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LE CAP : NJ AYUK : « Le gaz naturel est la seule ressource pour alimenter immédiatement l’IA en Afrique »
Face à l’explosion des besoins énergétiques de l’IA, le gaz naturel africain s’impose comme un atout majeur pour le développement numérique du continent.
LE CAP, Afrique du Sud – Alors que la révolution de l’intelligence artificielle (IA) redessine l’économie mondiale, une contrainte majeure émerge : l’énergie. Les centres de données, véritables piliers de l’IA, exigent une alimentation électrique massive, stable et ininterrompue. Pour l’Afrique, ce défi représente une opportunité historique de transformer ses vastes ressources en gaz naturel en un levier de développement numérique, un sujet qui sera au cœur des débats lors de l’African Energy Week 2026.
Un paradoxe africain : richesse en gaz, pauvreté numérique
Le continent africain détient des réserves prouvées de gaz naturel de plus de 600 000 milliards de pieds cubes, une part significative des ressources mondiales. Pourtant, cette richesse contraste fortement avec son infrastructure numérique embryonnaire. L’Afrique, qui abrite près de 20 % de la population mondiale, ne représente que 0,6 % de la capacité totale des centres de données. La capacité installée, incluant les projets en cours et planifiés, s’élève à seulement 1,2 GW, dont à peine 360 MW sont actuellement opérationnels. Historiquement tournée vers l’exportation, une grande partie de cette manne gazière quitte le continent sans alimenter son propre développement.
L’IA, un ogre énergétique en pleine croissance
La demande en infrastructures numériques s’accélère à un rythme effréné. Selon les projections, les besoins des centres de données en Afrique devraient être multipliés par 3,5 à 5,5 d’ici 2030, ce qui nécessitera des investissements colossaux estimés entre 10 et 20 milliards de dollars. En parallèle, la consommation d’électricité de ces infrastructures connaît une croissance annuelle de 20 à 25 % et devrait atteindre 8 000 GWh dans les prochaines années. À l’échelle mondiale, les centres de données absorbent déjà 1,5 % de la production électrique totale, avec une demande qui croît de 12 % par an, bien plus vite que la consommation globale.
Le gaz naturel, une solution fiable et immédiate
Dans ce contexte, le gaz naturel apparaît comme un atout essentiel. Contrairement aux énergies renouvelables dont la production est intermittente, les centrales à gaz fournissent une énergie de base, réglable et continue, parfaitement adaptée aux exigences de fonctionnement 24h/24 et 7j/7 des centres de données. Cet avantage est d’autant plus crucial sur les marchés émergents où la fiabilité des réseaux électriques est souvent inégale. Le potentiel d’approvisionnement est immense, soutenu par des projets d’envergure. Les gisements offshore du Mozambique devraient produire plus de 13 millions de tonnes de GNL par an. Le Nigeria, fort de ses 200 000 milliards de pieds cubes de réserves, poursuit sa stratégie de monétisation, tandis que de nouveaux acteurs comme le Sénégal et la Mauritanie entrent sur le marché avec des projets de GNL à grande échelle.
D’un exportateur d’énergie à un leader du numérique
L’enjeu pour l’Afrique n’est plus seulement d’exporter son gaz, mais de l’utiliser pour alimenter son industrialisation et bâtir son autonomie numérique. Les projets de conversion du gaz en électricité (gas-to-power), couplés au développement de centres de données, pourraient ancrer durablement l’infrastructure numérique dans des régions riches en énergie. Des pays comme le Nigeria, l’Égypte et l’Algérie sont idéalement placés, tandis que des producteurs émergents comme le Mozambique et le Sénégal ont l’opportunité d’intégrer cette vision dès la conception de leurs nouveaux pôles industriels.
« Il ne s’agit pas seulement d’un débat sur l’énergie, mais d’une stratégie économique », déclare NJ Ayuk, président exécutif de la Chambre africaine de l’énergie.
« Les centres de données d’IA nécessitent une alimentation électrique constante et fiable à grande échelle, et le gaz naturel est la seule ressource dont dispose aujourd’hui l’Afrique pour y répondre immédiatement. Si nous alignons le développement du gaz sur les infrastructures numériques, nous pourrons industrialiser, créer des emplois et positionner l’Afrique comme un acteur de premier plan dans l’économie mondiale de l’IA ».
Cependant, des défis importants subsistent. Les lacunes en matière d’infrastructures de transport (gazoducs), les contraintes de prix et l’incertitude réglementaire freinent encore l’utilisation du gaz sur le continent. Sans investissements coordonnés, l’Afrique risque de perpétuer son rôle d’exportateur de matières premières tout en important des services numériques à forte valeur ajoutée. L’ère de l’IA offre au continent une chance unique de transformer son avantage énergétique en une véritable compétitivité mondiale.

