ANNECY : Christophe DUMAREST : « Les faces nord rendent vis…
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ANNECY : Christophe DUMAREST : « Les faces nord rendent visible l’invisible »
L’alpiniste annécien Christophe Dumarest, après un printemps d’ascensions majeures, alerte sur l’impact du réchauffement climatique en haute montagne.
À 46 ans, Christophe Dumarest s’est imposé comme l’une des figures majeures de l’alpinisme mondial. Originaire d’Annecy et guide de haute-montagne depuis l’âge de 24 ans, il a multiplié les ascensions d’envergure depuis plus de deux décennies, s’affranchissant des standards pour marquer de son empreinte les parois les plus mythiques. Au-delà de la performance sportive, il porte une voix inspirante sur la portée philosophique de sa pratique et sur les transformations profondes qui affectent son terrain de jeu.
Un printemps 2026 au sommet
Le mois d’avril 2026 a été particulièrement marquant pour l’alpiniste. Il a enchaîné trois réalisations exceptionnelles qui témoignent de son engagement et de sa créativité. D’abord, il a gravi la voie Gousseault-Desmaison dans la face nord des Grandes Jorasses, une ligne légendaire de 1 200 mètres et 36 longueurs, avec son client Didier Laurent, une première pour une cordée guide-client. Peu après, il a conduit un autre client, Serge Begein, au sommet de la redoutable face nord de l’Eiger et ses 1 700 mètres de paroi.
Enfin, en compagnie de Symon Welfringer, son compagnon de cordée, il a ouvert une nouvelle voie mixte d’ampleur, baptisée « Kairos », sur 700 mètres dans la face est du mont-Blanc du Tacul. Une nouvelle ligne appelée à devenir une classique, qui combine des passages de neige, de glace et de roche dans une ambiance de grande face nord.
Les faces nord, sentinelles du climat
Ces ascensions sont aussi l’occasion pour Christophe Dumarest de témoigner des effets directs du changement climatique. Habitué de ces versants septentrionaux, il observe leur dégradation accélérée.
« Les faces nord rendent visible l’invisible. La glace que l’on croyait hier éternelle, à l’ombre des versants septentrionaux, fond de manière spectaculaire », constate l’alpiniste.
Il poursuit : « Les conditions se détériorent. Cela se traduit concrètement par des difficultés accrues, un engagement plus important et des risques objectifs amplifiés ».
Son expérience sur la Gousseault-Desmaison illustre parfaitement ce constat.
« Le contraste entre mon ascension de 2011 dans la ligne de la Goussault-Demaison en hivernale et celle de 2026 est saisissant. En plus de réduire les créneaux propices à ces ascensions, la fonte de la glace rend les faces nord plus dangereuses. Concrètement, ce printemps, la rareté des placages de neige et de glace a complexifié l’ascension », explique-t-il.
Un guide hors-norme
La pratique de Christophe Dumarest se distingue par sa capacité à emmener des alpinistes amateurs sur des itinéraires où peu de guides s’aventurent. En les accompagnant sur les faces nord de l’Eiger, des Grandes Jorasses ou du Cervin – surnommées les « trois derniers problèmes des Alpes » –, il assume une prise de responsabilité extrême et redéfinit la relation de confiance au sein de la cordée.
Cette démarche s’inscrit aussi dans une volonté de transmission, incarnée par la fondation en 2018 de l’association Ocean Peak. Cette structure d’aventure solidaire utilise la mer et la montagne comme vecteurs d’insertion pour des jeunes en difficulté, tout en les sensibilisant à la protection de l’environnement.
Kairos, la quête de l’instant juste
Le nom de sa dernière voie, « Kairos », n’a pas été choisi au hasard. Il fait référence au concept grec de « l’instant juste », une notion au cœur de la philosophie de l’alpiniste.
« Lorsqu’on expérimente dans l’écrin sublime des « jardins féeriques » de haute montagne des instants de pleine conscience, ils deviennent les jalons d’une vie et s’apparentent à des instants d’éternité », analyse Christophe Dumarest.
« Lorsque l’âme, le corps et l’esprit sont entièrement mobilisés dans un passage technique, alors les bavardages mentaux s’arrêtent, la pensée se tait et même l’ego n’a plus sa place. Ce n’est plus alors ni le temps de la frise, ni celui de l’écoulement, mais celui de la verticalité. Un temps imbriqué au corps, à la cordée, à la nature et à la beauté ».
via Presse Agence.
