PARIS : François GOMBERT : « La violence est devenue un out…
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PARIS : François GOMBERT : « La violence est devenue un outil de communication politique délibéré »
Selon l’expert en communication stratégique François Gombert, la brutalité qui marque le débat public n’est pas un dérapage mais une méthode.
Le climat politique français, marqué par une tension croissante depuis les élections municipales, ne serait pas le fruit du hasard ou d’une simple « polarisation ». Pour le consultant en communication stratégique François Gombert, la violence physique et sémantique qui a émaillé les dernières semaines relève d’une stratégie mûrement réfléchie par l’ensemble des forces politiques. Dans une analyse détaillée publiée dans sa lettre d’information, l’expert décrypte comment l’invective et l’intimidation ont remplacé l’argumentaire, devenant un véritable logiciel de conquête du pouvoir.
Un printemps de brutalité politique
L’analyse de François Gombert s’appuie sur une série d’événements survenus depuis le second tour des municipales, qu’il refuse de considérer comme de simples faits divers. Il cite notamment le lynchage mortel de Quentin Carde à Lyon, les menaces d’épuration administrative proférées par le nouveau maire LFI de Saint-Denis, Bally Bagayoko, ou encore la hausse de l’insécurité ressentie par les élus locaux, dont 15 % déclarent désormais être directement menacés selon une étude AMF/Cevipof. Pour le consultant, cette séquence forme un « système » dont la logique est purement communicationnelle. « La violence est devenue, pour une partie de la classe politique française, un outil de communication stratégique délibéré », affirme-t-il, invitant à s’interroger sur les récits que cette brutalité permet de construire et de dissimuler.
La France Insoumise et l’ingénierie du double récit
L’analyse se concentre particulièrement sur la stratégie de La France Insoumise, illustrée par le cas de Bally Bagayoko à Saint-Denis. Selon François Gombert, la prise de pouvoir du nouveau maire reproduit une mécanique de « communication de rupture institutionnelle ». Sa déclaration choc, « Les fonctionnaires qui ne sont pas en phase avec le projet politique, forcément, ils partiront », n’est pas un lapsus mais un « message à triple destinataire » visant à soumettre l’administration, galvaniser la base militante et défier l’État. L’expert souligne que LFI opère avec un « double récit » : un discours local de rupture et de confrontation, et un discours national incarné par Jean-Luc Mélenchon, qui parle au contraire « d’ordre », de « méthode » et de préparation. Sur TF1 le 3 mai, le candidat à la présidentielle de 2027 a martelé : « Nous, c’est carré : il y a une équipe, un programme et un seul candidat ». Une « prestidigitation sémantique de haut vol », selon François Gombert, destinée à masquer le chaos local sous un vernis de sérieux national.
RN et majorité : l’instrumentalisation généralisée
Cette instrumentalisation de la violence ne serait pas l’apanage de LFI. Le Rassemblement National pratiquerait la « dé-contextualisation stratégique ». Chaque drame local, comme le meurtre de Lyon, est transformé en symptôme d’un « effondrement civilisationnel » national. Jordan Bardella n’offre pas de solution pour Lyon, mais utilise le drame pour dénoncer « un climat de violence, minutieusement instauré depuis des années, par une partie de la gauche ». La majorité présidentielle, quant à elle, se réfugierait dans ce que le consultant nomme « l’indignation comme périmètre de sécurité ». La posture morale, incarnée par la phrase de Gabriel Attal « La violence, c’est la fin de la démocratie », permet de condamner fermement sans apporter de réponse concrète à l’insécurité croissante des élus.
Un rendez-vous à haut risque à Saint-Denis
François Gombert conclut sur les leçons à tirer de cette séquence. « La violence sémantique précède toujours la violence réelle », prévient-il, soulignant que la cohérence entre le discours et les actes est la « condition de survie d’une marque, qu’elle soit politique ou commerciale ». Il pointe le meeting de Jean-Luc Mélenchon prévu le 7 juin à Saint-Denis, aux côtés de Bally Bagayoko, comme un moment de vérité communicationnel. Ce choix, qu’il juge « stratégiquement brillant mais communicationnellement dangereux », forcera la rencontre entre le récit national de l’ordre et la réalité locale du chaos. Dans ce jeu de stratégies où chaque camp utilise la brutalité pour nourrir son propre récit, François Gombert identifie le grand perdant : « Le seul acteur qui n’a pas de récit, dans cette histoire, c’est le citoyen qui se prend le coup ».


