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CAVALAIRE SUR MER : De Gaulle, une passion pour la France

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Gilles Carvoyeur
5 Avr 2024

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CAVALAIRE SUR MER : De Gaulle, une passion pour la France

«  Quand De Gaulle ne sera plus là, il sera là encore » disait François Mauriac en 1970, peu de temps avant la mort du Général. Et, il avait parfaitement raison !

54 ans après, il est étonnant de constater que De Gaulle est toujours vivement présent dans les esprits et peut-être même davantage qu’au temps où il était le Chef de la France. Au palmarès de notre mémoire nationale, il arrive toujours en tête devant Napoléon ou Louis XIV et on ne compte plus le nombre d’expositions, de conférences, de documentaires, de livres qui lui sont consacrés. Comme l’ont démontré les nombreux visiteurs lors de cette exposition consacrée à De Gaulle, inaugurée par Philippe Leonelli, en présence de Jacques Quentin, président de l’Association Varoise de l’Appel du 18 Juin et de Marielle Goitschell, cette skieuse au plus beau palmarès de l’histoire du ski français, marraine de l’association et dont le nom rappelait la jeunesse du maire qui, en 1968, passait ses vacances à Villard-de-Lans, station olympique !

Alors, pourquoi la gloire du Général est-elle encore si forte, pourquoi n’a-t-elle jamais autant triomphé ?

Son fils, l’Amiral Philippe de Gaulle qui vient de nous quitter à l’âge de 102 ans apportait, dans son livre « De Gaulle, mon père » quelques explications : « Parce que cet homme hors-série savait prendre du recul par rapport à l’événement et voir loin, très loin. C’est parce qu’il a été, toute sa vie, un homme d’avenir, préparant la France du XXème siècle aux échéances du 21ème. C’est parce qu’au milieu des tempêtes, qui plusieurs fois ont failli faire tomber la patrie, il a été cet homme exceptionnel qui a relevé, libéré notre nation pour lui rendre l’espérance et lui donner les moyens de sa grandeur, c’est-à-dire de sa prospérité ».

De Gaulle, c’est vrai, est l’homme qui a incarné, à lui tout seul, ou presque, la légitimité et la souveraineté de la France pendant et après la seconde guerre mondiale.

La France était une grande puissance par l’intermédiaire de son président raconte le journaliste spécialiste de l’histoire Franck Ferrand : « Lorsque Kennedy ou Khrouchtchev venaient voir le Général de Gaulle au début des années 60, c’était comme s’ils rencontraient une sorte d’oracle ».

SUPERBE EXPOSITION

« Ce n’est donc pas sans raison que nous nous retrouvons pour lancer les festivités du 80ème anniversaire du Débarquement de Provence autour du Général de Gaulle et d’une superbe exposition qui lui est consacrée, une exposition pensée et organisée par l’association varoise de l’Appel du 18 Juin et son président Jacques Quentin. Jacques a été l’un des premiers à venir me voir après que le président du Conseil départemental m’ait confié la mission Var 44, « les Routes varoises de la Liberté ». Et il a eu raison. Qui mieux que le géant De Gaulle, ce personnage qui incarne à lui seul la Libération de notre pays, pouvait donner le coup d’envoi de nos festivités ? Je suis donc particulièrement fier et heureux de vous accueillir ce soir à la Maison de la mer pour le vernissage de l’exposition « De Gaulle, une passion pour la France ».

Une exposition très riche, qui a nécessité un an et demi de recherches et regroupe plus de 80 panneaux articulés autour de 3 thèmes : De Gaulle l’homme, De Gaulle le militaire, De Gaulle le Président.

3 aspects d’une personnalité hors normes, 3 dimensions différentes qui ont façonné le personnage historique qu’il est devenu, un visionnaire qui vit tout au long de sa vie loin et souvent juste.

« Nombreux sont les exemples de cette clairvoyance qu’il opposait comme une certitude tranquille aux crises les plus troubles et qui a fait maintes fois se demander à ses successeurs, dans telle ou telle situation critique :  Que ferait le Général ?

Prophète, il l’a été dans bien des domaines : sur l’Algérie, sur l’Europe, sur l’Afrique, la Chine, sur les États-Unis, De Gaulle faisait partie de ces gens qui ont des intuitions pour l’avenir.

