CAEN : Wilfrid PRELLIER : « La recherche publique peut répo…
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CAEN : Wilfrid PRELLIER : « La recherche publique peut répondre aux enjeux d’indépendance industrielle »
À Caen, l’université et l’entreprise Codex développent un matériau innovant pour remplacer l’indium, ressource rare et stratégique.
Dans un contexte de tensions géopolitiques et de raréfaction des ressources, la souveraineté technologique devient un enjeu capital. À Caen, des chercheurs de l’université de Caen Normandie, en collaboration avec l’entreprise normande Codex International, sont sur le point de relever ce défi. Ils travaillent à l’industrialisation d’un matériau révolutionnaire, le vanadate de strontium (SrVO₃), destiné à remplacer l’indium, un métal aujourd’hui indispensable mais de plus en plus rare et coûteux, dont l’approvisionnement dépend largement de la Chine.
Cette innovation, issue des laboratoires de recherche CRISMAT et CIMAP, pourrait bien bouleverser des secteurs stratégiques comme l’électronique, l’énergie ou la défense, en offrant une alternative durable et accessible. Le projet, baptisé SVO2Mat, ambitionne de transformer une découverte scientifique fondamentale en une solution industrielle viable, illustrant le rôle crucial de la recherche publique dans la compétitivité économique et l’indépendance stratégique.
Une alternative stratégique à un matériau critique
L’indium, utilisé sous forme d’oxyde d’indium-étain (ITO), est omniprésent dans notre quotidien. Ses propriétés, qui allient conductivité électrique et transparence, le rendent essentiel à la fabrication des écrans tactiles de nos smartphones, des téléviseurs ou encore des panneaux photovoltaïques. Cependant, sa rareté, son coût croissant et la concentration de sa production dans un nombre limité de pays en font un point de vulnérabilité majeur pour l’industrie mondiale.
Face à ce constat, les travaux menés à Caen représentent une avancée décisive. Les chercheurs ont démontré que le vanadate de strontium possède non seulement les deux propriétés essentielles de l’indium, mais présente également une caractéristique rare : une conduction de type métallique tout en restant transparent. Cette particularité ouvre la voie à des applications inédites. De plus, le SrVO₃ est composé d’éléments chimiques comme le strontium et le vanadium, beaucoup plus abondants et accessibles, garantissant ainsi une solution plus pérenne et souveraine sur le long terme.
Des applications concrètes à fort potentiel
L’innovation caennaise ne se limite pas au domaine théorique et vise des applications industrielles à fort impact. Dans le secteur de l’électronique et du photovoltaïque, elle promet de sécuriser les chaînes d’approvisionnement tout en améliorant potentiellement les performances des équipements. Les domaines de l’aéronautique et de la défense sont également concernés, avec la possibilité de développer des systèmes de blindage électromagnétique pour protéger les équipements sensibles. Enfin, le SrVO₃ pourrait jouer un rôle majeur dans la transition énergétique, notamment pour l’habitat, en permettant la conception de fenêtres intelligentes capables de chauffer ou de moduler la lumière et la chaleur, optimisant ainsi l’efficacité énergétique des bâtiments.
Un modèle de transfert recherche-industrie
Le projet SVO2Mat incarne une collaboration exemplaire entre la recherche fondamentale et le monde industriel. Il vise à franchir le cap décisif qui sépare la découverte en laboratoire de son application à grande échelle.
« Nous passons aujourd’hui d’une recherche scientifique à des applications concrètes, avec des prototypes testés en conditions réelles dans les prochains mois. La collaboration avec Codex International est déterminante pour accélérer ce passage vers l’industrie. Elle permet d’aligner la recherche avec les besoins du marché. C’est ainsi que la recherche publique peut répondre à des enjeux majeurs comme la transition énergétique et l’indépendance industrielle », explique Wilfrid Prellier, Directeur du Laboratoire CRISMAT.
Cette démarche structurée, qui a déjà abouti au dépôt de brevets internationaux (WO/2022/023651), prévoit le développement de prototypes concrets dans les 24 prochains mois. L’objectif est de tester le matériau en conditions réelles afin de préparer son déploiement industriel et de créer de la valeur économique et des emplois en région.
Une innovation normande à portée internationale
Porté par un consortium entièrement normand, le projet SVO2Mat positionne la région comme un pôle d’excellence dans le domaine des matériaux avancés. En renforçant les filières industrielles locales, il contribue à l’attractivité scientifique et économique du territoire. Au-delà des frontières régionales, cette innovation s’inscrit dans une ambition plus large de souveraineté technologique pour la France et l’Europe.
À travers cette initiative, l’université de Caen Normandie réaffirme sa mission de produire une recherche utile, capable d’apporter des réponses concrètes aux grands défis contemporains. En liant étroitement la science et l’industrie, elle démontre que l’innovation de rupture est un levier essentiel pour construire un avenir plus durable et indépendant.


