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HYÈRES : Bruno CARA : « Mon architecture mentale est consti…

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HYÈRES : Bruno CARA : « Mon architecture mentale est constituée d’une fatalité »

Dans son nouvel ouvrage *OMNI*, l’architecte hyérois livre un témoignage poignant sur son combat contre les troubles schizo-affectifs, explorant les liens étroits entre la construction de soi et la folie.

C’est un livre qui se lit comme une confession, mais aussi comme un traité de survie. Avec *OMNI – Objets mentaux non identifiés*, paru aux Éditions Maïa, Bruno Cara signe une œuvre inclassable, à la croisée du journal intime, de l’essai architectural et de la quête spirituelle.

Né en 1965 à Hyères, cet architecte issu d’une lignée de bâtisseurs – son grand-père, Léon David, fut l’architecte d’opération de la célèbre Villa Noailles – brise le silence sur un sujet encore tabou : la maladie mentale vécue de l’intérieur.

Une chute et une renaissance.

Le récit s’articule autour d’une rupture majeure : une tentative de suicide survenue à l’âge de 38 ans. Un saut de quatorze mètres dans le vide, dicté par une      « voix intérieure », qui aurait dû être fatal. « Je commis la seule action qui semblait avoir encore un sens : faire un grand bond en avant vers un vide que j’imaginais définitif », écrit Bruno Cara. Miraculé, l’auteur entame alors une longue rééducation physique et psychique.

L’ouvrage retrace l’errance médicale d’un homme longtemps diagnostiqué bipolaire à tort, avant que le verdict ne tombe, des années plus tard : trouble schizo-affectif. Une pathologie caractérisée par des « Objets Mentaux Non Identifiés », ces hallucinations et intuitions fulgurantes qui peuplent son esprit. « Ma maladie ressemble à une allergie globale, une allergie à l’existence […] Je réfléchis trop, et mal. Mon esprit produit de la bouillie conceptuelle », analyse l’architecte.

L’architecture comme ancrage.

Le livre tisse une métaphore filée entre la structure des bâtiments et celle de l’esprit. Bruno Cara, qui a travaillé sur des projets emblématiques comme la rénovation du fort de la Repentance à Porquerolles ou la capitainerie de Port-Cros, utilise son métier pour comprendre son chaos intérieur. Il évoque la nécessité de « rigidifier la structure » grâce aux neuroleptiques pour éviter l’effondrement.

L’auteur revient également sur l’héritage de son arrière-grand-père, Léon David, « l’architecte local » de la Villa Noailles, qui a dû composer avec les visions avant-gardistes de Robert Mallet-Stevens. Une analogie subtile se dessine entre la construction d’un édifice complexe et la gestion d’une psyché fragmentée.    « L’architecte est celui qui rend la chose réelle, qui en permet l’existence à travers une vision et sa traduction patiente », souligne-t-il.

Une quête spirituelle et sensorielle.

Au-delà de la souffrance, *OMNI* est un livre lumineux où la spiritualité occupe une place centrale. L’auteur y décrit ses expériences mystiques, ses dialogues avec des anges ou sa redécouverte de la foi, loin des dogmes établis. Il évoque avec tendresse ses paysages hyérois, de la presqu’île de Giens aux îles d’Or, véritables refuges pour son âme tourmentée.

Le Domaine du Rayol, situé au Rayol-Canadel-sur-Mer, apparaît comme l’image du « jardin planétaire » intérieur qu’il tente de cultiver. « Je comprends que ce qui menace d’une submersion par excès peut aussi devenir la source discrète de mon salut », confie Bruno Cara.

Cet ouvrage est disponible sur le site des Éditions Maïa (https://www.editions-maia.com/livre/omni-objets-mentaux-non-identifies-bruno-cara-9791042522056/). Il offre une plongée rare dans l’univers d’un homme qui, à défaut de maîtriser totalement ses démons, a appris à bâtir avec eux.