En 1941, par exemple, à l’annonce de Pearl Harbor, il déclare que la guerre est gagnée et qu’il faudra désormais craindre une guerre entre les États-Unis et la Russie, alors que les États-Unis ont la 17ème armée du monde et que les Allemands sont aux portes de Moscou ! Et quand on demandait au Général comment il pouvait annoncer la Guerre froide avec 20 ans d’avance, il répondait « c’est écrit dans le ciel ». Il avait une vision très longue de l’Histoire, il calculait à 10 ou 20 ans. Ici en Provence, on se souvient de plusieurs visites du Général de Gaulle, du militaire et du président », rappelle Philippe Leonelli.

DE GAULLE A TOULON

Le 15 septembre 1944, Charles de Gaulle est à Toulon, ville libérée. Il est président du gouvernement provisoire de la République française. Les combats entre les forces françaises et l’armée allemande, du 20 au 26 août ont été sanglants, faisant plus de 10.000 morts. Le Général vient marquer le retour de la flotte française libre. Il découvre une ville détruite par les bombardements. La place de la Liberté n’existe plus, le port est en ruines.

Mais de Gaulle reviendra plusieurs fois dans le Var entre autres lors de l’inauguration du mémorial du Débarquement au mont Faron. Il est alors président de la République. On se souvient particulièrement de cette visite en 1964, lors du 20ème anniversaire du débarquement de Provence, avec la revue navale dans la rade de Toulon, présidée par le Chef de l’État qui avait pris place avec son Premier ministre Georges Pompidou, à bord de l’escorteur « La Combattante », puis le défilé militaire Boulevard de Strasbourg auquel participaient des unités américaines, françaises et britanniques.

« Il s’était rendu à Toulon pour clore la période de la Guerre d’Algérie et réconcilier les Français, mais la ville ne lui est pas favorable et il échappe à un attentat devant le mémorial. Pourtant, le Général de Gaulle avait d’abord présidé dans une toute autre ambiance les cérémonies commémoratives du 15 août 1944 qui se succédaient, de monuments en cimetières, de stèles en blocs de granit, le long de cette côte des Maures où 20 ans auparavant les forces alliées réussissaient à prendre pied. Cette journée du souvenir se déroula sous un ciel et un soleil de plomb avec une mer étincelante, comme on en connaît en Provence. Jamais peut-être dans ses déplacements à travers la France, le président de la République n’avait trouvé un public aussi favorable : un public du 15 août, heureux d’être là, certes livré au plaisir des vacances mais heureux de se retremper dans les souvenirs de la Libération, heureux de voir passer De Gaulle dans sa tenue légendaire, avec sa croix de Lorraine, le saluant de vivats et sans doute prêt à applaudir d’avance toutes ses déclarations.

Le journal Le Monde rapporte que le Chef de l’État se levait dans sa voiture à la traversée des villages et répondait de ses deux bras, de ses deux mains, qui depuis plus de vingt ans, dessinaient toujours le « V » de la victoire. Quand le cortège s’arrêtait, c’était la ruée », ajoute Philippe Leonelli.

La foule entourait De Gaulle, le général serrait des mains, disait quelques mots à une femme qui avait amené sa fille paralysée dans son fauteuil, saluait un combattant de 1914 d’un « bonjour, l’ancien… », s’avançait au Rayol vers les pompiers forestiers qui avaient eu, cette année-là, pas mal d’ouvrage et faisait arrêter sa voiture en pleine route en l’honneur d’un maire qu’il avait identifié grâce à son écharpe tricolore.

C’était aussi cela, le Général. Lorsqu’il rencontrait les Français, il était souvent perçu comme un leader impassible ou distant et pourtant il savait aussi se montrer humain.

« Il y aurait encore tellement plus à dire, une vie entière ne suffirait pas à raconter cet homme aux multiples facettes et au caractère complexe. Le Général de Gaulle, reste omniprésent dans la mémoire collective. Leader incontesté, visionnaire déterminé, capable de prendre des décisions difficiles et de guider la France dans des périodes tumultueuses, De Gaulle était profondément attaché à la France et à son rayonnement international.

L’homme de la France libre, le fondateur de la 5ème république, dont il est devenu le premier président, a marqué le 20ème siècle par sa vision politique, sa volonté de faire bouger les choses, son combat pour la liberté des peuples. Sa vie, son parcours et son œuvre constituent à ce titre un patrimoine remarquable et, dans cette période de crises et de doutes, son héritage doit nous inspirer, doit inspirer tous les enfants de France », a conclu le premier magistrat de Cavalaire.

Photos Philippe OLIVIER.