BRUXELLES : Protection du loup – Plus de 40 ONG dénon…
Partager :

BRUXELLES : Protection du loup – Plus de 40 ONG dénoncent un déclassement « antiscientifique » et exigent un moratoire
Une coalition de plus de 40 ONG européennes dénonce la proposition de la Commission de réduire la protection du loup et réclame un moratoire total.
À Bruxelles, le mercredi 15 avril 2026, un front commun de plus de quarante organisations non gouvernementales (ONG) de défense de l’environnement a publié un communiqué cinglant, accusant la Commission européenne de céder à des intérêts privés en proposant d’affaiblir le statut de protection du loup dans l’Union. Qualifiant la démarche d’« antiscientifique », le collectif exige un moratoire immédiat et total sur tous les abattages de loups sur le territoire de l’UE.
Cette initiative est soutenue par une large coalition d’ONG à travers l’Europe, incluant des acteurs majeurs en France comme le Pôle Grands Prédateurs, FERUS, l’ASPAS (Association pour la Protection des Animaux Sauvages) et la SFEPM (Société Française pour l’Étude et la Protection des Mammifères). L’action est coordonnée par l’ONG italienne Green Impact, qui œuvre pour des politiques environnementales fondées sur la science.
Une manœuvre politique contraire aux données scientifiques
Selon les ONG, la proposition de déclassement, promue par la présidente de la Commission Ursula von der Leyen, ne repose sur aucune justification scientifique solide. Elles affirment que cette décision s’appuie sur un rapport de 2023 commandé à un cabinet de conseil, et non sur une analyse validée par la communauté scientifique. « La science est sans équivoque : les loups en Europe restent menacés, le déclassement est une décision politique », martèle le communiqué.
Le collectif souligne que, selon l’Agence européenne pour l’environnement (AEE), les deux tiers des espèces protégées par la directive « Habitats » ont déjà un état de conservation jugé « médiocre ou mauvais ». Les ONG rappellent une décision du Conseil européen de 2022 qui stipulait que, « sur la base des données actuelles, l’abaissement du statut de protection de toutes les populations de loups n’est pas justifié d’un point de vue scientifique et de conservation ».
Face à ce qu’elles considèrent comme une dérive servant les « lobbies de l’agro-chasse », plusieurs organisations ont déposé trois recours juridiques devant la Cour de justice de l’Union européenne pour contester la légalité de ce projet de déclassement.
La France, un cas emblématique d’abattage intensif
Le communiqué pointe particulièrement la situation en France, décrite comme l’un des pays les plus agressifs en matière d’abattage. Depuis 2014, environ 1 500 loups auraient été tués légalement, un chiffre probablement sous-estimé en raison du braconnage et des mortalités non signalées.
D’après les données de l’Office français de la biodiversité (OFB), la population de loups en France durant l’hiver 2024-2025 était estimée à 1 082 individus, sans croissance notable depuis 2022. Malgré ce constat, le plafond de prélèvement pour 2026 autorise l’abattage d’environ 200 loups, soit près de 20 % de la population nationale. Une étude de simulation de l’OFB et du Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN) citée par les ONG indique qu’un tel taux d’abattage entraînerait une probabilité de 61 à 66 % de voir la population décliner.
Un impact sur le bétail surestimé et des solutions ignorées
Le collectif d’ONG s’attaque également à l’argument principal justifiant les tirs : la prédation sur le bétail. Les pertes attribuées aux loups ne représenteraient que 0,06 à 0,07 % du cheptel total d’ovins et de caprins dans l’UE. Pour les organisations, ce chiffre démontre que le débat est avant tout politique.
Elles regrettent que les mesures de prévention efficaces, comme les clôtures électriques, le gardiennage par des bergers et l’utilisation de chiens de protection, soient insuffisamment mises en œuvre. Pourtant, des millions d’euros de fonds européens, via la Politique agricole commune (PAC) ou le programme LIFE+, sont disponibles chaque année pour financer ces solutions. Selon le communiqué, ces fonds sont souvent sous-utilisés ou non sollicités par les éleveurs dans plusieurs régions européennes.
L’appel à un quota « zéro abattage »
En conclusion, les ONG appellent les États membres à rejeter la proposition de la Commission et à maintenir une protection stricte pour l’espèce, en conformité avec la législation européenne et la volonté citoyenne. Elles soutiennent qu’un quota « zéro abattage » est désormais la seule option légale et scientifiquement fondée pour les pays où le loup n’a pas atteint un état de conservation favorable. Plusieurs pays comme le Portugal, la Pologne ou la République tchèque ont déjà annoncé leur intention de suivre cette voie.
« Ce dont nous avons besoin de toute urgence aujourd’hui, c’est d’un changement systémique de politique qui reflète les attentes du public. Aucun déclassement, un quota zéro pour l’abattage des loups et la poursuite des chasseurs illégaux doivent devenir la priorité », exigent les signataires. Elles pressent l’UE-27 de « rétablir la légalité, de maintenir des normes environnementales strictes et de réaffirmer leur responsabilité morale envers la nature et la science ».
De nombreuses références scientifiques et documents cités par les ONG sont disponibles pour consultation sur leurs plateformes respectives.


