HYÈRES : Défense antiaérienne – Le 54ème RA teste les…
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HYÈRES : Défense antiaérienne – Le 54ème RA teste les drones tueurs de drones
Le 54ème Régiment d’Artillerie évalue deux modèles de drones intercepteurs pour contrer les nouvelles menaces aériennes de type Shahed.
Face à la prolifération des drones et des munitions rôdeuses sur les théâtres d’opérations modernes, l’armée de Terre française cherche activement des solutions de riposte efficaces et économiquement viables. Mandaté par le Commandement du combat futur (CCF), le 54e Régiment d’Artillerie (RA) de Hyères, seule unité spécialisée dans le combat antiaérien, mène actuellement une évaluation tactique (EVTA) de deux systèmes de drones intercepteurs sur le site de la Direction générale de l’armement (DGA) sur l’île du Levant. L’objectif est de doter les forces d’une capacité de lutte antidrone spécialisée, capable de neutraliser des menaces comme les drones iraniens Shahed ou les munitions russes Lancet, observés massivement en Ukraine.
Un impératif stratégique et économique
Le recours à des solutions de haute technologie pour contrer des menaces à bas coût pose un défi majeur. Comme l’a récemment souligné Catherine Vautrin, la ministre des Armées, la question de « l’adéquation entre l’effet militaire recherché et les moyens » est centrale. Utiliser un missile air-air MICA, d’une valeur de 700 000 euros, tiré depuis un Rafale pour détruire un drone valant cinquante fois moins n’est pas une stratégie soutenable à long terme, tant pour les budgets que pour la gestion des stocks de munitions.
Dans un entretien à l’hebdomadaire *Le Point*, le chef d’état-major de l’armée de Terre (CEMAT), le général Pierre Schill, a confirmé cette orientation en annonçant l’expérimentation de nouvelles solutions. « Nous expérimentons des drones intercepteurs », a-t-il déclaré, précisant que les modèles testés semblaient efficaces, contrairement à d’autres au pilotage trop complexe. Cette démarche complète les moyens déjà déployés au Moyen-Orient, comme les hélicoptères Tigre ou les systèmes de missiles MISTRAL, pour offrir une réponse plus agile et proportionnée.
L’évaluation tactique sur l’île du Levant
C’est donc dans le cadre de l’opération Sagittaire que le 54e RA conduit cette évaluation cruciale, en lien étroit avec la Section technique de l’armée de Terre (STAT) et la DGA. Le régiment a communiqué le 3 avril dernier sur cette mission, précisant que l’EVTA vise à « mesurer l’apport d’un nouveau type de solution antiaérienne innovante ». Le but est clair : « doter l’armée de Terre d’une capacité de lutte antidrone spécialisée permettant de mieux combattre les drones et munitions téléopérées ou guidées sur coordonnées ». Pour ce faire, des équipes dédiées, baptisées DID (drone intercepteur de drones), ont été formées au sein du régiment. Celles-ci ont déjà pu s’approprier les systèmes et mener à bien plusieurs séquences d’interception.
GOBI et Hornet : deux solutions à l’étude
Deux drones sont actuellement soumis aux tests des artilleurs. Le premier, le GOBI, est développé par la société Harmattan AI. Conçu pour être opérationnel une minute après son lancement, il analyse le spectre électromagnétique pour détecter une menace. Une fois la cible validée, il la poursuit et passe en mode « guidage terminal ». Grâce à la vision par ordinateur, il identifie le point d’impact optimal pour une frappe cinétique, c’est-à-dire par collision, neutralisant ainsi la menace sans explosion. Le GOBI peut atteindre une vitesse de 350 km/h et a une portée d’interception de 5 km.
Le second modèle est le Hornet, de l’entreprise Destinus, fondée en Suisse mais qui a récemment implanté une filiale en France. Lancé depuis un conteneur et doté d’une propulsion électrique, cet aéronef dispose d’une portée de 70 km. Selon son fabricant, il « permet d’assurer une défense rapide, proportionnée et économique contre les drones, les munitions rôdeuses et les hélicoptères », bien que l’entreprise reste discrète sur ses performances détaillées.
Vers une nouvelle capacité pour l’armée de Terre
L’importance de ces travaux a été soulignée par la présentation des résultats au général Fabien Mandon, le chef d’état-major des armées (CEMA), ainsi qu’au général Schill. Ces évaluations préfigurent l’intégration prochaine de nouvelles briques capacitaires dans l’arsenal antiaérien français. « Expert antiaérien de l’armée de Terre, le 54e RA poursuit, fidèle à sa devise ‘croire, oser, agir’, sa transformation afin d’adapter sa réponse aux menaces aériennes à l’étranger comme sur le territoire national », a conclu le régiment dans sa communication.
Photo Philippe OLIVIER – LA GAZETTE DU VAR via Presse Agence.


