AVIGNON : Festival Off – « La théorie des fragments »…
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AVIGNON : Festival Off – « La théorie des fragments », le dialogue posthume avec un Malgré-Nous
Au Théâtre du Train Bleu, Matthieu Loos confronte le destin de son grand-oncle, Alsacien enrôlé de force dans l’armée nazie en 1944.
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Au cœur du Festival Off d’Avignon, la compagnie Combats Absurdes présente une œuvre puissante et intime, « la théorie des fragments ». Jusqu’au 23 juillet, au Théâtre du Train Bleu, l’auteur et comédien Matthieu Loos invite le public à un dialogue par-delà le temps avec son grand-oncle, Charles Loos, un « Malgré-Nous » alsacien mort sur le front russe en 1944. La pièce, née de la découverte d’archives familiales, explore les zones grises de l’Histoire et la complexité des destins individuels pris dans la tourmente des conflits.
Pour Matthieu Loos, chaque représentation est une rencontre renouvelée avec ce fantôme familial.
« En réalité, même si j’ai moi-même écrit les mots que Charles m’adresse pendant la pièce, j’ai sincèrement l’impression de le rencontrer. À chaque fois », confie l’auteur.
Une quête intime et historique
Le projet a germé lorsque Matthieu Loos a hérité des souvenirs de son grand-oncle : carnets intimes, photos, lettres. Des fragments d’une vie qui le montrent souriant sous l’uniforme allemand, brassard à croix gammée sur le bras. Loin de chercher à juger, la pièce interroge la difficulté de raconter une histoire sans la simplifier à l’extrême, sans la réduire aux catégories binaires de « héros » ou « traître ».
« Dire “héros” ou “traître”, c’est déjà simplifier. Ce spectacle est une tentative de préserver la complexité du réel », souligne Matthieu Loos.
La pièce se confronte directement aux questions les plus troublantes : comment un instituteur français se retrouve-t-il à enseigner des chants nazis à ses élèves ? Quelle fut sa part de responsabilité, de résistance ou de soumission ? Le spectacle explore cette complexité, rappelant que les choix d’un individu sont façonnés par un contexte souvent écrasant.
L’Alsace, une identité-frontière
Pour comprendre le parcours de Charles Loos, la pièce plonge dans l’histoire singulière de l’Alsace. Depuis 1870, ce territoire a changé quatre fois de nationalité, ballotté entre la France et l’Allemagne. Cette instabilité a forgé une identité unique, où la langue alsacienne a longtemps servi de refuge face aux tentatives d’assimilation culturelle. C’est dans ce contexte que s’inscrit la posture de prudence de nombreux Alsaciens, résumée par l’expression « Nicht Auffalen » : ne pas se faire remarquer.
La pièce revisite également des moments historiques clés, comme le procès en 1946 de Robert Wagner, le dignitaire nazi en charge de l’Alsace, qui avait convaincu Hitler d’incorporer de force les Alsaciens dans l’armée allemande pour qu’ils versent « le prix du sang ».
Un dispositif scénique au service du récit
Co-mise en scène par Matthieu Loos et Arthur Fourcade, la pièce opte pour une esthétique épurée et frontale. Sur scène, quatre comédiens (Julie Doyelle, Matthieu Loos, Philippe Rasse, Marc Schweyer) et le musicien suédois Mats Karlsson construisent le récit dans une adresse directe au public. La musique, jouée en direct, agit comme un fil sensible reliant les fragments de mémoire.
La scénographie de Rodrigue Glombard, une grande toile peinte au sol, se transforme au gré de la narration, devenant tour à tour paysage, archive ou surface de projection mentale. Cette simplicité du dispositif place la parole et le jeu au centre de l’expérience théâtrale, invitant à une réflexion profonde sur la mémoire, l’héritage et la manière de raconter l’Histoire.
Le texte de la pièce, lauréat de plusieurs prix dont l’Aide Nationale à la création d’ARTCENA, est édité chez Les Cygnes. La compagnie Combats Absurdes, fondée en 2010 par Matthieu Loos, poursuit ainsi son exploration d’un théâtre à la croisée de la poésie, de l’Histoire et de la pensée scientifique.
Informations pratiques
« La théorie des fragments » est à l’affiche du Théâtre du Train Bleu jusqu’au 23 juillet 2026 (relâche les dimanches), à 15h55. La durée du spectacle est de 2h05, navette comprise.
Pour plus d’informations sur la compagnie : www.CombatsAbsurdes.com
Réservations auprès de Laurène Mathey : laurene.mathey@combatsabsurdes.com.
via Presse Agence (rédigé à partir d’un communiqué de presse transmis à la rédaction).

