LONDRES : Ma THIDA : « Attaquer la liberté d’expressi…
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LONDRES : Ma THIDA : « Attaquer la liberté d’expression a un coût que nous payons tous »
Le 23 avril, PEN International lancera son rapport 2026, révélant une répression accrue contre les écrivains et une érosion de la libre parole.
À l’occasion de la Journée Mondiale du Livre, l’organisation de défense de la liberté d’expression PEN International publiera son rapport annuel, intitulé « Écrivains en état de siège : Défier le silence ». Ce document dresse un tableau sombre de la situation des auteurs, journalistes et poètes à travers le monde, confirmant une tendance inquiétante : l’espace dévolu à l’expression, à la culture et à la dissidence se réduit inexorablement face à des gouvernements de plus en plus déterminés à museler les voix critiques.
« Quand le patrimoine littéraire et l’expression sont attaqués, notre capacité à développer les récits et les idées nécessaires pour comprendre et affronter les défis apparemment insurmontables du monde est diminuée, ce qui se traduit par un coût que nous payons tous », souligne Ma Thida, présidente du comité des écrivains en prison de PEN International.
Pour marquer cette publication, l’organisation tiendra un débat en ligne le jeudi 23 avril 2026 de 13h00 à 14h30 (heure de Londres), intitulé « Voix libérées : La solidarité internationale à l’ère du désordre mondial ». L’événement, gratuit sur inscription (https://www.eventbrite.co.uk/e/voices-freed-international-solidarity-in-a-time-of-global-disorder-tickets-1987409584567), réunira des écrivains et des militants pour discuter des réalités de la répression et du rôle crucial de la solidarité internationale.
Un bilan alarmant pour l’année 2025
Le rapport de PEN International documente pour la seule année 2025 pas moins de 140 cas de persécution d’écrivains dans le monde. Parmi eux, 32 ont été emprisonnés, 26 ont subi des actes de harcèlement, 23 ont fait l’objet de poursuites judiciaires abusives et 12 ont été victimes de disparition forcée.
Plusieurs cas emblématiques illustrent cette répression. En Inde, la journaliste et auteure Rana Ayyub continue de faire face à des menaces de mort pour ses reportages. Le lauréat biélorusse du prix Nobel, Ales Bialiatski, bien que libéré de prison, a été contraint à l’exil. Au Salvador, le journaliste Óscar Enrique Martínez D’Aubuisson a dû fuir son pays suite à des menaces liées à ses enquêtes sur les liens présumés entre le gouvernement et des gangs. En Érythrée, le sort de l’écrivain Dawit Isaak, détenu depuis près de 25 ans, reste inconnu, tandis que le poète algérien Mohamed Tadjadit subit des emprisonnements répétés pour ses écrits.
Les conflits armés, dévastateurs pour la vie culturelle
Le rapport met en lumière l’impact catastrophique des conflits armés sur la culture. Au Soudan, jusqu’à 90 % des maisons de presse ont été détruites et 27 journaux ont cessé de paraître, le nombre de journalistes actifs passant de 1 500 à moins de 300. En Ukraine, les forces russes sont accusées d’avoir tué au moins 255 personnalités culturelles. À Gaza, les bombardements israéliens ont anéanti des maisons, des bibliothèques et des espaces culturels, forçant de nombreux écrivains au déplacement. Ailleurs, comme en Équateur et à Haïti, la violence des gangs paralyse la vie culturelle et l’accès à l’information.
Censure, désinformation et répression transnationale
Les menaces évoluent et se modernisent. La manipulation de l’information, amplifiée par l’intelligence artificielle, est de plus en plus utilisée pour fausser le débat public et mener des campagnes de dénigrement. La lauréate philippine du prix Nobel de la paix, Maria Ressa, en est un exemple frappant, harcelée judiciairement depuis des années.
La censure de livres, visant particulièrement les œuvres traitant de genre, d’égalité raciale ou des questions LGBTQI, est en hausse, notamment aux États-Unis et au Canada, mais aussi à Cuba, au Mexique et en Türkiye. Les gouvernements étendent également leur répression au-delà de leurs frontières, par le biais de procès par contumace, de menaces d’extradition et de harcèlement des familles, comme l’ont subi l’écrivaine russe Larisa Tuptsokova en Géorgie ou l’auteur malien Étienne Fakaba Sissoko, contraint à l’exil.
La solidarité et des lueurs d’espoir
Face à ce contexte difficile, PEN International et son Fonds d’urgence ont apporté une aide concrète en distribuant 84 bourses d’urgence à des écrivains en danger en 2025. Les principaux bénéficiaires étaient des auteurs palestiniens de Gaza (21 bourses), du Myanmar (16) et d’Afghanistan (7).
Le rapport note également des victoires importantes, fruit d’une mobilisation constante. Parmi celles-ci figurent l’acquittement de l’écrivain mozambicain Alex Barga, la condamnation de l’agresseur de Salman Rushdie, la libération de la Philippine Amanda Echanis, du journaliste ukrainien Vladyslav Yesypenko et de l’écrivain britannico-égyptien Alaa Abd El-Fattah. L’organisation appelle les gouvernements à renforcer la coopération multilatérale, à libérer tous les écrivains injustement emprisonnés et à protéger l’espace civique contre toute forme de violence et de censure.


