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LONDRES : Andrea COSTANZO : « Les tensions au Moyen-Orient accentuent les risques pour les banques grecques et chypriotes »
Une analyse de Morningstar DBRS alerte sur les risques accrus pour les banques grecques et chypriotes, très exposées aux tensions moyen-orientales.
L’escalade des tensions géopolitiques au Moyen-Orient fait peser une menace directe sur la stabilité financière de la Grèce et de Chypre. Dans une analyse publiée ce jour, l’agence de notation Morningstar DBRS met en lumière la vulnérabilité des systèmes bancaires de ces deux pays, dont les économies sont excessivement dépendantes des secteurs du transport maritime et du tourisme, tous deux en première ligne face à la crise.
« Les développements en cours au Moyen-Orient augmentent les risques de crédit des banques grecques et chypriotes si le conflit se prolonge, compte tenu de leurs expositions supérieures à la moyenne au transport maritime et au tourisme », souligne Andrea Costanzo, vice-président des notations des institutions financières européennes chez Morningstar DBRS. Au-delà des impacts sectoriels, l’analyse pointe des effets secondaires redoutables : hausse des coûts de l’énergie, pressions inflationnistes, affaiblissement de la croissance et perturbations des chaînes d’approvisionnement.
Transport maritime et tourisme : des piliers économiques ébranlés
La Grèce et Chypre se distinguent au sein de l’Union européenne par le poids démesuré du tourisme et du transport maritime dans leur produit intérieur brut. L’analyse de Morningstar DBRS révèle que la part des hôtels et restaurants dans la valeur ajoutée brute (VAB) est de 7,3 % en Grèce et 6,6 % à Chypre, contre seulement 2,9 % en moyenne dans l’UE.
Le secteur maritime subit de plein fouet les perturbations. Le blocage de facto du détroit d’Ormuz et les troubles en mer Rouge ont entraîné une réorientation massive des routes commerciales, notamment autour du cap de Bonne-Espérance. Cette situation engendre une hausse des coûts d’assurance, de carburant et de sécurité, exerçant une pression à la hausse sur les taux de fret. Le port du Pirée, en Grèce, a déjà vu son débit de conteneurs chuter de près de 13 % au premier semestre 2024.
Le tourisme, autre moteur de croissance essentiel, est également menacé. La fermeture d’espaces aériens, l’allongement des temps de vol et la hausse des prix du kérosène pèsent sur la demande. Chypre apparaît particulièrement vulnérable en raison de sa proximité géographique avec les zones de conflit et de sa forte dépendance à l’égard des touristes israéliens (13 % des arrivées en 2025), dont les flux sont aujourd’hui paralysés. En conséquence, les prévisions de croissance du PIB réel pour 2026 ont été revues à la baisse pour les deux pays.
Des risques de crédit asymétriques pour les banques
L’impact sur les bilans bancaires pourrait être inégal. Fin 2025, les prêts au secteur du transport et de l’entreposage représentaient 19,8 % du total des crédits aux entreprises en Grèce, contre 11,2 % à Chypre (moyenne UE : 5,5 %). Inversement, les prêts au secteur de l’hébergement et de la restauration constituaient 21,2 % du portefeuille à Chypre, contre 11,1 % en Grèce (moyenne UE : 2,6 %).
Les banques grecques, plus exposées au transport maritime, bénéficient de facteurs atténuants : leurs prêts sont souvent adossés à des actifs (les navires) et orientés vers un marché mondial, offrant une résilience à court terme. À l’inverse, la forte concentration des banques chypriotes sur le tourisme les expose à une pression plus immédiate. Une baisse durable des flux touristiques affecterait directement les PME, le revenu des ménages et les prix de l’immobilier, dégradant rapidement la qualité des actifs.
Des bilans solides comme rempart
Malgré ces menaces, l’analyse souligne que les deux systèmes bancaires abordent cette période de turbulences avec des fondamentaux solides. La qualité des actifs s’est nettement améliorée ces dernières années, avec des taux de prêts non performants (NPL) proches de zéro dans le transport et bien inférieurs à la moyenne européenne dans le tourisme fin 2025.
De plus, la rentabilité des banques grecques et chypriotes se maintenait au-dessus de la moyenne de l’UE au quatrième trimestre 2025, et leurs fonds propres constituent des amortisseurs de chocs importants. « Les deux secteurs bancaires conservent une forte rentabilité et des volants de fonds propres qui les aideront à naviguer dans un environnement opérationnel plus risqué », conclut Andrea Costanzo. La durée et l’éventuelle escalade du conflit au Moyen-Orient restent cependant les principaux facteurs qui détermineront l’ampleur finale de l’impact sur leur stabilité.
Pour plus d’informations, l’étude complète est disponible sur le site de Morningstar DBRS (http://dbrs.morningstar.com).

