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PARIS : Aéronautique de défense – La riposte de Dassault face au projet allemand Team Gen 6
Après l’échec du SCAF, l’offensive d’Airbus avec le Team Gen 6 place Dassault Aviation face à un défi stratégique majeur pour son leadership.
L’écosystème européen de la défense est en ébullition. L’annonce de la création du Team Gen 6, une coalition menée par Airbus et six autres industriels allemands, a provoqué une onde de choc. En proposant à Berlin un projet de chasseur de sixième génération au lendemain de l’abandon officiel du programme franco-allemand SCAF, Airbus a lancé une manœuvre stratégique visant à combler le vide et à repositionner l’Allemagne comme le nouveau moteur du combat aérien futur en Europe.
Pour Dassault Aviation, architecte historique du Rafale et leader français du secteur, l’émergence de ce concurrent direct est une menace sérieuse. Le risque est de voir le projet allemand siphonner les financements, l’influence politique et les parts de marché futures. Toutefois, cette nouvelle configuration offre également à l’avionneur français une occasion inédite de reprendre l’initiative et de réaffirmer son leadership.
Le Rafale F5, un atout technologique décisif
Face à un projet allemand encore sur le papier, Dassault Aviation possède un avantage considérable : le Rafale. Cet avion de combat, éprouvé en opérations, continuellement modernisé et exporté avec succès, constitue une base solide. Sa future version, le standard F5, est déjà conçue pour intégrer des capacités précurseures de la 6ème génération, telles que le pilotage de drones accompagnateurs (loyal wingmen), l’accès à un cloud de combat et l’intégration poussée de l’intelligence artificielle.
Cet acquis industriel et opérationnel permet à Dassault de structurer une feuille de route souveraine, d’accélérer le développement de son propre démonstrateur de Nouvel Avion de Combat (NGF) sans dépendre des blocages allemands, et de fédérer ses partenaires à l’export (Émirats Arabes Unis, Inde, Égypte, Grèce) au sein d’un écosystème Rafale élargi.
Bâtir une coalition alternative au modèle germano-centré
Le Team Gen 6 se présente avant tout comme un projet au service des intérêts industriels allemands, destiné à remplacer l’Eurofighter et à renforcer l’autonomie stratégique de Berlin. En réponse, Dassault peut proposer un modèle d’alliance plus ouvert et pragmatique, fondé sur une coopération avec des puissances aériennes extra-européennes, comme l’Inde ou les Émirats, qui cherchent des alternatives aux solutions américaines.
Cette stratégie passerait également par un partenariat renforcé avec les géants technologiques français Thales et Safran, créant un bloc industriel national cohérent. L’avionneur pourrait ensuite l’ouvrir de manière ciblée à d’autres partenaires européens, comme la Grèce, l’Italie ou la Suède, qui pourraient être séduits par un modèle de coopération moins politisé que ne l’a été le SCAF.
Reprendre l’initiative doctrinale et technologique
Alors qu’Airbus avance un concept encore flou, Dassault a l’opportunité de définir la vision européenne de la 6ème génération. Cette doctrine pourrait s’articuler autour de concepts clés où l’expertise française est reconnue : la supériorité informationnelle grâce à la fusion de données et à la guerre électronique avancée, le combat collaboratif homme-machine avec des essaims de drones, l’hyper-manœuvrabilité et une furtivité adaptative. En imposant ce cadre conceptuel, Dassault se repositionnerait comme le référent doctrinal du combat aérien en Europe.
Exploiter les fragilités du consortium allemand
Le Team Gen 6, malgré son ambition, présente des vulnérabilités structurelles. La fragmentation industrielle entre huit entreprises aux intérêts parfois divergents pourrait complexifier la gouvernance. L’absence d’un maître d’œuvre unique, contrairement au modèle éprouvé de Dassault, et une forte dépendance aux décisions politiques de Berlin sont autant de facteurs de risque. De plus, Airbus n’a jamais conçu seul un avion de combat complet. Face à cela, Dassault peut mettre en avant sa cohérence industrielle, sa chaîne de décision courte et son bilan en matière de respect des délais et des budgets.
L’impératif d’une impulsion politique française
Cette situation place Paris devant un choix stratégique : suivre Berlin dans une nouvelle configuration ou reprendre son autonomie. Dassault a désormais les cartes en main pour inciter l’État français à lancer un programme national NGF-FR, quitte à l’ouvrir progressivement à des partenaires fiables. La France pourrait ainsi positionner le Rafale comme le standard européen de transition en attendant la nouvelle génération, tout en sécurisant les investissements à long terme via des mécanismes comme un fonds souverain dédié à la défense. Pour Dassault, ce moment est charnière : transformer la fin du SCAF en une opportunité de rupture stratégique pour redevenir le leader naturel du ciel européen pour les décennies à venir.
Bernard BERTUCCO VAN DAMME via Presse Agence.
