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ANCENIS-SAINT-GÉRÉON : Pierre NANTAS : « Un nom sur une souffrance n’est pas un diagnostic »
Face à la vague d’autodiagnostics du trouble borderline sur TikTok, le psychothérapeute Pierre Nantas appelle à la prudence et au recours à un spécialiste.
À Ancenis-Saint-Géréon, commune de Loire-Atlantique, un spécialiste de la santé mentale tire la sonnette d’alarme. Le trouble de la personnalité borderline, ou TPB, est devenu un sujet viral sur les réseaux sociaux comme TikTok et Instagram, où les vidéos cumulent des centaines de millions de vues. Si cette visibilité a permis de sensibiliser un large public à une souffrance souvent invisible, elle ouvre aussi la porte à des autodiagnostics hâtifs et potentiellement dangereux. Pierre Nantas, psychothérapeute et président fondateur de l’AFORPEL, décrypte ce phénomène ambivalent.
Un trouble majoritairement féminin et sous-diagnostiqué
Les chiffres confirment une réalité clinique observée sur le terrain. Une étude nationale française publiée début 2025 (Dufrenois et al.), portant sur 121 235 patients hospitalisés pour un trouble borderline entre 2013 et 2022, a révélé une forte prédominance féminine : les femmes représentent 1,76 fois plus de cas que les hommes. Le profil type est celui d’une femme d’une trentaine d’années. Fait inquiétant, l’âge de la première hospitalisation, souvent déclenchée par une tentative de suicide, ne cesse de baisser depuis 2015, se situant désormais autour de 15 ans.
En parallèle, sur les plateformes numériques, de nombreuses jeunes femmes partagent leurs symptômes, se reconnaissent dans des témoignages et arrivent en consultation avec une conviction déjà forgée : « TikTok m’a dit que j’étais borderline ».
TikTok : une porte d’entrée, pas un cabinet médical
Pour Pierre Nantas, il est crucial de distinguer l’identification d’un mal-être et sa qualification médicale. Les réseaux sociaux ont offert un espace pour nommer une détresse que beaucoup vivaient dans l’isolement, mais cette première étape ne doit pas se substituer à une démarche clinique rigoureuse.
« Les réseaux sociaux ont accompli quelque chose que la psychiatrie n’avait pas toujours réussi : donner un nom à une souffrance que des milliers de femmes portaient seules depuis des années. Mais un nom, ce n’est pas un diagnostic. Et le diagnostic borderline, ça se pose avec un spécialiste ! », insiste Pierre Nantas.
Le risque est réel : le trouble borderline partage des symptômes communs avec la dépression, le burn-out, le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) ou encore les syndromes de stress post-traumatique. Un diagnostic erroné peut entraîner des années de thérapies inadaptées, prolongeant inutilement une souffrance profonde.
Comprendre les symptômes du trouble borderline
Le trouble de la personnalité borderline fait partie des troubles du groupe B, caractérisés par une forte dimension émotionnelle, impulsive et parfois dramatique. Ses origines sont multifactorielles, souvent liées à des facteurs familiaux, neurobiologiques et génétiques. Les principaux symptômes incluent :
- Une instabilité émotionnelle sévère : les émotions varient brusquement avec une intensité qui peut sembler disproportionnée par rapport à l’événement déclencheur.
- Une peur panique de l’abandon : qu’il soit réel ou imaginé, cet abandon potentiel peut provoquer des réactions de rage ou d’angoisse extrêmes.
- Des relations interpersonnelles intenses et chaotiques : alternant entre une idéalisation excessive de l’autre et une dévalorisation tout aussi radicale.
- Des comportements impulsifs et à risque : dépenses excessives, conduites dangereuses, automutilation, etc.
- Un sentiment chronique de vide : une sensation persistante de malaise intérieur, comme si quelque chose manquait.
Que faire en cas de reconnaissance ?
Se reconnaître dans les symptômes décrits sur les réseaux n’est pas anodin et peut constituer le premier pas vers une prise en charge. Toutefois, il est essentiel de poursuivre la démarche de manière structurée. La première étape est de consulter un psychiatre ou un psychothérapeute spécifiquement formé à ce trouble. Il est crucial de ne pas s’enfermer dans une étiquette sans une évaluation clinique approfondie. Des thérapies spécialisées, comme la thérapie comportementale dialectique (DBT) ou la thérapie des schémas de Young, ont démontré leur efficacité. Impliquer ses proches dans le parcours de soin peut également constituer un soutien précieux.
« Le pronostic du borderline est favorable avec une prise en charge adaptée. Trop d’ados souffrent en silence depuis des années parce qu’ils ont reçu le mauvais diagnostic — ou aucun », conclut Pierre Nantas.
À propos de Pierre Nantas et de l’AFORPEL
Pierre Nantas est psychothérapeute et président fondateur de l’AFORPEL (https://www.aforpel.org), une association loi 1901 dédiée à la prise en charge du trouble de la personnalité borderline.
Reconnu pour son expertise, il se consacre à l’accompagnement des patients et à la formation des professionnels de santé pour améliorer le diagnostic et déstigmatiser ce trouble encore mal compris. Convaincu que le trouble borderline est l’un des plus mal identifiés en psychiatrie, il milite pour rendre les soins plus accessibles, plus humains et mieux adaptés aux besoins spécifiques des personnes qui en souffrent.
via Presse Agence (rédigé à partir d’un communiqué de presse transmis à la rédaction).

