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AIX-EN-PROVENCE : Protoxyde d’azote – Le dépist…

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AIX-EN-PROVENCE : Protoxyde d’azote – Le dépistage, chaînon manquant de la future interdiction européenne

Alors que l’UE veut interdire le protoxyde d’azote, la société Olythe alerte sur l’inefficacité de la loi sans outil de dépistage routier.

La lutte contre l’usage détourné du protoxyde d’azote, ou « gaz hilarant », s’intensifie au niveau européen. La Commission européenne a en effet manifesté sa volonté d’interdire la vente de ce produit au grand public, emboîtant le pas au Sénat français qui vient d’adopter une proposition de loi similaire. Toutefois, pour des acteurs de la sécurité routière comme l’entreprise aixoise Olythe, ces avancées législatives, bien que nécessaires, resteront lettre morte sans la mise en place de moyens de contrôle efficaces sur le terrain.

Une interdiction européenne en vue mais des contrôles inexistants

Le commissaire européen Wopke Hoekstra a été clair devant les eurodéputés : « Selon la proposition de la Commission, (…) les grandes bonbonnes de protoxyde d’azote seraient interdites dans toute l’Union à la date la plus proche possible, c’est-à-dire le 1ᵉʳ février 2027 ». Ce projet d’interdiction repose sur un possible classement du gaz comme substance reprotoxique, néfaste pour la fertilité. Si cette mesure est une étape cruciale, elle soulève une question fondamentale : comment contrôler son usage au volant ? Aujourd’hui, les forces de l’ordre sont démunies, car il n’existe aucun outil de dépistage officiellement reconnu, rendant toute sanction quasi impossible.

Un fléau grandissant pour la sécurité routière

L’urgence est pourtant bien réelle. Le dernier bilan de l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR) révèle une hausse de la mortalité sur les routes en 2025, avec 3 260 décès (+2,1 % par rapport à 2024). L’usage détourné du protoxyde d’azote est de plus en plus pointé du doigt. Le principal obstacle au contrôle est la volatilité de la substance. « Le protoxyde d’azote est rapidement éliminé par l’organisme, ce qui rend les analyses plus difficiles. Résultat : un conducteur peut avoir consommé quelques minutes auparavant sans pouvoir être inquiété », explique Guillaume Nesa, fondateur d’Olythe.

Des effets dévastateurs sur la conduite démontrés

Les conséquences de l’inhalation de ce gaz sur les capacités de conduite sont dramatiques et documentées. Une étude choc menée par l’association 40 millions d’automobilistes (https://www.40millionsdautomobilistes.com/protoxyde-d-azote-au-volant-les-risques-de-la-conduite-sous-gaz-hilarant) a utilisé des simulateurs pour mesurer objectivement les effets du produit. Les résultats sont sans appel : le temps de réaction des conducteurs est multiplié par trois.

L’expérience met en scène deux conducteurs, Jade et Pierre, dont les performances se dégradent brutalement. Lors d’un simple exercice de maintien de trajectoire, Jade passe de 3 à 18 quilles renversées (+500 %). Pierre, dont la conduite était parfaite à jeun, en percute 20 sous l’emprise du gaz. Face à un obstacle imprévu, l’accident devient systématique, avec des vitesses d’impact atteignant 68 km/h, ne laissant quasiment aucune chance de survie à un usager vulnérable.

OCIN₂O, une technologie pour rendre le danger visible

C’est pour combler cette faille sécuritaire que la société française Olythe (www.olythe.io), pionnière dans l’analyse de l’air expiré, a développé OCIN₂O. Ce dispositif portatif, similaire à un éthylotest, utilise une technologie de spectroscopie infrarouge (NDIR) pour détecter la molécule de N₂O dans le souffle en une minute seulement, et ce jusqu’à cinq heures après consommation. « C’est un échantillon simple à prélever, facile à utiliser pour les forces de l’ordre, et surtout adapté à une substance qui disparaît vite de l’organisme », précise Guillaume Nesa. La technologie, conçue et fabriquée en France, a déjà fait l’objet de tests concluants auprès des polices belge et danoise.

Rendre la loi applicable

Pour l’entreprise aixoise, l’enjeu est désormais de garantir la cohérence entre le durcissement de la législation et la réalité des contrôles. Interdire la vente est un premier pas indispensable, mais il ne résoudra pas le problème de l’insécurité routière si les conducteurs sous influence continuent de passer entre les mailles du filet. « Restreindre la vente est une avancée. Mais sans outil de dépistage reconnu, on laisse subsister une zone grise extrêmement dangereuse », conclut Guillaume Nesa. Face à une mortalité routière qui repart à la hausse, la mise à disposition d’outils de dépistage fiables apparaît comme la condition sine qua non pour que la future loi européenne ne soit pas un simple coup d’épée dans l’eau.