a finalement pris connaissance de l’existence du Rendez-vous des quais. Après cela, de nombreuses personnes – comme Jean-Pierre Daniel, fondateur et directeur de l’Alhambra à Marseille – ont tout fait pour qu’il ressorte.
Quelle fut la réaction de votre grand-père ?
Il était ravi. Surpris mais ravi : je pense qu’il avait totalement intégré cette censure. On lui avait non seulement dit que son film pouvait porter atteinte à l’ordre public, mais pire, qu’il n’était pas vraiment cinéaste, qu’il avait réalisé une œuvre amateure qui n’était rien d’autre que du militantisme. Ce fut douloureux pour lui de revoir ce film… Je crois également qu’il y avait un vrai complexe de rapport de classe. Au fond, il s’était permis quelque chose d’interdit. Il s’était rêvé cinéaste et on lui avait fait comprendre qu’il ne pouvait pas l’être.
Sait-on aujourd’hui pourquoi le PC n’a jamais ressorti le film ?
Je ne suis pas une spécialiste, mais je pense que le contexte politique était très compliqué : juste après la guerre d’Indochine, il y a eu la guerre d’Algérie, et pour le parti, ressortir ce film-là à ce moment-là, ne devait pas sembler très opportun. Pour autant, le PCF a bien conservé très précieusement ce film – on m’a même dit que deux ou trois personnes du PC avaient explicitement insisté pour que les éléments ne soient pas détruits…
Vous parliez tout à l’heure du film comme d’un « chaînon manquant du cinéma français ». C’est une expression qui revient souvent, mais pouvez-vous nous expliquer ce qu’elle signifie ?
Au moment où mon grand-père tourne son film, l’Italie est en plein néo-réalisme. En France, on n’en est pas encore là et le cinéma du réel n’arrivera que quatre ou cinq ans plus tard avec la Nouvelle Vague. Pourtant, avant cela, quelqu’un avait bien filmé les vrais gens, dans leurs intérieurs. Quelqu’un avait enregistré le monde réel, capter les mouvements de grève pour ce qu’ils étaient. En mêlant la fiction et le documentaire. Paul Carpita ! Cette censure et l’absence de soutien dans la profession a finalement privé le cinéma français de quelque chose d’unique. C’est pour cette raison que la ressortie a été importante.
Paul Carpita vous parlait-il de ses influences ?
Il parlait du néo-réalisme italien. Mais j’ai du mal à savoir si ses influences étaient conscientes quand il a commencé le film. Quand il parlait réellement des sources du Rendez-vous des quais, il évoquait ses parents, le quartier où il avait grandi… Au fond, il parlait plus du réel que de cinéma.
Quand Le Rendez-vous des quais est ressorti, Paul Carpita a repris sa caméra…
Oui il a réalisé deux films, dont Les Sables mouvants – un film qu’il avait écrit en parallèle du Rendez-vous des quais dans les années 1950, mais qui n’avait jamais vu le jour à cause de ses démêlés avec la censure. C’était un film important pour lui, symboliquement mais pas seulement. Malgré tout ce qu’il avait vécu, il n’avait jamais cessé de filmer. Il avait réalisé beaucoup de courts métrages avec ses élèves en tant qu’instituteur. Et puis il avait fait quelques films de commande pour les municipalités, les régions. Il s’agissait souvent de films engagés et très novateurs pour l’époque (je me souviens notamment d’un documentaire sur la pollution du Rhône dont tout le monde se moquait à l’époque).
Et au tout début des années 2000, il a signé un troisième long métrage de fiction, Les Homards de l’utopie. Dans ses trois films, on retrouve son amour du réel, des luttes sociales et de la fraternité.
24 mai 2023

Jean Fournier Roger Manunta
Robert Fournier André Abrias (sous le pseudonyme « André Maufray »)
Marcelle Jeanine Moretti
Mère Fournier Rose Dominiquetti
Jo Albert Manach
Toine Georges Pasquini
Nique Florent Muñoz
Simone, la femme de Jean Annie Valde
Petite Danielle Yolande Marchand
Liliane, l’amie de Marcelle Andrée Biancheri
L’amie de Toine Louisette Cavolino
Fred Albert Carmiliani
Réalisation Paul Carpita
Scénario Paul Carpita
Dialogues André Abrias, (sous le pseudonyme « André Maufray »)
Musique Jean Wiéner
Photographie Paul Carpita
Assistant-réalisation Florent Munoz
Coopération technique Marc Maurette
Son : Paul Boistelle, Marcel Royné
Montage Suzanne Sandberg, Suzanne de Troye
Producteur délégué (1990) Jacques Hubinet
Société de production Réalisations Cinématographiques de Marseille
Tournage : 1950-1953
Tournage extérieur : Marseille
La copie restaurée du film a été présentée au Festival de Cannes à Cannes Classic en 2023.



Filmographie de Paul Carpita
Paul Carpita est né le 12 novembre 1922 à Marseille et est décédé le 24 octobre 2009 à Marseille).
Réalisateur et scénariste. Le Rendez-vous des quais (1955). Il est connu pour Rencontre à Varsovie (1957), et Graine au vent (1964) ou Les Les Sables mouvants (1996).
Paul Carpita est né d’un père docker et d’une mère poissonnière. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il devient résistant, membre des FTP, et adhère au PCF en 1943. Instituteur, il fonde ensuite le groupe « Cinépax » qui réalise des reportages sociaux et engagés sur la reconstruction de Marseille, sur les manifestations contre la guerre d’Indochine et sur la grande grève des dockers de 1950.
Sa filmographie est associée à Marseille, aux dockers, aux luttes syndicales, à la lutte pour la paix, mais aussi à la poésie de l’enfance.
Son film le plus important Le Rendez-vous des quais, frappé par une mesure d’interdiction totale en juillet 1955 et saisi dès sa première projection le 12 août 1955. Condamné à être détruit, une copie du film sera sauvée par un employé qui la cachera. La copie retrouvée, la censure sera levée en 1989. En 1990, le film sort enfin en salle et suscite l’intérêt des cinéphiles, des médias et du public.
Longs métrages.
1955 : Le Rendez-vous des quais
1996 : Les Sables mouvants
2002 : Marche et rêve ! Les Homards de l’utopie
Courts métrages.
1948 : Pour que nos joues soient toujours roses, série de courts métrages.
1958 : La Récréation (16 min) Filmé à l’école primaire de garçons de Saint-Gabriel , Bld Kraemer , Marseille 14ème
1960 : Marseille sans soleil (17 min)
1962 : Demain l’amour (17 min)
1964 : Des lapins dans la tête (18 min)
1964 : La Grenouille (16 min)
1964 : Graines au vent (18 min)
1966 : La Visite (20 min)
1970 : Adieu Jésus, poème cinématographique (8 min)
1972 : Les Fleurs de glai (Li flour di Glaujo) (18 min)
1992 : La Poupée romaine (13 min)


