ARÊCHES BEAUFORT : Ski alpinisme – La 40e Pierra Ment…
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ARÊCHES BEAUFORT : Ski alpinisme – La 40e Pierra Menta défend ses racines face au format olympique
Alors que le ski alpinisme entre aux JO ce 19 février, la Pierra Menta fête sa 40e édition en rappelant que l’essence de ce sport reste la montagne.
À Arêches-Beaufort, station située au cœur de la Savoie, l’heure est à la célébration d’un mythe. Laurence, Guy et désormais Sébastien Blanc orchestrent depuis quatre décennies ce qui est devenu le sommet mondial du ski alpinisme tricolore. La Pierra Menta, qui se tiendra début mars, s’est imposée dans le trio de tête des courses longue distance, aux côtés de la Patrouille des Glaciers en Suisse et de la Mezzalama en Italie. Pourtant, cet anniversaire résonne d’une manière particulière cette année, à l’heure où la discipline fait ses débuts olympiques sous un format controversé.
Une ascension spectaculaire depuis 1986
L’histoire de la « Pierra » est celle d’une vision. En 1986, alors que la mode est au ski acrobatique et aux tenues fluo, il fallait oser parier sur les peaux de phoque et l’effort d’endurance. « Non, étonnamment, ça n’a pas été si compliqué […] On osait davantage, il y avait moins de limites liées à la sécurité », se souvient l’organisation. D’une course locale, l’événement a basculé dans une autre dimension avec l’arrivée des équipes étrangères et l’instauration d’un format exigeant : 10 000 mètres de dénivelé positif sur quatre jours.
Aujourd’hui, la course attire les plus grands champions comme les amateurs ultra-entraînés. La recette de cette longévité ? Une ambiance unique où participants et organisateurs partagent le gîte et le couvert, créant un esprit de cordée qui traverse les générations. « La bascule s’est faite dès que des étrangers sont venus, car on s’est retrouvés confrontés aux meilleurs », expliquent les organisateurs, citant l’influence des dynasties italiennes comme la famille Boscacci.
Le grand écart olympique
Cependant, la 40e édition se déroule dans un contexte inédit. Le ski alpinisme intègre le programme des Jeux Olympiques ce 19 février 2026, mais sous la forme d’un sprint en stade. Une épreuve de trois minutes, loin des longues épopées en haute montagne qui constituent l’ADN de la discipline. Pour les puristes, le contraste est saisissant : d’un côté l’aventure et la gestion de l’effort sur plusieurs heures, de l’autre un format télévisuel aseptisé.
La parole aux champions
Face à cette mutation, les athlètes engagés sur la Pierra Menta tiennent à réaffirmer leur vision du ski alpinisme. William Bon Mardion, champion du monde et vainqueur de l’épreuve, livre un témoignage sans concession sur son choix de privilégier la montagne.
« Je me suis déjà beaucoup exprimé à ce sujet depuis 2 ans, je fais du ski alpinisme, pas du « ski de stade », et je ne me suis pas converti en sprinteur depuis. C’est un choix assumé, pas un manque de capacités : j’ai fait des podiums en sprint sur des épreuves de Coupe du monde pour jouer le classement général. Mais devenir sprinteur à plein temps, c’était renoncer aux courses de pleine montagne et à tout ce qui va avec : un sport d’endurance, de la technique hors-piste, que ce soit en montée comme en descente… Tout ce qu’on retrouve sur les courses historiques de ski alpinisme que sont la Pierra Menta, la Patrouille des Glaciers, la Mezzalama, la Marmotta Trophy… », explique le champion.
Il poursuit en soulignant la différence physiologique : « La préparation physique n’est pas la même : l’épreuve de sprint dure 2 – 3 minutes, alors qu’une épreuve individuelle dure plus d’une heure et une épreuve longue distance plusieurs heures, voire plusieurs jours sur les courses à étapes comme la Pierra Menta. La vraie question est : comment va évoluer la discipline pendant l’olympiade ? Il y aura peut-être des réponses à trouver sur cette 40e Pierra Menta, qui sera support des championnats du monde longue distance ».
Un soutien lucide
François D’Haene, quadruple vainqueur de l’UTMB et habitué de l’épreuve, partage cette analyse tout en soutenant l’équipe de France olympique. « Aux JO, c’est l’épreuve du sprint qui a été choisie : un format très intense, en stade […] Mais pour moi, le ski alpinisme est aussi ailleurs. Sur les sommets, skis sur le dos dans un couloir, sur une crête, dans une pente raide ou dans la poudreuse », rappelle-t-il.
Pour Lorna Bonnel, également vainqueur de la Pierra Menta, si la visibilité est positive, il manque l’essentiel : « Le sprint est un condensé du ski alpinisme, en effet, mais il manque le terrain montagne, la nature, la technique d’alpinisme des arêtes et une certaine endurance qui caractérisent ce sport pour atteindre différents sommets ».