LYON : Culture – « Ce que le ciel ne sait pas », une…
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LYON : Culture – « Ce que le ciel ne sait pas », une œuvre monumentale sur la résistance afghane
Un trio d’artistes présente à Lyon une œuvre monumentale sur la résistance afghane à travers la quête de l’eau.
Le 4 juin prochain, le festival Les Nuits de Fourvière à Lyon accueillera en première mondiale « Ce que le ciel ne sait pas », une création interdisciplinaire qui s’annonce comme l’un des événements marquants de la saison culturelle 2026. Portée par l’architecte et artiste afghano-français Feda Wardak, le chorégraphe Saïdo Lehlouh et la compositrice tunisienne Deena Abdelwahed, cette œuvre plastique et chorégraphique propose une lecture inédite des conflits en Afghanistan, loin des récits dominants.
Une enquête forensique monumentale
Au cœur du dispositif se dresse une structure impressionnante : un immense escalier hélicoïdal rotatif sur trois niveaux, interprétation de la vis sans fin d’Archimède. Cette installation immersive n’est pas qu’une simple sculpture ; elle est le support d’une performance chorégraphique et le théâtre d’une « enquête forensique ». Le projet décortique comment un événement unique, une frappe de drone, révèle différentes formes d’extractivisme : celui des sols pour leurs matières premières, celui des corps poussés à l’exil et à l’épuisement, et celui des identités culturelles menacées d’effacement. L’œuvre met en tension trois perspectives spatiales : le ciel, lieu du contrôle militaire occidental ; les sols, marqués par la violence ; et les sous-sols, d’où émerge la résistance.
L’eau, symbole de résistance et de mémoire
Le récit de « Ce que le ciel ne sait pas » s’articule autour de la ressource vitale de l’eau. Il met en lumière les *karez*, des galeries souterraines millénaires qui irriguent les terres arides d’Afghanistan. Ces infrastructures, essentielles à la survie des communautés, ont été massivement endommagées par les bombardements des cinquante dernières années, provoquant sécheresses et exodes. Face à la destruction, des artisans locaux, les « chercheurs d’eau », s’organisent pour restaurer ces réseaux. Ils utilisent des foreuses fonctionnant sur le principe de la vis sans fin pour retrouver les veines d’eau souterraines. L’œuvre souligne ainsi la dualité de cet outil : symbole de l’exploitation des ressources par les multinationales, il devient entre les mains des Afghans un instrument de résilience et de préservation d’un savoir-faire ancestral.
Un trio d’artistes au confluent des disciplines
Cette création ambitieuse est le fruit de la collaboration de trois artistes reconnus. Feda Wardak, à la direction artistique et dramaturgique, explore depuis des années les modèles d’organisation communautaire et les violences invisibles qui façonnent les territoires. Son travail s’inscrit dans un répertoire plus large intitulé « Chercheurs d’eau ». Saïdo Lehlouh, co-directeur du Centre Chorégraphique National de Rennes et de Bretagne, apporte son expertise de la danse, ancrée dans le breakin’ et la notion d’altérité. Enfin, Deena Abdelwahed, figure majeure de la scène électronique expérimentale, signe une création sonore puissante, mêlant influences arabes et musique club avant-gardiste.
Après sa présentation à Lyon aux SUBS du 4 au 6 juin, dans le cadre des Nuits de Fourvière, « Ce que le ciel ne sait pas » voyagera à Marseille du 16 au 18 juin à la Vieille Charité pour le Festival de Marseille, puis à Paris du 17 au 19 décembre à la Grande Halle de la Villette, dans le cadre du Festival d’Automne et en coréalisation avec le Centre Pompidou.

