CAEN : Viviana Agostini-Ouafi : « Donner la parole aux témo…
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CAEN : Viviana Agostini-Ouafi : « Donner la parole aux témoins anonymes pour construire une mémoire européenne »
L’université de Caen Normandie dévoile la refonte de « Mémoires de guerre », son site unique de témoignages plurilingues sur la Seconde Guerre mondiale.
À quelques jours des commémorations du 82e anniversaire du Débarquement et de la Bataille de Normandie, l’université de Caen Normandie lance la nouvelle version de son projet « Mémoires de guerre ». Cette plateforme numérique unique en Europe rassemble, traduit et met à disposition du grand public les récits de civils et de soldats, normands et toscans, ayant vécu la Seconde Guerre mondiale. Porté depuis plus de dix ans par Viviana Agostini-Ouafi, maître de conférences à l’université, ce projet vise à construire une mémoire collective européenne à travers le regard de ceux qui ont vécu le conflit au plus près.
Une mémoire européenne à hauteur d’homme
Le projet se distingue par son approche humaine, loin des grands récits stratégiques, en se concentrant sur les expériences individuelles : les bombardements, l’exode, l’occupation, la résistance ou encore la Libération. L’objectif est de dépasser les barrières linguistiques pour créer un socle mémoriel commun, accessible à tous les Européens dans leur propre langue.
« Le but du projet est surtout de donner la parole aux témoins anonymes de la Seconde Guerre mondiale, non seulement aux soldats et aux résistants mais aussi aux populations issues de toutes les couches de la société », explique Viviana Agostini-Ouafi.
« Nous souhaitons que les récits de ces hommes et de ces femmes, traduits en plusieurs langues, contribuent à la création d’une identité européenne commune. La guerre a été une expérience collective douloureuse, partagée par tous les peuples d’Europe : une solidarité humaine nouvelle et une connaissance d’autrui moins stéréotypée et dogmatique naîtront peut-être des souffrances des uns communiquées aux autres », poursuit-elle.
Une plateforme modernisée pour les nouvelles générations
Créé en 2012, le site « Mémoires de guerre » vient de bénéficier d’une refonte complète menée par Emmanuel Giguet, chargé de recherche au CNRS et spécialiste de l’analyse des collections plurilingues. Cette nouvelle version a été pensée pour répondre aux usages actuels et faciliter la transmission de cette mémoire aux jeunes générations, notamment dans un cadre scolaire.
Parmi les améliorations notables, on retrouve un design plus épuré, une interface optimisée pour les smartphones et tablettes, et une meilleure valorisation de la dimension plurilingue. La navigation a été simplifiée, avec un sommaire interactif pour chaque témoignage et un panneau de notes dynamique permettant d’accéder à des informations contextuelles sans interrompre la lecture. Cette refonte technique accompagne l’enrichissement constant des corpus avec de nouvelles traductions.
Un projet plurilingue unique en son genre
L’originalité de « Mémoires de guerre » réside dans son ambition plurilingue. La plateforme rassemble actuellement 20 récits principaux et 10 témoignages oraux transcrits, pour un total de 99 traductions disponibles en 14 langues. Chaque témoignage est ainsi accessible en moyenne dans près de cinq langues, permettant un dialogue direct entre les mémoires européennes, au-delà de la seule médiation de l’anglais.
Le projet est le fruit d’une collaboration scientifique internationale et interdisciplinaire, mobilisant des chercheurs en histoire, géographie, langues, linguistique, informatique et sociologie. Il rassemble des récits issus des archives du Mémorial de Caen, collectés par Etienne Marie-Orleach et Catherine Bougy, ainsi que des témoignages de témoins toscans réunis par Viviana Agostini-Ouafi avec le soutien d’universitaires italiens.
Un appel pour enrichir la mémoire collective
Alors que les derniers témoins de cette période disparaissent, l’équipe du projet poursuit ses recherches pour identifier certains témoins normands dont l’identité reste partielle. Un appel est lancé à leurs descendants ou à toute personne ayant participé à la collecte de ces récits afin de les contacter pour enrichir et préserver cette mémoire vivante.
Le projet ne compte pas s’arrêter aux témoignages franco-italiens. L’équipe envisage d’élargir la collecte à d’autres pays européens, comme l’Irlande ou l’Angleterre, et même extra-européens avec les États-Unis et le Canada, pour continuer de tisser les fils d’une mémoire mondiale partagée.
via Presse Agence.
