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GRASSE : Jean-René Laget : « La victoire de Jérôme Viaud est un trompe-l’œil nourri par l’abstention »

Au lendemain de la réélection de Jérôme Viaud, l’analyste politique Jean-René Laget livre une lecture critique d’un succès qu’il juge artificiel.

Alors que la réélection du maire sortant Jérôme Viaud (LR) est présentée par certains comme un « plébiscite », une analyse à contre-courant vient nuancer ce résultat. Pour Jean-René Laget, fin connaisseur de la politique locale, cette victoire obtenue avec 9 927 voix repose moins sur une adhésion massive que sur une conjonction de facteurs favorables, au premier rang desquels une forte abstention et la faiblesse de ses concurrents. « Nous savons très bien qu’en réalité Jérôme Viaud ne repasse que grâce à l’abstention et aux autoroutes laissées par ses adversaires », affirme-t-il d’emblée.

Une participation en berne

Le premier argument avancé par l’analyste est celui de la mobilisation des électeurs. Avec un taux de participation de 50,07 %, Grasse se situe bien en deçà d’autres communes comparables du département. Jean-René Laget prend l’exemple de Cagnes-sur-Mer, « qui a voté à 59,14 % alors que cette dernière connaît exactement les mêmes « attentes » comme problèmes que Grasse ». Pour lui, ce différentiel témoigne d’un manque d’engouement et suggère qu’une partie significative de l’électorat a préféré bouder les urnes plutôt que de se prononcer. Dans ce contexte, la victoire du maire sortant s’expliquerait davantage par la démobilisation de ses opposants que par l’enthousiasme de ses partisans.

La faillite des oppositions

Jean-René Laget analyse en détail la fragmentation et les lacunes des listes concurrentes, qui auraient laissé un boulevard à l’équipe sortante. Il pointe notamment la performance décevante du candidat du Rassemblement National, qui n’a recueilli que 3 192 voix (18,36 %). Selon lui, ce score est le résultat d’une campagne minée par les « polémiques de racisme et d’islamophobie à cause de membres de son équipe », une « image déplorable en débat » et des erreurs factuelles, comme sa « confusion entre juge et procureur ». Il compare ce résultat à celui de Jean-Marc Degioanni en 2014 qui, avec le soutien de Jean-Marie Le Pen et une participation plus forte (58,15 %), avait obtenu 3 816 voix (21,05 %).

Les autres listes n’auraient pas non plus réussi à incarner une alternative crédible. Les listes LFI et Sans Étiquette sont qualifiées d’« impasses de reports de voix pour le 2ème tour », tandis que la liste « Grasse à Tous » aurait souffert de plusieurs handicaps : « polémiques (injustes) sur l’âge de la tête de liste », « manque de punch » et une campagne jugée trop technique. La conclusion de l’analyste est acerbe : « La somme de tout ça fait quoi ? On revote, par dépit pour le sortant ou… on s’abstient ».

Une base électorale jugée fragile

Au-delà de la faiblesse de ses rivaux, c’est la solidité même du soutien à Jérôme Viaud qui est remise en question. Jean-René Laget estime la base militante du maire à « pas plus de 1500 convaincus réels » et « tout juste 500 personnes mobilisables ». Il rappelle que l’implantation politique du maire s’est faite initialement dans la difficulté. « Quand le greffon Viaud nous a été imposé par Leleux en 2008… son élection s’est faite dans la douleur… et l’abstention », souligne-t-il, rappelant un score de 58,39 % avec seulement 22,71 % de participation lors de sa première élection cantonale. Pour lui, Jérôme Viaud ne possède pas l’aura d’autres figures politiques des Alpes-Maritimes : « Il n’est pas Lionnel Luca, ni Jean Leonetti ni Joseph Segura ».

Une influence politique limitée

Enfin, l’analyse se porte sur le poids politique réel du maire de Grasse, par ailleurs Président de l’Association des maires du 06. Jean-René Laget met en lumière les échecs cinglants des candidats qu’il a soutenus dans les communes voisines. Il cite les cas de Malbert à Châteauneuf (éliminé avec 33,52 %), Dikansky à Andon (éliminé avec 41,35 %) et Anacario à Peymeinade (avant-dernier avec 20,24 %). Ces résultats démontreraient, selon lui, que l’influence du maire de Grasse est loin de s’étendre au-delà des frontières de sa ville, renforçant l’idée que sa victoire locale est davantage le fruit de circonstances que d’une véritable dynamique politique départementale. « Sans ces autoroutes laissées, il aurait déjà fini depuis 2020 », conclut l’analyste.

via Press Agence.