PARIS : « L’accusation de fascisme est un outil polit…
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PARIS : « L’accusation de fascisme est un outil politique, pas un jugement historique »
L’usage du mot « fascisme » par une partie de la gauche relève d’une stratégie rhétorique héritée du 20ème siècle visant à disqualifier l’adversaire.
Dans le débat public français, l’accusation de « fascisme » est devenue un réflexe politique quasi quotidien. Loin d’être un simple excès verbal, son usage par une partie de la gauche pour qualifier des positions de droite, parfois modérées, s’inscrit dans une logique historique et stratégique profonde. Cet anathème, hérité des conflits idéologiques du siècle dernier, fonctionne comme un outil de disqualification de l’adversaire politique, transformant le débat d’idées en une confrontation morale.
Une arme rhétorique héritée du 20ème siècle
Depuis les années 1930, une frange de la gauche radicale assimile toute politique conservatrice à une forme de proto-fascisme. Cette tradition s’est cristallisée après 1945, faisant de la Résistance un mythe fondateur et un capital moral quasi exclusif. Qualifier un opposant de « fasciste » revient ainsi à l’exclure du champ républicain et à le placer du côté du mal absolu. Ce mécanisme rhétorique transforme toute opposition en un acte de résistance légitime, rendant la critique de ses propres positions suspecte par nature. Dans un contexte où la gauche peine à unifier son électorat autour d’un projet programmatique clair, la dénonciation d’un « danger extrême » permet de mobiliser par l’émotion et de souder les rangs.
Une mémoire historique instrumentalisée
L’un des paradoxes de cette stratégie réside dans une mobilisation sélective de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. Si la menace fasciste est constamment invoquée, des réalités historiques documentées sont souvent passées sous silence. Le soutien ou l’acceptation du régime de Vichy par près de 80 % des Français en 1940, l’ampleur de la collaboration administrative et économique, ou encore le passé vichyste de figures politiques majeures de l’après-guerre comme François Mitterrand, sont autant de nuances qui complexifient le récit. Cette mémoire instrumentalisée entretient une opposition binaire et moralement confortable : la gauche incarnant la Résistance et la droite, la Collaboration. Une vision que l’analyse historique a pourtant largement dépassée.
Le deux poids, deux mesures idéologique
L’accusation de fascisme apparaît d’autant plus comme un outil politique qu’elle s’accompagne souvent d’un angle mort sur les crimes commis au nom d’autres idéologies. Les historiens s’accordent sur les dizaines de millions de morts causés par les régimes communistes au 20ème siècle. Pourtant, ces crimes sont fréquemment minimisés, relativisés ou considérés comme des dévoiements dans le discours militant. Ce double standard affaiblit la portée de la dénonciation et renforce l’idée que le mot « fascisme » est moins un concept historique rigoureux qu’une arme de disqualification à géométrie variable.
La confusion entretenue entre patriotisme et nationalisme
Une autre clé de cette rhétorique est l’amalgame systématique entre le patriotisme, qui est l’amour de son pays, et le nationalisme, qui implique une vision d’exclusion ou de supériorité. Cette confusion permet de discréditer toute politique prônant la souveraineté économique, la maîtrise des frontières ou la défense d’une identité culturelle, en l’associant à une dérive agressive. C’est oublier que le patriotisme républicain, de Gambetta à De Gaulle, a historiquement été un puissant moteur de cohésion nationale et non le prélude à une dérive autoritaire.
Une démocratie fragilisée par la logique de l’ennemi
En essentialisant l’adversaire, cette stratégie adopte paradoxalement la logique du juriste Carl Schmitt, qui définissait la politique comme la distinction fondamentale entre l’ami et l’ennemi. Une telle vision, profondément anti-libérale, empêche tout débat d’idées constructif, nourrit une polarisation extrême et fragilise les fondements du pluralisme démocratique. Pour sortir de cette impasse, un retour à la raison s’impose : clarifier les concepts, assumer l’histoire dans toute sa complexité et accepter la légitimité de l’adversaire. Le fascisme est mort en 1945. Le débat d’idées, lui, mérite d’être ressuscité.
Bernard BERTUCCO VAN DAMME via Press Agence.


