ABIDJAN : Agriculture – En Afrique du Sud, les femmes…
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ABIDJAN : Agriculture – En Afrique du Sud, les femmes mènent une révolution économique
Dans la province du Mpumalanga, 25 agricultrices accèdent aux marchés formels grâce à une initiative de formation et de mentorat ciblée.
Une révolution tranquille est en cours dans les champs de la province du Mpumalanga, en Afrique du Sud. Autrefois exclues des marchés formels par manque de formation, de maîtrise technologique ou de connaissances financières, 25 agricultrices approvisionnent désormais la grande distribution, des programmes d’alimentation scolaire et des gîtes touristiques. Ce succès est le fruit d’une initiative financée par la Banque africaine de développement, le Fonds d’investissement pour le climat et Absa Bank, et mise en œuvre par UVU Africa.
Le programme, qui opère dans le cadre du projet « South Africa Just Energy Transition Jobs First Project : Gender and Social Inclusion (SAJJOF) » (https://apo-opa.co/4seWWRs), a redéfini les perspectives pour les femmes rurales dans l’une des régions les plus vulnérables économiquement du pays.
Des parcours transformés par la formation
Le changement est tangible et se mesure dans le quotidien des participantes. Skhulile Malibe, agricultrice dans le village de Marite, ne pouvait autrefois pas évaluer la rentabilité de son travail. « Avant de rejoindre le programme, j’étais incapable de dire, à la fin de la journée, si j’avais gagné de l’argent ou non », se souvient-elle. Aujourd’hui, elle gère son exploitation de manière professionnelle, enregistre chaque transaction, suit ses récoltes et a pu embaucher du personnel, passant d’une agriculture de subsistance à une véritable entreprise commerciale.
Sa voisine, Kolile Malibe, qui a suivi la même formation, partage cet enthousiasme. « Cela m’a ouvert l’esprit. Aujourd’hui, je suis devenue agricultrice commerciale et le nombre de mes employés s’accroît de jour en jour », se réjouit-elle.
Briser les obstacles structurels
Lancée comme projet pilote à Bushbuckridge, l’initiative s’est attaquée aux barrières qui marginalisaient les femmes dans l’économie agricole : accès limité à la formation, aux débouchés, à la technologie et à la littératie financière. Chacune des 25 participantes a bénéficié d’une formation complète, d’un mentorat personnalisé et d’une tablette numérique pour gérer ses opérations, suivre ses dépenses et consulter les prévisions météorologiques.
Pour Gracious Masuku, du village de Belfast Trust, la formation financière a été un tournant. « Mes finances étaient mal tenues. Aujourd’hui, je suis capable d’enregistrer mes flux financiers moi-même et de maintenir un bon flux de trésorerie. Je suis en train de mettre en place un système qui fonctionnera longtemps après ma disparition, afin que quelqu’un d’autre puisse continuer à l’utiliser », explique-t-elle.
Selon Lara Rosmarin, Cluster Catalyst à UVU Africa, le programme a dépassé toutes les attentes. « Plus de 90 % des diplômées approvisionnent désormais des enseignes de la grande distribution, des agri-hubs, des programmes d’alimentation scolaire et des gîtes locaux, créant ainsi 66 nouveaux emplois grâce à des entreprises agricoles durables », déclare-t-elle.
Un impact sur l’économie touristique et sociale
L’initiative a des répercussions jusque dans le puissant secteur du tourisme safari sud-africain. « L’économie touristique safari du Grand Kruger […] représente un marché hôtelier estimé à plus d’un milliard de dollars par an, créant ainsi un débouché important pour les agriculteurs locaux. Grâce au projet SAJJOF, les agricultrices du Mpumalanga peuvent désormais accéder à ce marché haut de gamme », analyse Nawsheen Elaheebocus, cheffe de projet pour le SAJJOF à la Banque africaine de développement.
Le parcours de Smangele Makutu est l’un des plus emblématiques. Après avoir vécu cinq ans dans la rue, elle a obtenu un contrat de quinze ans pour cultiver les terres de son ancien lycée. Aujourd’hui, ses produits sont vendus dans les supermarchés et elle participe à la formation agricole des élèves actuels.
Les résultats globaux du projet pilote sont éloquents : 100 % des participantes ont amélioré le rendement de leur exploitation, 92 % ont diversifié leurs cultures et 77 % ont sollicité des financements pour se développer.
Vers une extension du programme
Forts de ce succès, les partenaires prévoient d’étendre l’initiative à d’autres sites de la province, en introduisant des technologies agricoles modernes et en développant la transformation des récoltes. « De nombreux agriculteurs de cette région ont opéré dans un environnement de survie, et non de prospérité, pendant des générations. Ce projet pilote prouve qu’avec les systèmes de soutien adéquats, la voie vers la sortie de la pauvreté intergénérationnelle devient tangible », souligne Dheepak Maharajh, PDG d’UVU Bio.
Cette initiative s’intègre dans la politique de transition énergétique juste de l’Afrique du Sud, qui vise à garantir que l’abandon du charbon profite à toutes les communautés. Pour Babatunde Omilola, chef de la Division du développement humain à la Banque africaine de développement, « cette initiative est cruciale […] favorisant la création d’emplois, l’égalité des genres, l’inclusion sociale, et veillant à ce que tout le monde bénéficie de l’économie verte, en particulier au Mpumalanga ».
