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HAMBOURG : Nils HUBRICH : « La cybersécurité doit être syst…

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HAMBOURG : Nils HUBRICH : « La cybersécurité doit être systématiquement intégrée dès la phase de développement »

Face à la multiplication des cyberattaques visant la production, la sécurité des équipements comme les systèmes de pesage devient un enjeu majeur.

Un écran bloqué, une demande de rançon et une chaîne de production à l’arrêt. Ce scénario, autrefois confiné aux services informatiques, est devenu une réalité tangible et redoutée dans le secteur industriel. Avec l’avènement de l’Industrie 4.0, la connexion généralisée des machines, la maintenance à distance et l’intégration au cloud ont transformé les sites de production en cibles de choix pour les cybercriminels. Les conséquences d’une attaque réussie sont critiques : pertes financières, vol de données, manipulation des processus et atteinte durable à l’image de marque.

Au cœur de cette nouvelle vulnérabilité se trouvent les composants OT (technologies opérationnelles) fortement intégrés, tels que les capteurs, les automates et, de plus en plus, les systèmes de pesage, maillons essentiels de la chaîne de valeur.

Une surface d’attaque élargie

L’époque où les réseaux de production étaient isolés du reste du monde par un « air gap » (un isolement physique) est révolue. « Cette séparation n’existe pratiquement plus aujourd’hui », explique Nils Hubrich, chef de produit chez Minebea Intec, l’un des principaux fabricants mondiaux de technologies de pesage et d’inspection. « Les architectures modernes de l’Industrie 4.0 misent sur des flux de données continus du capteur jusqu’à l’informatique d’entreprise ou aux services externes ».

Cette interconnexion a fait voler en éclats la frontière historique entre l’informatique de bureau (IT) et les technologies opérationnelles (OT). Les accès pour la maintenance se font désormais via le réseau, et des protocoles de communication standardisés remplacent les anciens systèmes propriétaires. Le problème majeur est que de nombreux composants industriels n’ont pas été conçus pour un tel niveau de mise en réseau, faisant de la « sécurité dès la conception » (Security by Design) un impératif qui n’a que tardivement été pris en compte.

Un cadre normatif et juridique en pleine mutation

La cybersécurité en milieu industriel obéit à des règles différentes de celles du monde informatique classique. Si la confidentialité des données est la priorité dans un bureau, ce sont la disponibilité et l’intégrité qui priment sur une ligne de production. Une usine doit fonctionner sans interruption, rendant impossibles les redémarrages ou les mises à jour de sécurité impromptues.

Cette spécificité est encadrée par la norme internationale CEI 62443, qui fait référence en matière de sécurité des systèmes industriels. Parallèlement, les législateurs durcissent leurs exigences. L’Union européenne, avec son « EU Cybersecurity Act » et le futur « Cyber Resilience Act », impose désormais les principes de « sécurité dès la conception » et de « sécurité par défaut ». Les fabricants sont tenus de garantir un haut niveau de sécurité tout au long du cycle de vie de leurs produits, incluant la gestion des vulnérabilités et la fourniture de mises à jour.

« Cette évolution met en évidence un changement fondamental : la cybersécurité est de plus en plus considérée comme une responsabilité inhérente au produit », analyse Nils Hubrich. « Elle ne peut plus être compensée uniquement par des mesures organisationnelles ou opérationnelles ». Le cycle de vie de développement sécurisé, tel que défini par la norme CEI 62443-4-1, devient ainsi la pierre angulaire d’une stratégie de défense durable.

Le pesage industriel, un maillon critique

Loin d’être de simples instruments de mesure passifs, les systèmes de pesage modernes sont des acteurs à part entière des processus de production. Ils pilotent des opérations de dosage, de remplissage ou de contrôle qualité, et communiquent en permanence avec les systèmes de supervision. Des données de pesage manipulées peuvent ainsi provoquer des écarts de qualité, des gaspillages de matières premières ou des perturbations graves de la production. Ils doivent donc être considérés et sécurisés comme n’importe quel autre composant OT critique.

L’exemple des indicateurs MiNexx®

Pour illustrer cette intégration de la sécurité, Minebea Intec met en avant sa gamme d’indicateurs de pesage MiNexx®. Ces appareils, qui font le lien entre la mesure physique et le traitement numérique, ont été conçus autour des principes de la norme CEI 62443. Leurs interfaces sont sécurisées pour réduire la surface d’attaque, et un concept d’accès basé sur les rôles est implémenté. « Le principe du droit d’accès minimal réduit le risque d’interventions non autorisées ou involontaires sur les fonctions liées à la sécurité et aux processus », souligne Nils Hubrich. Pour une intégration sécurisée, ces systèmes utilisent des protocoles standardisés comme OPC UA, qui intègrent nativement des mécanismes de chiffrement et d’authentification.

En conclusion, la cybersécurité industrielle n’est plus un état mais un processus continu. Chaque équipement, jusqu’à la plus précise des balances, doit devenir un acteur de l’architecture de sécurité globale pour garantir la résilience et la continuité de la production face à une menace en constante évolution.