Passer au contenu principal

CAVALAIRE SUR MER : Philippe LEONELLI : « Ne rien oublier p…

Partager :

CAVALAIRE SUR MER : Philippe LEONELLI : « Ne rien oublier pour que ces atrocités ne se reproduisent jamais » !

Il y a 105 ans, l’Armistice de la Première guerre mondiale était signé.

Avant même les premières lueurs matinales, dans un wagon aménagé en bureau pour le Maréchal Foch, des pages historiques se griffonnaient dans la clairière de Rethondes, dans la forêt de Compiègne. Il était 5h15, nous étions le 11 novembre 1918.

Quelques heures plus tard, à 11h précisément, le « cessez-le-feu » résonnait sur tout le front mettant un terme à plus de quatre années de guerre.

Dans toute la France, les cloches sonnaient à la volée. La première guerre mondiale, la Grande guerre, venait de prendre fin.

L’INTERVENTION DE PHILIPPE LEONELLI

Eugène Poezevara avait 18 ans en 1914. Il écrivait souvent à ses parents, des Bretons qui habitaient Mantes-la-Jolie. Gazé sur le front, il mourut d’épuisement dans les années 20.

Le 13 novembre 1918, il écrit à ses parents : « Cette fois, je vous écris en plus grand. Nous avons été relevés hier après-midi du contact avec les Allemands. Les dernières quarante-huit heures ont été terribles. Le 9, à 10 heures du matin, on faisait une attaque dans la plaine de la Woëvre. Nous y laissons les 3 quarts de la compagnie, il nous est impossible de nous replier sur nos lignes.

Nous restons dans l’eau trente-six heures sans pouvoir lever la tête. Dans la nuit du 10, nous reculons à 1 kilomètre de Dieppe. Nous passons la dernière nuit de guerre le matin au petit jour, puisque le reste de nous autres est évacué. On ne peut plus se tenir sur les jambes.

J’ai le pied gauche noir comme du charbon et tout le corps violet. Il est grand temps qu’il vienne une décision ou tout le monde reste dans les marais, les brancardiers ne pouvant plus marcher car les Allemands tirent toujours. La plaine est plate comme un billard.

A 9 heures du matin, le 11 novembre, on vient nous avertir que tout est signé et que cela finit à 11 heures, deux heures qui parurent durer des jours entiers. Enfin, 11 heures arrivent. D’un seul coup, tout s’arrête, c’est incroyable.

Nous attendons deux heures. Tout est bien fini. Alors, la triste corvée commence, d’aller chercher les camarades qui y sont restés.

Le soir arrive, il nous faut rester là mais on allume un grand feu et les rescapés se rassemblent. Tout le monde est content mais triste. La mort plane dans l’air »….

« Le 12 novembre, nous sommes relevés à 2 heures, et c’est fini », écrivait Eugène Poezevara. 

Les anciens Poilus qui survécurent à l’horreur des tranchées de la Grande guerre rentrèrent tous traumatisés par ces 4 longues années de carnage, de douleurs et des sacrifices qu’ils avaient traversées. Nombre d’entre eux, jeunes et vaillants, s’étaient engagés pour défendre leur patrie, leurs familles, leurs valeurs et leurs idéaux. Ils endurèrent des conditions inhumaines, la boue, le froid, la peur constante de la mort.

Beaucoup de leurs amis, de leurs frères d’armes, n’eurent pas la chance de revenir. Leur sacrifice, leur courage restent à jamais gravés dans nos mémoires.

Sur les 8 millions de Poilus mobilisés entre 1914 et 1918, plus de 2 millions ne reverront jamais leur terre natale.

Plus de 4 millions ont souffert de graves blessures, pour la plupart irréversibles. Mais au-delà des séquelles physiques, ils seront dans leur esprit, à jamais marqués par l’horreur de cette guerre.

Aujourd’hui, nous sommes réunis tous ensemble, pour commémorer et célébrer la fin de cette guerre dévastatrice.

La Grande guerre comme elle a été surnommée, fut longue, douloureuse et particulièrement meurtrière : 4 ans de conflit généralisé qui laissa 11 millions de morts et des champs de ruines.

Nous devons nous souvenir des leçons que cette guerre nous a enseignées, de la nécessité, en ces temps de conflits mondiaux entre Israël et Palestine, entre l’Ukraine et la Russie, de préserver plus que jamais la paix, de cultiver la tolérance et la compréhension entre les nations, afin que nos enfants et nos petits-enfants n’aient pas à endurer ce que nos grands-parents ont vécu.

En commémorant cet armistice, nous honorons la mémoire de tous ceux qui ont donné leur vie pour la liberté, nous honorons les millions de Poilus sacrifiés, et les millions de blessés, de gueules cassées ; nous célébrons leur héritage.

Le général Macarthur disait « les vieux soldats ne meurent jamais, ils s’estompent simplement ».

Nos héros vivent à travers les idéaux pour lesquels ils se sont battus et c’est à nous de préserver et de promouvoir ces idéaux.

Et surtout, c’est à nous de ne rien oublier et de transmettre.

Ne rien oublier sans pour autant cultiver la haine d’un passé douloureux.

Ne rien oublier pour que ces atrocités ne se reproduisent jamais.

Et je terminerai par une citation de Roland Dorgelès, engagé volontaire qui livre ce témoignage vécu dans les tranchées. Témoignage qui fut un des plus gros succès de cette littérature de guerre.

« La guerre […] je vois des ruines, de la boue, des files d’hommes fourbus, des bistrots où l’on se bat pour des litres de vin, des gendarmes aux aguets, des troncs d’arbres déchiquetés et des croix de bois, des croix, des croix … »