LA CIOTAT : Séverine FERNANDEZ : « Les pouvoirs publics ne…
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LA CIOTAT : Séverine FERNANDEZ : « Les pouvoirs publics ne prennent pas conscience des enjeux sanitaires liés aux allergies »
L’allergologue Séverine Fernandez alerte sur l’explosion des allergies aux pollens, devenues un enjeu majeur mais sous-estimé de santé publique.
Alors que les beaux jours s’installent, les allergies aux pollens, souvent perçues comme un simple désagrément saisonnier, constituent en réalité une crise sanitaire grandissante. Avec près de 30 % de la population française adulte touchée, contre 20 % au début des années 2000, le phénomène s’intensifie et s’aggrave, transformant la vie de millions de personnes. Le Dr Séverine Fernandez, médecin allergologue à La Ciotat et présidente du Syndicat français des allergologues (Syfal), tire la sonnette d’alarme sur une problématique minimisée par les autorités.
Un cocktail explosif : climat et pollution
L’augmentation spectaculaire des allergies respiratoires n’est pas le fruit du hasard. Elle est la conséquence directe de deux facteurs environnementaux majeurs. « Sous l’effet du réchauffement climatique, qui engendre des périodes de pollinisation plus précoces et plus longues, la population est exposée plus longuement aux allergènes », explique le Dr Fernandez. Mais un autre coupable est pointé du doigt : la pollution atmosphérique. « La pollution de l’air, notamment à l’ozone, est un polluant qui casse l’enveloppe des pollens pour le rendre plus allergisant, ce qui constitue un facteur aggravant ». Ce cocktail toxique ne se contente pas d’augmenter le nombre de personnes allergiques ; il rend les symptômes plus sévères, avec des conséquences parfois graves. Aujourd’hui, 85 % des cas d’asthme chez les enfants sont d’origine allergique, une statistique qui illustre l’urgence de la situation.
Une urgence de santé publique ignorée
Malgré des chiffres alarmants, la reconnaissance des allergies comme un enjeu de santé publique prioritaire peine à s’imposer. « On parle des allergies au printemps parce que c’est un moment où elles culminent avec les pollens. Mais les allergies sont présentes toute l’année », insiste la spécialiste. Elle rappelle que le danger est bien réel : « Contrairement aux idées reçues, on peut mourir de symptômes liés aux allergies quand elles sont sévères, comme dans les cas d’anaphylaxie ». Pourtant, l’ampleur du problème reste sous-évaluée. « Elles représentent pourtant la 4ème maladie chronique au monde. En France, 30% de la population, soit près de 23 millions de personnes souffrent d’allergies », déplore le Dr Fernandez. Face à cette vague, le système de santé semble démuni, avec seulement 456 allergologues en exercice pour l’ensemble du territoire et une formation limitée à 35 internes par an.
Le phénomène croissant des allergies croisées
La complexité du phénomène s’accroît avec la multiplication des allergies croisées, où une allergie respiratoire en entraîne une autre, alimentaire. Dans la région Sud, le pollen de cyprès, première cause d’allergie pollinique, est au cœur d’un syndrome de plus en plus fréquent. « Certaines personnes, exposées et sensibilisées dans leur enfance au pollen de cyprès, manifestent des allergies à la pêche une fois adultes », détaille Séverine Fernandez. Ce syndrome « cyprès-pêche » est dû à des protéines similaires présentes dans l’arbre et le fruit. Ce lien entre allergies respiratoires et alimentaires est désormais une certitude scientifique : on estime que 60 % des allergies alimentaires sont associées à des allergies respiratoires. Un phénomène similaire est observé dans le nord de la France avec le syndrome « Bouleau-pomme ».
Vers une mobilisation générale
Face à ce constat, l’inaction n’est plus une option. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) estime que 50 % de la population mondiale pourrait être allergique d’ici 2050. Pour contrer cette prédiction, le Dr Fernandez appelle à une action concertée : « Pour moi, la solution est de parvenir à travailler ensemble main dans la main. À se rassembler au sein d’une structure commune pour regrouper les actions et partager les savoirs ». Elle plaide également pour une reconnaissance au plus haut niveau de l’État : « Pourquoi ne fait-on pas la même chose pour les allergies ? La santé mentale est portée pour la seconde année comme Grande cause nationale… Et si c’était le tour de l’allergie ? ».
En région Sud, l’organisme de surveillance de la qualité de l’air AtmoSud, nouvellement en charge de l’information et de la surveillance des pollens, prend le sujet à bras-le-corps. Un forum régional dédié aux pollens se tiendra le jeudi 18 juin au World Trade Center à Marseille, réunissant experts, professionnels de santé et publics sensibles pour mieux comprendre et se préserver. Par ailleurs, AtmoSud Formation propose des sessions sur la qualité de l’air intérieur les 4 et 11 juin, destinées aux gestionnaires d’établissements recevant du public. Les inscriptions sont ouvertes sur le site d’AtmoSud (https://bit.ly/4ciumYJ).

