PARIS : Olivier LAMBERT : « La souveraineté numérique entre…
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PARIS : Olivier LAMBERT : « La souveraineté numérique entre enfin dans sa phase industrielle »
Un rapport du Conseil de l’IA et du Numérique valide un tournant stratégique pour la souveraineté numérique, appelant à miser sur l’open source.
Le débat sur la souveraineté numérique française et européenne vient de franchir une étape décisive. Le Conseil de l’IA et du Numérique (CIANum) a publié ce mercredi 27 mai 2026 son rapport intitulé « Souveraineté numérique : de l’urgence d’organiser la coopération entre le public, le privé et les communs numériques ». Ce document officiel acte un basculement stratégique, reconnaissant la dépendance critique du continent aux technologies étrangères et plaçant l’open source au cœur de la reconquête industrielle.
Pour les acteurs du secteur, ce rapport est un signal fort. Olivier Lambert, cofondateur de VATES, une entreprise française spécialisée dans les solutions de virtualisation et d’infrastructures cloud hybrides basées sur l’open source, y voit la fin d’une ère de discussions théoriques et l’amorce d’une véritable politique industrielle.
« La souveraineté ne se joue pas dans les discours, elle se joue dans les infrastructures critiques et les couches basses que l’on maîtrise réellement », salue Olivier Lambert.
Un constat de dépendance critique
Le rapport du CIANum dresse un tableau sans concession de la situation actuelle. La quasi-totalité des couches structurantes du numérique, du cloud aux logiciels en passant par les semi-conducteurs, est aujourd’hui contrôlée par des acteurs non-européens, principalement américains. Le document chiffre cette dépendance de 80 % à 90 % pour les logiciels et les services cloud, un marché estimé entre 50 et 70 milliards d’euros par an en France, largement capté par des géants comme Microsoft, Amazon et Google.
Cette situation expose les administrations, les entreprises et les citoyens à des risques majeurs : économiques, avec une fuite massive de valeur ; de sécurité, avec l’application extraterritoriale de lois étrangères ; et politiques, dans un contexte géopolitique où le numérique est devenu une arme d’influence. L’objectif n’est pas d’atteindre une « souveraineté absolue », jugée illusoire, mais de réduire les vulnérabilités en construisant des alternatives viables.
L’open source et les « communs numériques » comme piliers de la stratégie
Face à ce diagnostic, le rapport préconise un changement de paradigme. Plutôt que de tenter de rivaliser frontalement avec les géants établis, la France et l’Europe doivent structurer une stratégie fondée sur la coopération, les standards ouverts et les communs numériques. Ces derniers désignent des ressources (logiciels, données, standards) développées et gouvernées collectivement par une communauté d’acteurs publics et privés.
Cette approche, largement sous-exploitée jusqu’à présent, permettrait de mutualiser les investissements, de garantir l’interopérabilité des systèmes et de fédérer un écosystème d’entreprises européennes. Pour des experts comme Olivier Lambert, qui accompagne depuis plus de dix ans des organisations dans leur transition vers des technologies non propriétaires, les solutions open source européennes sont désormais matures pour un passage à l’échelle industrielle.
Une feuille de route pour une action coordonnée
Le rapport du CIANum ne se contente pas d’un diagnostic et propose une feuille de route concrète, articulée autour de trois axes principaux pour renforcer la coordination entre le public, le privé et les communs.
Le premier pilier est celui de la gouvernance, avec la suggestion de créer une « Fabrique des Communs Numériques » pour piloter les projets, de prioriser les « couches basses » (les fondations techniques des infrastructures) et de mettre en place un label public pour certifier les solutions souveraines.
Le deuxième pilier concerne les leviers financiers et juridiques. Le rapport insiste sur la nécessité de créer un fonds public dédié pour financer durablement la maintenance et le développement des communs stratégiques. Il appelle également la commande publique à jouer un rôle d’exemplarité, en appliquant le principe « public money, public code and public governance » (argent public, code public et gouvernance publique).
Enfin, le troisième pilier souligne l’importance d’une projection européenne. Les auteurs recommandent de renforcer le mandat des structures européennes existantes, de créer un fonds européen mutualisé et de rendre obligatoire l’adoption de standards ouverts dans les politiques publiques du continent, conditionnant les financements à leur respect. Ce rapport marque ainsi une volonté de passer des paroles aux actes pour bâtir une autonomie numérique effective.
via Presse Agence.


