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BAGNEUX : Patrick BOUCHAIN : « L’architecture est l’art le plus populaire »

Les actes de la 2ème Journée d’études du Plus Petit Cirque du Monde affirment les périphéries urbaines comme des laboratoires d’avenir.

Le Plus Petit Cirque du Monde (PPCM), à Bagneux, a rendu publics les actes de sa deuxième Journée d’études sur les Patrimoines, Architectures et Paysages des Périphéries, qui s’est tenue le 16 octobre 2025. Cet événement, qui a réuni plus d’une centaine de chercheurs, architectes, étudiants et habitants, a permis de croiser les expertises pour interroger ce qui fonde l’héritage des villes de banlieue. Loin des clichés, les conclusions dessinent les contours de territoires vivants, complexes et porteurs d’innovations.

Un patrimoine périphérique à réinventer

Les périphéries urbaines regorgent de patrimoines matériels et immatériels souvent méconnus : grands ensembles, friches industrielles, cités-jardins, mais aussi mémoires ouvrières et cultures issues des migrations. La labellisation du Plus Petit Cirque du Monde en 2023 comme premier Centre Culturel de Rencontre implanté en banlieue a marqué un tournant. Ce label historique du Ministère de la Culture, traditionnellement réservé à des sites patrimoniaux majeurs, élargit ainsi la notion même de patrimoine. Il affirme que les héritages des banlieues doivent être reconnus, documentés et transmis. C’est dans cette optique que le PPCM a créé en 2025 son pôle « Patrimoines et Architectures des Périphéries » pour structurer cette démarche de valorisation.

L’architecture comme « théâtre des négociations »

Au-delà de la simple reconnaissance, la journée d’études a exploré les manières de transformer ces territoires. Pour Patrick Bouchain, architecte du bâtiment du PPCM et Grand Prix de l’Urbanisme 2019, la clé réside dans une nouvelle approche de l’acte de construire. « On considère que l’architecture est un art réservé aux spécialistes, alors que moi, je pense que l’architecture est l’art le plus populaire. Nous habitons tous donc nous avons tous une expérience d’architecture », a-t-il déclaré. Selon lui, tout projet doit être envisagé comme un bien social partagé, fruit d’un processus de négociation avec le site, les usages et les habitants. Le chantier lui-même doit devenir un lieu ouvert de rencontres, réintroduisant une dimension communautaire dans la fabrication de la ville.

Raconter l’histoire depuis les quartiers populaires

Changer le regard sur les banlieues passe aussi par la réécriture de leur histoire. Emmanuel Bellanger, directeur de recherche au CNRS, a appelé à considérer ces territoires non plus comme des marges, mais comme des espaces centraux de l’histoire contemporaine française. Cette démarche implique de produire des savoirs « avec » les habitants, et non plus seulement « sur » eux. C’est la mission que se donnent les Ateliers Médicis à Clichy-sous-Bois et Montfermeil. « Nous, on dit toujours que nous aurons réussi notre travail le jour où les quartiers populaires seront un endroit d’où l’on parle mais pas dont on parle », résume Cathy Bouvard, sa directrice. Ce travail de mémoire est crucial pour les habitants, confrontés aux transformations urbaines. « On sait qu’il faut quand même un changement […]. Et en même temps, on aimerait bien que ça reste comme ça, parce qu’un bâtiment, ce n’est pas juste un lieu où on a vécu, […] c’est un lieu où il y a une histoire, il y a une mémoire », témoigne Inès Belghit, du collectif de jeunes L’Étincelle.

Des laboratoires d’expérimentations urbaines et sociales

Grâce à une pression foncière souvent moindre, les périphéries se révèlent être des terrains propices à l’expérimentation. Les intervenants ont présenté de multiples initiatives où l’on répare les sols pollués, on réhabilite sans effacer la mémoire des lieux et l’on invente de nouvelles formes de gouvernance. Fanny Cottet, chercheuse à l’École d’urbanisme de Paris, a cité l’exemple du projet « L’autre Soie » à Villeurbanne : « Les acteurs de ce centre social, les différentes personnes qui habitaient sur ce site, ont toutes été embarquées dans ce projet urbain, et dans la transformation d’un gros morceau de ville ». Dans ces processus de longue haleine, la culture joue un rôle de médiateur essentiel pour accompagner les chantiers et fédérer les énergies.

À l’issue de cette journée, le PPCM a formulé dix grands principes pour guider son action, parmi lesquels l’inversion du stigmate, la reconnaissance des savoirs des habitants ou encore la réparation écologique et sociale des territoires.

Les actes complets de la journée sont disponibles en ligne sur postculture.org (http://r.jigsaw.postculture.org/mk/cl/f/sh/1t6Af4OiGsFxgBDvXk7tsmPWr40n9V/fXGW9CkhNs3u), ainsi qu’un aftermovie de l’événement (http://r.jigsaw.postculture.org/mk/cl/f/sh/1t6Af4OiGsGQ0tQLw6Dp32TMEszWrZ/9VUiwf6unjoH). Plusieurs rendez-vous sont prévus en 2026, dont une exposition « Prendre Place » du 26 juin au 2 juillet, et la 3ème Journée d’études le 13 octobre.