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ARLES : Grand Prix de la traduction de la ville d’Arles 2025

Porté par ATLAS, association pour la promotion de la traduction littéraire, le Grand Prix de Traduction de la Ville d’Arles, doté de 5 000 €, récompense en 2025 Laure Hinckel pour sa traduction du roumain de Théodoros, de Mircea Cărtărescu (Noir sur blanc, 2024).

La décision du Jury a été particulièrement difficile lors de cette édition. Distinguer les deux textes arrivés en tête et qui se partageaient les suffrages à quasi-égalité aura justifié la création inédite d’un Prix Spécial du Jury, attribué à la traduction par Stéphanie Dujols de l’arabe (Palestine) de Je suis ma liberté de Nasser Abu Srour (Du Monde Entier, Gallimard, 2025), pour lequel ATLAS apporte une dotation exceptionnelle de 2 500 €.

Le Grand Prix de traduction de la Ville d’Arles 2025 a été remis le vendredi 7 novembre 2025 à la Chapelle du Méjan (Arles), lors des 42 Assises de la traduction littéraire : “Traduire sous contraintes”.

Le Grand Prix salue le tour de force que représente la traduction de Théodoros, vaste fresque constellée de références rares et d’archaïsmes d’essences multiples, combinaison virtuose de registres et de styles, aux phrases longues et sinueuses mais parfaitement maîtrisées. Laure Hinckel a fait siennes la poésie, l’insolence, la fantaisie et l’ironie souveraine d’un récit qui emporte le lecteur à travers les siècles et les continents, de la Valachie à l’Éthiopie en passant par la Grèce et la Californie.

Récompensée par le Prix spécial du Jury, Stéphanie Dujols livre une grande traduction d’un texte qui explore une multitude de modes narratifs. Écriture et
traduction fusionnent au service de Je suis ma liberté, un texte à la fois poétique, métaphysique, romanesque et documentaire qui, à travers une expérience carcérale si difficilement partageable, parle à chaque lecteur de notre commune humanité.

LE Grand Prix de Traduction de la Ville d’Arles.

Porté par ATLAS – Association pour la promotion de la traduction littéraire, il récompense la traduction d’une oeuvre de fiction contemporaine remarquable par sa qualité et les difficultés qu’elle a su surmonter. Ce prix, soutenu par la Région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur, le Département des Bouches-du-Rhône et la Ville d’Arles, est doté de 5 000 euros et remis lors des Assises de la traduction littéraire.

LAURE HINCKEL – lauréate 2025.

Laure Hinckel (née en Lorraine en 1968), voulait faire « voix de documentaire », quand elle avait 11 ans. On lui a dit que ce métier n’existait pas, alors elle est devenue journaliste pour décrire le monde. Elle ne savait pas encore qu’elle donnerait une voix française aux romanciers roumains. Journaliste, traductrice, photographe : toujours une question de regard, de voix, de contexte et de choix. Elle assume un rôle de passeuse et d’intermédiaire, propose et traduit des textes de la jeune génération post-révolution ; traduit un classique oublié 77 ans après sa sortie à Bucarest ; déniche un texte précurseur de Mihail
Sebastian, La correspondance de Marcel Proust dont elle réalise « l’archéologie littéraire » dans une préface éclairante. `Elle est la traductrice de Mircea Cărtărescu depuis 2008 et donne à cet auteur d’avoir enfin sa trilogie traduite sans coupes, dans une toute nouvelle traduction (Denoël 2025-2026). Chez Noir sur Blanc, Solénoïde, 2019, Melancolia, 2021, et, en 2024, Théodoros, un livre comme un défi de traduction.

L’histoire de Théodoros se déroule au XIX siècle et raconte la vertigineuse ascension, puis la chute terrible, du fils de simples domestiques d’un petit aristocrate roumain. Teodor, dès son plus jeune âge, rêve de devenir empereur, d’égaler cet Alexandre dont sa mère, grecque, lui chantait les exploits. Comme possédé par son fantasme, le garçon va travailler sans cesse à s’élever et, devenu adulte, il ne reculera devant rien, aucun péché, aucun méfait. Les lettres fiévreuses qu’il écrit à sa mère nous le montrent occupé à sillonner l’archipel grec et le Levant, qu’il écume avec une bande d’affreux pirates, hommes et femmes. Il décrit autant qu’il rêve sa vie aventureuse et les actions cruelles et audacieuses qu’il entreprend dans sa quête de pouvoir et de richesses…
Pour finir, Teodor, Théodoros, emportant tout sur son passage, deviendra empereur, comme il l’avait rêvé : il sera l’improbable Téwodros II, souverain d’Éthiopie. Et c’est dans ce costume et cette fonction qu’il mourra, en 1868, en combattant les soldats de la reine Victoria.

STÉPHANIE DUJOLS – PRIX SPÉCIAL DU JURY.

Stéphanie Dujols est traductrice de littérature arabe contemporaine. Elle a vécu notamment en Égypte, en Palestine et en Jordanie, où elle a travaillé comme interprète pour des organisations humanitaires et comme enseignante de littérature française. Elle a traduit de nombreux ouvrages, dont La coquille (Moustafa Khalifé, Sindbad/Actes Sud, 2007), Un détail mineur (Adania Shibli, Sindbad/Actes Sud, 2020), ou La Cigogne (Akram Musallam, Sindbad/Actes Sud, 2015). Récemment, elle a publié chez Actes Sud un livre intitulé Les espaces sont fragiles (Carnet de Cisjordanie, Palestine, 1998-2019) et traduit Je suis ma liberté, de Nasser Abu Srour (Gallimard, 2024).

Incarcéré à perpétuité dans les geôles israéliennes, Nasser a dit adieu au monde. Au fil des années, un lien particulier s’est noué entre ce Palestinien et
le mur qui lui fait face : celui-ci s’anime, répond et change d’apparence selon que l’espoir ou le renoncement domine. Surtout, il lui inspire ce texte.

Depuis sa cellule, Nasser raconte son histoire et celle de son peuple comme s’il les extirpait du mur, faisant surgir par ses mots le monde qu’il a quitté. Lorsque Nanna, une jeune avocate qui rend visite aux prisonniers, s’éprend de cette âme libre, le monologue du condamné devient dialogue ardent.
Mais l’amour peut-il patienter ?

Tels les Bédouins puisant dans un lexique infini pour décrire le désert, Nasser Abu Srour fait de sa prison un univers en expansion. Entre réalité et onirisme,
Je suis ma liberté est un hommage visionnaire au pouvoir émancipateur de la littérature.