AIX EN PROVENCE : Guillaume NESA : « Sans outil de dépistag…
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AIX EN PROVENCE : Guillaume NESA : « Sans outil de dépistage reconnu, on laisse subsister une zone grise »
Alors que le Sénat vient d’interdire la vente de protoxyde d’azote aux particuliers, l’absence de moyens de contrôle routier inquiète les experts.
C’est une avancée législative majeure qui s’est jouée au Palais du Luxembourg ce vendredi 27 février 2026. Le Sénat a adopté la proposition de loi portée par la sénatrice Marion Canalès, restreignant la vente de protoxyde d’azote aux seuls professionnels. Cette décision intervient dans un climat d’urgence sécuritaire : l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR) a révélé une hausse de 2,1 % de la mortalité sur les routes en 2025, avec 3 260 décès recensés. Pourtant, si la classe politique semble avoir pris la mesure du fléau que représente le « gaz hilarant » au volant, l’application concrète de cette interdiction pose question.
Sur le terrain, les forces de l’ordre demeurent démunies. Contrairement à l’alcool ou aux stupéfiants classiques, le protoxyde d’azote échappait jusqu’ici aux radars des contrôles, faute de matériel homologué. C’est précisément sur ce créneau que se positionne Olythe (https://www.olythe.io/), une entreprise basée à Aix-en-Provence. Spécialisée dans l’analyse de l’air expiré, la société a mis au point une solution technologique capable de combler ce vide juridique.
Une déconnexion entre la loi et la réalité du terrain
Pour les professionnels du secteur, légiférer sans donner les moyens de contrôler revient à un coup d’épée dans l’eau. Guillaume Nesa, fondateur d’Olythe, pointe du doigt cette faille critique. « Restreindre la vente est une avancée. Mais sans outil de dépistage reconnu, on laisse subsister une zone grise extrêmement dangereuse », explique le dirigeant.
La problématique est physiologique : le gaz est éliminé très rapidement par l’organisme. « Un conducteur peut avoir consommé quelques minutes auparavant sans pouvoir être inquiété », précise Guillaume Nesa. Pour répondre à cette contrainte, la société aixoise a développé le dispositif OCIN₂O. Utilisant une technologie infrarouge non dispersive (NDIR), cet appareil fonctionne comme un éthylotest et permet de détecter la molécule dans l’air expiré en une minute, et ce jusqu’à cinq heures après la prise. Déjà testée par les polices belge et danoise, la technologie attend désormais une généralisation en France pour rendre la loi applicable.
Des tests en simulateur aux résultats effrayants
L’urgence de déployer ces contrôles est corroborée par des données alarmantes sur le comportement des conducteurs. L’association « 40 millions d’automobilistes » a mené une étude approfondie sur simulateur (https://www.40millionsdautomobilistes.com/protoxyde-d-azote-au-volant-les-risques-de-la-conduite-sous-gaz-hilarant) pour mesurer l’impact réel du produit. Les résultats de cette expérience sont sans appel et démontrent une incompatibilité totale avec la conduite.
Le protocole a mis en scène des conducteurs, dont Jade et Pierre, soumis à des exercices de maintien de trajectoire et de réflexes, d’abord à jeun, puis après inhalation. Les témoignages issus de cette simulation glacent le sang tant la dégradation des capacités est brutale.
Lors des tests de maintien dans la voie, la perte de contrôle est quasi immédiate. Jade, qui ne renversait que 3 quilles lors du parcours de référence, en a renversé 18 après consommation, soit une augmentation de 500 % des erreurs. Pierre, dont la conduite était initialement parfaite avec aucune quille touchée, a fini par en renverser 13 en courbe sous l’emprise du gaz.
Plus grave encore, les temps de réaction se sont effondrés, doublant voire triplant chez les sujets. À une vitesse de 50 km/h, cela représente une distance de 15 mètres parcourus à l’aveugle avant le début du freinage. La conclusion de l’expérience est dramatique : les deux conducteurs ont provoqué trois accidents chacun lors des scénarios d’urgence, avec des vitesses d’impact avoisinant les 70 km/h. Dans la réalité, ces chocs auraient été fatals pour des piétons ou d’autres usagers.
Vers une reconnaissance officielle du dépistage ?
Face à ces constats scientifiques et techniques, la pression s’accentue sur le gouvernement pour qu’il inscrive rapidement le texte à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale et, surtout, qu’il homologue les outils de dépistage. « La question n’est plus seulement de légiférer, mais de rendre la loi applicable », insiste-t-on chez Olythe.
L’association de défense des automobilistes plaide de son côté pour une assimilation claire de la conduite sous protoxyde d’azote à la conduite sous stupéfiants, assortie de sanctions pénales lourdes. La technologie infrarouge développée en Provence pourrait bien devenir la clé de voûte de cette nouvelle politique de sécurité routière, transformant une interdiction théorique en une réalité opérationnelle pour les forces de l’ordre.