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HYERES : Deux magiciennes au musée du Niel, exposition Dubu…

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HYERES : Deux magiciennes au musée du Niel, exposition Dubuffet et les magiciens jusqu’au 2 novembre

Au Musée du Niel cette année, deux magiciennes !

Parmi les artistes réunis autour de l’exposition 2025 du Musée du Niel, comment ne pas se laisser capter par les œuvres de deux artistes singulières ? On pourrait même dire des démiurges ; elles façonnent en effet leur propre monde, sous la forme d’une cosmogonie personnelle… Ce sont les deux mondes de Aloïse et de Baya. Rien ne les rapproche dans leur parcours de vie : l’une en Suisse, l’autre en Algérie ; l’une d’une famille d’employés, traditionnelle, l’autre d’un milieu si modeste qu’il ne lui donne pas accès à l’instruction ; l’une qu’une forme d’acharnement du destin a voulu toujours contraindre, l’autre qu’une chance, une rencontre, des rencontres imprévisibles, ont permis d’émanciper.

Les regards dessinés ou peints révèlent comment l’une en livrant un décor de théâtre refuse de se livrer au monde extérieur et se cache derrière le masque bleu de ses personnages ; comment l’autre trace sans fin des yeux de profil, stylisés et cernés de khôl, que prolongent sur un même plan et les robes de ses personnages, et les lignes ondoyantes d’une nature stylisée. Et pourtant ! En découvrant simultanément l’œuvre de ces deux artistes singulières, le lien se tisse hors du temps.

Leur personnalité, leur esprit, semblent avoir été forgés par la collusion d’un double traumatisme, personnel et historique. Aloïse est obligée avec l’annonce de la guerre entre la Prusse et la France de renoncer à son travail de gouvernante à la Cour de Guillaume II, elle doit laisser derrière elle ses rêves de paix ; sa schizophrénie s’aggrave, on décide de l’interner à La Rosière en 1918, elle tourne alors le dos au monde d’autrefois, coupé soudainement de tous liens familiaux et sociaux. Elle vit son internement forcé comme une mort. Baya est quant à elle confrontée à la misère dans son Algérie natale et à la perte de ses parents encore enfant, puis devenue femme, elle sera confrontée à la guerre d’indépendance, longue et d’une rare violence. De la boue, des décombres de leur vie et du monde, elles Et pourtant !

Toutes deux rêvent de chanter un monde à elles ; Aloïse qui rêvait d’être cantatrice et déploie un opéra imaginaire, et Baya imprégnée des rythmes de l’art populaire qui décline une partition de vides et de pleins dans des variations de couleurs remarquables, sobres comme l’ocre-brun des poteries ou stridentes comme les motifs des textiles traditionnels. A comme Aloïse et Baya…ce sont des peintures voyelles qui ouvrent une voie neuve. En dessinant des figures féminines en majesté, des bleus spirituels et victorieux, des rouges en ciel, pour l’une, une flore merveilleuse et charnue, des ouds et des oiseaux, pour l’autre, elles se créent chacune un merveilleux cocon.

Toutes les deux virtuoses de la couleur et de la ligne sans repentir, déploient, tournoient et font surgir sur le papier un feu d’artifices tout en arborescence. Toutes deux peignent la femme, superbe et sensuelle, mystérieuse ou incarnée.

La beauté royale de femmes inaccessibles, amoureuses et enfantant pour Aloïse. La figure maternelle trop vite absente et incessamment inspirante pour Baya. Les deux artistesfont partie de la collection de l’Art Brut du centre d’art de Lausanne. En 1949, à la galerie Drouin se tient la première exposition d’Art Brut avec plus de deux-cents travaux de soixante-trois auteurs.

Parmi eux déjà Aloïse Corbaz, dont Dubuffet disait : « Je crois que la vaste tapisserie à mille volets d’Aloïse peut être considérée comme la seule manifestation vraiment resplendissante, dans la peinture, de la pulsation proprement féminine. »

Quant à Baya, si sa première rencontre avec Jean Dubuffet date de 1947 à Alger, elle sera consacrée trente plus tard avec une donation importante de ses œuvres à la collection Dubuffet : « Les œuvres, dit-il, sont extrêmement attachantes et pour moi très stimulantes. Maintenant je vais les envoyer à Lausanne pour qu’elles prennent place dans la collection de l’Art Brut. Je suis très heureux qu’elles y figurent. »

En contemplant les cinq œuvres exposées au Musée du Niel dans le cadre de son exposition « Dubuffet et les magiciens – Expressions singulières 1945-2000 », s’opère comme un ricochet, solaire, entre les œuvres qui font surgir toutes sortes d’images dans les imaginaires. Les visiteurs du musée y voient une corne d’abondance, une espérance, toute aussi précieuse et nécessaire aujourd’hui qu’hier. Celle de recolorer le monde, de le faire refleurir.

Exposition Dubuffet et les magiciens – Expressions singulières 1945-2000

Au Musée du Niel jusqu’au 2 novembre

Catalogue en vente au musée.

Evènements et billetterie en ligne sur www.museeduniel.com

Les réservations sont à faire en ligne sur https://museeduniel.seetickets.com/content/billetterie