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PARIS : Géopolitique et géoéconomie des engrais azotés

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PARIS : Géopolitique et géoéconomie des engrais azotés

Des cartes réalisées par Benjamin Nowak[1] dressent le portrait, en pleine crise liée au blocage du détroit d’Ormuz[2] et au moment même où le G7 réuni à Paris en a fait un sujet de premier plan, d’un marché mondial des engrais azotés organisé selon une logique oligopolistique.

Cet exercice, réalisé à l’aide des données FAO de 2023, représente une précieuse photographie de l’état du marché mondial des engrais azotés tel qu’il s’organisait entre deux crises géopolitiques majeures : l’invasion de l’Ukraine par la Russie d’abord (2022), la guerre au Moyen-Orient déclenchée par les États-Unis et Israël ensuite (2026). Cette note entend prolonger la lecture de ces cartes en proposant une approche géopolitique, géoéconomique et historique des marchés mondiaux des engrais azotés.

Quelques rappels en préambule. Les engrais sont des intrants agricoles destinés à apporter aux sols et aux plantes les éléments nutritifs indispensables à la croissance des cultures. En restituant au sol les éléments nutritifs emportés par les récoltes, ils soutiennent de manière directe les rendements agricoles (un usage excessif ou déséquilibré pouvant en revanche dégrader les sols et l’environnement[3]).

L’azote (N) fait partie, avec le phosphore (P) et le potassium (K), des trois nutriments majeurs apportés par ces engrais, chacun ayant des fonctionnalités distinctes et complémentaires. C’est le recours massif à ces intrants, au détriment de l’efficience de leur utilisation, qui a permis les bonds dans la production agricole que nous avons connus au XXe siècle et durant la révolution verte (années 1960 aux années 1990). Aujourd’hui encore, ils demeurent des intrants stratégiques vitaux pour garantir la sécurité alimentaire mondiale : alors que 40 % de l’apport calorique mondial provient des trois grandes cultures de base (blé, riz, maïs), ces céréales absorbent près de la moitié de l’azote utilisé dans le monde.

L’une des spécificités des engrais azotés, qui sont les plus utilisés dans le monde[4], réside dans leur mode de fabrication : ceux-ci nécessitent l’usage d’une grande quantité de gaz naturel, qui représente par ailleurs entre 60 et 80 % du coût de production des engrais azotés, selon les régions et le prix local du gaz. Cette dépendance structurelle aux hydrocarbures explique la géographie actuelle des grands pays producteurs, et participe à faire de cet intrant un sujet géopolitique majeur.

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SOURCE : Agriculture Stratégies – Newsletter n°68.