BASTIA : Culture – La Finlande impose sa « Sarjakuva…
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BASTIA : Culture – La Finlande impose sa « Sarjakuva » sur la scène nationale
L’année 2026 consacre le 9e art finlandais en France avec une programmation nationale d’envergure qui débute fin mars par le Festival BD à Bastia.
Sous l’appellation « Sarjakuva », terme signifiant littéralement « série en images », la bande dessinée finlandaise s’apprête à vivre une année exceptionnelle dans l’Hexagone. Longtemps confidentielle, cette scène artistique nordique connaît une ascension fulgurante depuis le début des années 2000. Si le nombre de titres traduits en français se comptait alors sur les doigts d’une main, ce sont aujourd’hui près de 130 ouvrages qui garnissent les librairies, portés par une soixantaine d’artistes et une quarantaine d’éditeurs tricolores.
Une ouverture en Corse
Pour inaugurer cette année thématique, le choix s’est porté sur la Corse. Le Festival BD à Bastia, qui se tiendra du 26 au 29 mars 2026, accueillera la première étape majeure de ce cycle. Le Centre culturel Una Volta abritera l’exposition « Ei kenenkään lieassa » (« Sur le seul papier, je suis libre »), une immersion dans l’univers de six créateurs emblématiques.
Parmi eux, Ville Ranta, figure majeure du dessin de presse et auteur de romans graphiques au style incisif, ou encore Ulla Donner, lauréate du prix Puupäähattu 2025, reconnue pour sa satire sociale et son graphisme intégrant la typographie. Le public pourra également découvrir les œuvres de Janne Kukkonen, dont la série « Voro » mêle folklore et action, ainsi que les installations de Juliana Hyrri et les peintures d’Eeva Meltio.
Un périple à travers les festivals français
Après l’Île de Beauté, la « Sarjakuva » irriguera le continent tout au long de l’année. Au printemps, les Rencontres du 9e Art d’Aix-en-Provence mettront à l’honneur le collectif Kutikuti. Fondé en 2005, ce groupe de 65 membres est célèbre pour son magazine « Kuti » et son approche expérimentale. Une exposition au Musée des Tapisseries présentera l’intégralité des 81 couvertures du journal, témoignant de la vitalité graphique d’artistes comme Roope Eronen ou Terhi Ekebom.
La rentrée de septembre marquera une étape parisienne avec le festival Formula Bula. L’événement, installé à Césure dans le 5ème arrondissement, invitera des figures tutélaires comme Tommi Musturi et Marko Turunen, dont le style qualifié de « super-réaliste » mêle science-fiction et quotidien.
En novembre, le festival BD Colomiers, près de Toulouse, prendra le relais en mettant l’accent sur l’édition indépendante, avant une clôture de l’année à l’Institut finlandais de Paris (https://www.institut-finlandais.fr/) avec une exposition consacrée à Juliana Hyrri.
Liberté de ton et absence de tabous
Ce qui frappe dans la production finlandaise, c’est sa liberté absolue. N’ayant pas à porter le poids de modèles historiques écrasants comme dans l’espace francophone, les artistes explorent des thématiques audacieuses : féminité, sexualité, récits autobiographiques poignants ou écologie.
« Sans perspectives de ventes importantes, et débarrassés des contraintes commerciales, les artistes du 9e Art finlandais sont d’autant plus libres de créer parce qu’ils ont des choses à dire », analyse Kirsi Kinnunen, directrice et co-commissaire de Sarjakuva 2026.
Cette singularité s’explique aussi par une formation artistique universitaire de haut niveau, notamment à l’Université Aalto d’Helsinki, qui dote les auteurs d’un solide bagage technique et plastique.
Des ouvrages pour pérenniser l’événement
L’année sera également marquée par des publications phares. En septembre 2026, les éditions PLG publieront « Plein les yeux », un ouvrage de référence signé par le journaliste Harri Römpötti. Il s’agira du premier livre consacré à la bande dessinée finlandaise publié hors de ses frontières.
Parallèlement, le journal « Palapeli » (« Puzzle ») sera diffusé gratuitement lors des événements partenaires. Treize auteurs, dont Mari Ahokoivu et JP Ahonen, y revisitent leur culture avec humour et décalage, offrant aux lecteurs français une porte d’entrée accessible vers cet imaginaire foisonnant qui, en 2026, n’aura plus rien d’exotique pour le public français.


