PARIS : « La pétition de 1977, symbole d’une démissio…
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PARIS : « La pétition de 1977, symbole d’une démission morale des élites »
Une tribune revient sur la pétition de 1977 défendant la pédophilie, symptôme d’une élite qui a longtemps confondu transgression et irresponsabilité.
Dans une analyse incisive, le chroniqueur revient sur un document qui, près d’un demi-siècle plus tard, jette une lumière crue sur les aveuglements d’une époque : la pétition de janvier 1977, signée par une partie de l’intelligentsia française. Ce texte, qui défendait des hommes poursuivis pour relations sexuelles avec des mineurs, est aujourd’hui considéré par l’auteur comme le symbole d’une faillite morale au nom de l’idéologie.
Un monument de cécité morale
L’archive sent « le renfermé idéologique », selon les termes de l’analyse. Alors que la société française prend conscience de l’ampleur des crimes sexuels commis sur des enfants, souvent par des notables se croyant au-dessus des lois, la relecture de cette pétition provoque un profond malaise. Les signataires y soutenaient, sans ambages, trois hommes accusés d’actes sexuels sur des enfants de 12 à 14 ans.
Leur argumentation reposait sur une prétendue sévérité de la loi et sur l’idée que les mineurs possédaient une maturité suffisante pour consentir, allant jusqu’à revendiquer la reconnaissance de leur « vie affective et sexuelle ». Un discours qui, aujourd’hui, serait unanimement condamné, mais qui, en 1977, trouvait un écho favorable dans les cercles intellectuels parisiens.
Le Panthéon intellectuel en soutien
La liste des signataires est particulièrement éloquente et réunit ce que l’auteur qualifie de « Panthéon de la gauche intellectuelle ».
On y retrouve des figures majeures comme Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Gilles Deleuze, Roland Barthes, Félix Guattari, Louis Aragon, mais aussi des personnalités du monde de la culture et de la politique comme Patrice Chéreau, Bernard Kouchner ou encore Jack Lang.
Cela souligne l’ironie tragique de voir ces « maîtres à penser », qui prétendaient définir les contours de la liberté et de l’émancipation, s’engager dans une telle démarche. Il rappelle également le cas de Daniel Cohn-Bendit et ses écrits controversés de 1975 sur ses expériences en tant qu’éducateur, illustrant un climat où la libération des mœurs était parfois confondue avec l’irresponsabilité.
L’idéologie de la transgression à tout prix
La clé de ce « naufrage moral » réside dans le climat idéologique post-Mai 68. La transgression était devenue une valeur cardinale, une fin en soi. Tout interdit était perçu comme une oppression, toute norme comme une structure à abattre. Dans cette ferveur, l’enfance elle-même fut ciblée, présentée par certains théoriciens comme une victime de la famille bourgeoise, qualifiée de « goulag domestique ».
Ce contexte a permis de transformer le prédateur en militant de l’émancipation et le pédophile en « dissident des mœurs ». Cette vision, aussi choquante soit-elle aujourd’hui, circulait librement dans les universités, les maisons d’édition et les médias, cautionnée par des noms prestigieux qui rendaient toute critique difficile. L’analyse met en lumière l’oubli d’un principe fondamental : l’asymétrie totale de la relation entre un adulte et un enfant, qui rend impossible tout consentement réel.
De l’aveuglement collectif à l’affaire Matzneff
Il faudra attendre plusieurs décennies et le scandale de l’affaire Matzneff pour que cette bulle de complaisance éclate. Pendant près de quarante ans, l’écrivain Gabriel Matzneff a pu décrire publiquement ses relations avec des mineurs, tout en étant célébré et décoré. Ce scandale n’est pas celui d’un seul homme, mais celui de tout un milieu qui savait, lisait ses écrits, mais choisissait de ne pas voir, invoquant le talent, la littérature ou le refus du « moralisme ».
Certains signataires de 1977, à l’image de Jack Lang, ont depuis reconnu leur « connerie ». Une reconnaissance jugée nécessaire mais insuffisante par l’auteur, qui y voit moins une simple erreur de jugement qu’un aveuglement collectif, alimenté par la certitude d’appartenir au camp du Bien et du progrès.
La protection de l’enfance, socle d’une civilisation
En conclusion, l’analyse rappelle une leçon jugée limpide : les enfants n’avaient pas besoin d’être « libérés » de leur innocence, mais bien d’être protégés de la prédation. Elle se clôt sur une affirmation forte : la protection de l’enfance n’est pas une valeur conservatrice ou réactionnaire, mais le fondement même d’une civilisation qui se respecte, un principe qu’une partie influente des élites avait tragiquement oublié.
Bernard BERTUCCO VAN DAMME via Presse Agence.
