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PARIS : Assises du Très Haut Débit – L’avenir des réseaux face au défi énergétique

Les Assises du Très Haut Débit ont réuni experts et politiques pour débattre des enjeux cruciaux de la souveraineté numérique et énergétique.

Le jeudi 3 juillet 2025, la Maison de la Chimie à Paris a été le théâtre des Assises du Très Haut Débit, un événement majeur qui a rassemblé les principaux acteurs des secteurs du numérique, de l’énergie et des télécommunications. Organisée par Aromates, cette journée de débats a mis en lumière les interdépendances critiques entre souveraineté numérique, sécurité énergétique et résilience des infrastructures dans un contexte géopolitique et technologique en pleine mutation.

La journée a été inaugurée par des allocutions de figures institutionnelles de premier plan, témoignant de l’importance stratégique des sujets abordés. Après l’accueil par Jacques Marceau, président d’Aromates, Damien Michallet, sénateur de l’Isère, a ouvert les débats, suivi par Anne Le Henanff, alors ministre déléguée chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique. Les interventions de Laure de La Raudière, présidente de l’Arcep, et d’Emmanuelle Wargon, présidente de la Commission de régulation de l’énergie (CRE), ont ensuite posé le cadre des réflexions, soulignant la convergence inéluctable des mondes de l’énergie et du numérique.

Souveraineté numérique et énergétique : un paradigme indissociable

La première session, introduite par le professeur Patrice Geoffron de l’Université Paris-Dauphine, a directement posé la question centrale de la journée : « Transformation numérique et électrification des usages : les nouveaux enjeux d’un changement de paradigme énergético-numérique ». Les débats se sont articulés autour de la dépendance croissante du secteur numérique – calcul, stockage, connectivité – vis-à-vis d’une énergie décarbonée, fiable et accessible.

Les experts ont exploré les risques systémiques actuels : la dépendance énergétique est-elle devenue la principale menace pour la sécurité des infrastructures, devant la concentration des capacités de calcul ou la fragilité des réseaux ? La discussion a également porté sur le risque de voir l’accès à l’énergie et aux réseaux à très haute capacité devenir une barrière stratégique, consolidant la position dominante de quelques acteurs mondiaux. Face à cette course mondiale à la puissance de calcul, la résilience européenne passera-t-elle par la sobriété et la régulation ou par la construction massive d’infrastructures souveraines ?

Fibre, 5G, satellite : concurrence ou complémentarité des réseaux ?

Animée par Roland Montagne de l’IDATE, la deuxième session s’est penchée sur l’économie des réseaux et la concurrence technologique. Introduite par Gilles Bregant, directeur général de l’Agence nationale des Fréquences, elle a interrogé l’avenir du modèle français basé sur la fibre optique face à la montée en puissance de la 5G et des constellations satellitaires.

La question d’un possible décrochage du réseau fixe au profit des technologies radio a été âprement débattue. Les participants se sont demandé si l’on assistait à une véritable concurrence technologique ou à une simple concurrence économique entre opérateurs. La pertinence de la course aux débits sur la fibre (au-delà de 20 Gbit/s) a été questionnée au regard des usages réels du marché. Un point crucial a concerné la soutenabilité économique des réseaux d’initiative publique (RIP), potentiellement fragilisée par ces nouvelles offres. L’enjeu final étant de déterminer si l’avenir réside dans une compétition frontale ou dans une complémentarité organisée des technologies pour assurer performance, résilience et équité sur tout le territoire.

Datacenters : le défi de l’indépendance industrielle

Après une intervention attendue de Thomas Courbe, Directeur Général des Entreprises, la dernière session a mis le focus sur les datacenters, qualifiés d’infrastructures stratégiques. Introduite par Matthieu Bourguignon, président de Nokia France, et modérée par Agnès Le Meil d’Infranum, elle a soulevé la question de la souveraineté réelle de la France dans ce domaine.

Les intervenants ont débattu de ce qui a été qualifié d’« illusion de souveraineté » : la simple localisation de datacenters sur le territoire national suffit-elle lorsque les équipements critiques (processeurs, serveurs) et les opérateurs restent majoritairement non européens ? La discussion a porté sur la nécessité de conditionner leur implantation à des exigences industrielles et stratégiques plus fortes, au-delà de la seule attractivité économique. La capacité de la France et de l’Europe à reconstruire une filière souveraine d’équipements a été au cœur des échanges, face au constat d’une dépendance qui pourrait devenir irréversible. Ces Assises ont ainsi confirmé que la maîtrise des infrastructures de données est désormais une question de sécurité nationale.