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NICE : Jérémie STEININGER (ATEP) : « Face à la sécheresse, nous ignorons 8 milliards de m³ d’eau par an »
Alors que la sécheresse s’installe, l’ATEP alerte sur le retard français dans la réutilisation des eaux non conventionnelles, un gisement colossal.
Alors que le préfet des Alpes-Maritimes vient de placer le département en vigilance sécheresse depuis le 1er juin, la question de la gestion des ressources hydriques devient plus cruciale que jamais. Dans ce contexte de tension, Jérémie Steininger, délégué général de l’ATEP (Acteurs du Traitement des Eaux de la Parcelle), publie un décryptage pointant le paradoxe français : une sous-exploitation massive des eaux dites « non conventionnelles » – eaux de pluie, eaux grises et eaux usées traitées – qui représentent pourtant une solution durable et immédiate.
Un retard français face à un gisement colossal
Les chiffres dressent un constat sans appel. Chaque année, la France produit 8,4 milliards de mètres cubes d’eaux usées après traitement en station d’épuration. Sur ce volume gigantesque, moins de 1 % est réutilisé. Une performance dérisoire en comparaison de nos voisins européens et d’autres pays confrontés aux mêmes défis climatiques : l’Espagne réutilise 14 % de ses eaux usées traitées, l’Italie 8 %, et Israël, pionnier en la matière, atteint le chiffre record de 86 % selon les données du Cerema.
Ce gisement, largement ignoré, se compose de trois types de ressources : les eaux de pluie, les eaux grises (issues des douches, lavabos, lave-linge) et les fameuses eaux usées traitées (REUT). Des ressources « invisibles » qui, une fois collectées et traitées, pourraient significativement alléger la pression sur les prélèvements en eau potable.
Une prise de conscience des collectivités freinée par les obstacles
La volonté politique locale semble pourtant au rendez-vous. Selon une étude menée par l’ATEP en octobre 2025, 96 % des collectivités considèrent la gestion de l’eau comme une priorité absolue pour leur territoire, et 70 % déclarent vouloir développer la valorisation des eaux impropres à la consommation humaine. Les citoyens eux-mêmes sont déjà passés à l’action : 51 % des Français récupèrent déjà l’eau de pluie pour des usages domestiques comme l’arrosage ou le nettoyage.
Malgré cette prise de conscience partagée, le passage à l’échelle supérieure se heurte à des difficultés concrètes, principalement financières et administratives. Près de la moitié des collectivités (47 %) déclarent rencontrer des difficultés à obtenir les financements nécessaires pour déployer leurs projets.
« *La volonté est là, les freins aussi. 96 % des collectivités ont pris conscience de l’urgence, mais près de la moitié manquent encore de financements et d’accompagnement pour passer à l’action* », souligne Jérémie Steininger, délégué général de l’ATEP.
Des solutions éprouvées en attente de déploiement
L’enjeu n’est plus technologique. Les solutions pour capter, traiter et valoriser ces eaux existent et ont fait leurs preuves. Le défi est désormais culturel, réglementaire et politique. Trois leviers peuvent être activés sans délai.
Le premier concerne la récupération de l’eau de pluie à la parcelle. Des dispositifs comme les puits d’infiltration ou les toitures végétalisées permettent de réduire les prélèvements d’eau potable jusqu’à 44 %. Le second levier est le déploiement de la réutilisation des eaux usées traitées (REUT) pour des usages comme l’irrigation agricole, le nettoyage de voirie ou la lutte contre les incendies. Le Plan Eau de 2023 vise d’ailleurs 1 000 projets de ce type d’ici 2027. Le cadre réglementaire a été clarifié par plusieurs décrets en 2023 et 2024, et 136 projets sont déjà en service en France.
Enfin, l’exploitation des eaux grises représente un potentiel immense en milieu urbain. Un décret de juillet 2024 ouvre la voie à leur utilisation pour alimenter les chasses d’eau, un usage qui représente une part importante de la consommation domestique.
L’urgence d’un changement de paradigme
Plusieurs territoires montrent déjà la voie. De Paris à Rennes, des collectivités intègrent la gestion des eaux pluviales dans leurs Plans Locaux d’Urbanisme (PLU). Le gouvernement a également ciblé les zones littorales, où l’eau douce traitée est souvent rejetée en mer, pour accélérer les projets de REUT. Pour l’ATEP, il est urgent de généraliser ces bonnes pratiques et de faire de chaque projet d’aménagement une opportunité de gestion vertueuse de l’eau.
« *Chaque toit, chaque parking, chaque cour d’école peut devenir un maillon d’une gestion vertueuse de l’eau. Les solutions existent, les professionnels sont prêts. Ce qui manque, c’est une ambition politique à la hauteur du défi* », conclut Jérémie Steininger.
À propos de l’ATEP
Créé le 1er octobre 2020, l’ATEP (Acteurs du Traitement des Eaux de la Parcelle) est un syndicat professionnel regroupant des industriels et des entreprises du secteur de l’Assainissement Non Collectif.
Sa mission est de structurer, promouvoir et développer des filières dédiées au stockage, au traitement et à la valorisation des eaux du bâtiment et de la parcelle. L’ATEP défend une nouvelle approche qui transforme les contraintes réglementaires en opportunités de valorisation des eaux usées, pluviales et non conventionnelles. Plus d’informations sur le site atep-france.fr.
via Presse Agence (rédigé à partir d’un communiqué de presse transmis à la rédaction).


