JOHANNESBURG : NJ AYUK : « La collaboration africaine est l…
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JOHANNESBURG : NJ AYUK : « La collaboration africaine est la clé de notre avenir énergétique »
Le Sénégal et le Nigeria ont conclu un accord de coopération énergétique majeur, salué par l’AEC comme un tournant pour le continent.
Une nouvelle ère de coopération énergétique s’ouvre en Afrique de l’Ouest. À l’issue d’une visite de travail de haut niveau à Abuja cette semaine, le Sénégal et le Nigeria se sont engagés à renforcer leurs liens bilatéraux sur l’ensemble de la chaîne de valeur des hydrocarbures. La délégation sénégalaise, menée par le ministre de l’Énergie Birame Soulèye Diop et des représentants de la compagnie pétrolière nationale Petrosen, a rencontré son homologue nigérian, le ministre d’État chargé des ressources pétrolières Heineken Lokpobiri, ainsi que la direction de la Compagnie nationale nigériane du pétrole (NNPC). Au cœur des discussions : le raffinage, la valorisation du gaz, l’élaboration de politiques communes et le développement du commerce intra-africain de l’énergie.
Un partenariat stratégique pour l’Afrique
Cette initiative a été vivement saluée par la Chambre africaine de l’énergie (AEC), qui y voit un signal fort pour l’industrialisation et la souveraineté énergétique du continent. L’organisation, qui se fait la voix du secteur, estime que de tels rapprochements sont essentiels pour attirer les investissements, construire les infrastructures nécessaires et renforcer les capacités institutionnelles. Le partage de connaissances entre des compagnies nationales comme Petrosen et la NNPC est jugé crucial pour accélérer le développement de projets stratégiques.
« C’est exactement le type de collaboration dont l’Afrique a besoin. Lorsque des pays comme le Sénégal et le Nigeria travaillent ensemble – en partageant leurs connaissances, en construisant des infrastructures, en renforçant les compagnies nationales et en améliorant les politiques –, nous créons un environnement propice aux investissements et permettant à l’Afrique de prendre en main son avenir énergétique. Des partenariats solides entre les nations africaines constitueront le fondement de la sécurité énergétique, de l’industrialisation et de la croissance économique sur l’ensemble du continent », a déclaré NJ Ayuk, président exécutif de l’AEC.
Ce rapprochement intervient alors que plusieurs pays africains œuvrent à la mise en place de la Banque africaine de l’énergie, projet dans lequel le Sénégal s’est déjà illustré en versant sa contribution au capital.
Les ambitions sénégalaises en pleine expansion
Pour le Sénégal, ce partenariat avec le géant nigérian pourrait catalyser le renforcement de sa gouvernance et la rationalisation de ses procédures d’octroi de licences, augmentant ainsi son attractivité pour les capitaux étrangers. Le pays, devenu récemment producteur, a affiché des résultats prometteurs. La production du champ pétrolier de Sangomar s’est stabilisée autour de 100 000 barils par jour, avec 36,1 millions de barils produits sur la seule année 2025. Parallèlement, le projet de Gaz Naturel Liquéfié (GNL) Greater Tortue Ahmeyim (GTA) a exporté 24 cargaisons entre février 2025 et février 2026, ainsi que 1,6 million de barils de condensats.
Le pays ne compte pas s’arrêter là et envisage l’expansion de ces deux projets, tout en développant le champ offshore Yakaar-Teranga. L’exploration terrestre est également une priorité, avec une campagne de 100 millions de dollars lancée par Petrosen pour identifier de nouvelles découvertes d’ici la fin 2026.
Le Nigeria, un géant qui consolide son leadership
Leader historique de la production pétrolière en Afrique, le Nigeria poursuit un objectif ambitieux de près de 2 millions de barils par jour. Pour y parvenir, le pays a lancé un cycle d’octroi de licences pour 2025 portant sur 50 blocs pionniers, visant à attirer 10 milliards de dollars d’investissements. Les compagnies pétrolières internationales comme Chevron, ExxonMobil et Shell sont de nouveau engagées dans l’exploration en eaux profondes.
En aval, le Nigeria prévoit d’étendre la capacité de la méga-raffinerie Dangote de 650 000 à 1,4 million de barils par jour. La valorisation du gaz est également en marche, avec 2 milliards de dollars d’investissements attendus suite à l’attribution de permis d’accès au gaz de torchère. La coopération avec le Sénégal s’inscrit donc parfaitement dans sa stratégie de renforcement des marchés énergétiques régionaux.
La collaboration, nouveau paradigme énergétique africain
Ce renforcement des liens entre Dakar et Abuja illustre une tendance de fond sur le continent : la collaboration remplace progressivement la compétition pour débloquer les investissements et garantir une sécurité énergétique à long terme. En unissant leurs forces, le Sénégal et le Nigeria posent les jalons d’un marché africain de l’énergie plus intégré, plus robuste et maître de son destin.


