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CAEN : Sabrina TANQUEREL : « L’égalité femmes-hommes est l’assurance d’une plus grande efficience économique »

À quelques jours du 8 mars, Sabrina Tanquerel de l’EM Normandie livre des pistes concrètes pour ancrer l’égalité et la performance en entreprise.

Le constat est préoccupant. En cette année 2026, l’élan vers plus d’inclusivité semble marquer le pas. L’environnement politique international, marqué notamment par le retour de certaines dynamiques conservatrices, et l’émergence décomplexée d’une « bro culture » dans les sphères professionnelles, mettent à rude épreuve les avancées en matière de parité. Face à ce risque de recul, Sabrina Tanquerel, professeure associée en gestion des ressources humaines à l’EM Normandie, tire la sonnette d’alarme tout en proposant une feuille de route pragmatique pour les organisations.

L’égalité, un impératif de performance

Pour l’enseignante-chercheuse, qui a consacré ces dernières années à l’étude de la place des femmes dans des secteurs traditionnellement masculins comme la tech, l’industrie ou le portuaire, la question dépasse le simple cadre éthique. « Œuvrer à plus d’égalité ne relève pas uniquement d’un impératif de justice sociale, c’est aussi l’assurance d’une plus grande efficience économique », analyse Sabrina Tanquerel.

Le raisonnement est mathématique : en négligeant les profils féminins, les entreprises se coupent d’une part colossale du marché du travail. « L’économie se prive aujourd’hui volontairement d’un vivier de talents disponibles. La majorité des métiers actuellement « en tension » sont aussi caractérisés par une forte ségrégation de genre », poursuit l’experte. Cette ségrégation aggrave la pénurie de compétences, un frein direct à la compétitivité.

Lutter contre la « culture bro » et les biais

Pour inverser la tendance et dépasser le simple respect des obligations légales comme l’index égalité, l’EM Normandie identifie trois axes prioritaires. Le premier concerne la culture d’entreprise. Il s’agit d’évaluer sans concession les normes dominantes. Sabrina Tanquerel suggère l’utilisation d’outils scientifiques tels que la « Masculinity Contest Culture Scale » pour mesurer le climat interne.

L’authenticité de la démarche est la clé. « L’engagement dans ces démarches demande persévérance, courage et conviction, particulièrement dans le contexte actuel de fatigue de genre », prévient-elle. Cela passe par une tolérance zéro affichée et appliquée face au sexisme et au harcèlement, où l’exemplarité managériale est non négociable. L’experte encourage également la création de réseaux d’hommes alliés pour porter ces sujets.

Flexibilité et redéfinition des compétences

Le second axe recommande une refonte de l’évaluation des compétences. Il est urgent de déconstruire les biais qui naturalisent certaines aptitudes comme étant « féminines » et de valoriser officiellement l’intelligence émotionnelle et l’empathie dans les entretiens annuels.

Enfin, l’équilibre vie professionnelle-vie personnelle reste un champ de bataille décisif. À rebours des mouvements récents de retour strict au bureau (« return to office »), Sabrina Tanquerel plaide pour le maintien du télétravail et la souplesse horaire. Elle insiste sur la nécessité de banaliser le congé paternité pour rééquilibrer les carrières et mettre fin à la pénalisation de la maternité.

Un enjeu structurel dans les sciences et la tech

Cette urgence d’agir fait écho aux difficultés structurelles observées dans les filières scientifiques et technologiques (STIM). Des enquêtes de référence, comme le Gender Scan mené avec la CDEFI, avaient déjà mis en lumière la fragilité des effectifs féminins dans ces secteurs cruciaux. Les stéréotypes y ont la vie dure : une proportion significative d’étudiantes rapportait avoir été découragée par leur entourage ou le corps enseignant, au motif que ces milieux leur seraient « hostiles » ou ne correspondraient pas à des « métiers de femmes ».

Pour les entreprises comme pour les grandes écoles, le défi est donc double : attirer les jeunes femmes vers ces carrières d’avenir et, surtout, créer les conditions culturelles pour qu’elles s’y épanouissent durablement sans se heurter au plafond de verre ou à une culture excluante.

L’EM Normandie (https://www.em-normandie.com/fr) continue, à travers son laboratoire Métis, d’analyser ces phénomènes pour accompagner managers et dirigeants vers des pratiques plus vertueuses.