LOS ANGELES : Helmut K. ANHEIER : « La grande majorité des…
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LOS ANGELES : Helmut K. ANHEIER : « La grande majorité des pays est mal préparée pour l’avenir »
Le nouvel Index Berggruen révèle une course mondiale où les nations progressent sur certains points mais reculent sur la démocratie.
Le stade est planétaire, les compétiteurs sont les nations et le match, c’est celui de la gouvernance. Sur le campus de l’UCLA à Los Angeles, l’arbitre a sifflé : le très attendu Index de Gouvernance Berggruen (BGI) 2026 a livré hier son verdict implacable sur la performance de 145 pays entre 2000 et 2023. Et le score final est pour le moins contrasté. Une partie du tableau d’affichage s’illumine de vert, tandis que l’autre vire au rouge écarlate, annonçant une saison future semée d’embûches.
Le match semble se jouer sur trois terrains distincts. Sur celui des services publics – santé, éducation, infrastructures –, le monde marque des points de manière spectaculaire. Le score global a bondi de 58 à 69 points en 23 ans, une victoire célébrée dans 135 des 145 nations étudiées. Mais sur le terrain de la responsabilité démocratique, c’est la contre-performance : un léger recul de 65 à 64 points, signe d’une démocratisation qui patine. Enfin, le troisième terrain, celui de la capacité de l’État à agir efficacement, se solde par un match nul décevant, passant péniblement de 48 à 49 points.
La Gambie, championne de la remontée
Dans cette compétition mondiale, certaines nations créent la surprise. La Gambie signe la plus belle remontée, un exploit qui la propulse en tête des pays ayant le plus progressé. Dans son sillage, le Bhoutan, la Géorgie, l’Irak et la Tunisie réalisent des performances remarquables. Ces équipes, classées dans la catégorie des « États à capacité limitée », sont les espoirs de la compétition. Mais leur coach principal, le professeur Helmut K. Anheier de l’UCLA, met en garde : « Ils ont la plus grande exposition aux crises futures, qu’il s’agisse du réchauffement climatique, d’une nouvelle pandémie ou de l’impact de l’IA. Et ils ont le moins de capacité à y répondre ». Le risque est immense de tomber dans « un cycle qui érode les institutions qu’ils ont construites », ajoute-t-il, tel un entraîneur lucide avant un match décisif.
Le camp des relégués : une chute vertigineuse
Si certains grimpent au classement, d’autres connaissent une chute libre. Le Nicaragua écope du bonnet d’âne, enregistrant la plus forte baisse de performance depuis 2000. Le Venezuela, Hong Kong, la Hongrie et la Turquie le suivent de près dans cette dégringolade. La liste des dix derniers est complétée par la Russie, l’Iran, la Pologne, le Salvador et la Biélorussie. Fait marquant, la Pologne et la Hongrie, malgré de récents changements de gouvernement, ont été reléguées de la première division des « États démocratiques consolidés » à la catégorie inférieure. Ces nations, qui jouaient autrefois dans la cour des grands, voient leur score s’effondrer, victimes de fautes répétées contre les règles du jeu démocratique.
L’inertie, cet adversaire invisible
Alors, pourquoi le classement mondial évolue-t-il si lentement ? Selon les experts, le plus grand adversaire n’est pas une autre nation, mais l’inertie elle-même. « Malgré tous les discours sur les transformations majeures, la configuration sous-jacente de la gouvernance ne semble tout simplement pas beaucoup changer », analyse Joseph C. Saraceno, co-auteur de l’étude. C’est le poids de l’histoire, des économies et des démographies qui ancre chaque pays dans ses positions. Stella Ghervas, historienne à l’UCLA, confirme : « Les systèmes de gouvernement ne sont pas créés en un instant. Ils évoluent sur de longues périodes ».
Face aux chocs titanesques qui s’annoncent – climatiques, sanitaires, technologiques –, ce manque de préparation fait frémir. Le professeur Anheier lance l’ultime avertissement : « À l’exception de quelques pays du monde démocratique consolidé, la grande majorité des pays du monde est mal préparée pour l’avenir ». Le coup de sifflet final n’a pas encore retenti, mais le temps presse pour que les équipes se mettent en ordre de bataille.
Le rapport complet, « 2026 Berggruen Governance Index – The Four Worlds of Governance », est disponible en téléchargement sur le site de la Luskin School de l’UCLA (https://ucla.app.box.com/s/pjetkgv6tw9mi2m197qmnoyf1v6nxuu8).


