PARIS : Graziella MELCHIOR et Véronique RIOTTON : « Distrib…
Partager :

PARIS : Graziella MELCHIOR et Véronique RIOTTON : « Distributeurs, l’inertie et le cynisme ne sont plus permis ! »
Deux députées interpellent la grande distribution, accusée de ne pas respecter ses obligations de réduction des emballages plastiques.
Dans une tribune transmise à la presse, les députées Ensemble pour la République Graziella Melchior et Véronique Riotton tirent la sonnette d’alarme. En réaction à un récent rapport de l’UFC-Que Choisir et de l’association No Plastic in My Sea, les deux élues, qui furent rapporteures de la loi Anti-gaspillage pour une économie circulaire (AGEC), dénoncent l’immobilisme de la grande distribution face au fléau du plastique. Une proposition de loi qu’elles portent, visant à interdire le plastique dans les cantines, sera d’ailleurs examinée la semaine prochaine à l’Assemblée nationale.
Un constat alarmant et des obligations non respectées
Le rapport intitulé « SUPERMARCHÉS : TOUJOURS ACCROS AU PLASTIQUE ? », basé sur une enquête menée dans plus de 1600 magasins, dresse un bilan sévère. « Le constat est net : la grande distribution ne respecte pas ses obligations, ne prend pas ses responsabilités face à cet enjeu planétaire et ne joue pas le jeu de la transparence », affirment les députées.
Malgré le cadre législatif ambitieux fixé par les lois AGEC et Climat & Résilience, qui imposent notamment une réduction des emballages plastique à usage unique et un objectif de 20 % de ventes en vrac, les résultats ne sont pas au rendez-vous. Le chiffre le plus marquant est un véritable camouflet aux objectifs fixés : alors que les distributeurs devaient atteindre une réduction de 20 % des emballages plastiques à usage unique pour 2025, ceux-ci ont au contraire augmenté de 3,3 % depuis 2020. Si les recours juridiques de l’industrie du plastique ont parfois freiné les avancées réglementaires, les parlementaires estiment que les enseignes n’ont pas su anticiper et agir.
2026, une année charnière sous pression européenne
L’année 2026 s’annonce cruciale avec la publication de la nouvelle stratégie nationale 3R (Réduction, Réemploi, Recyclage) et l’entrée en vigueur du règlement européen sur les emballages (PPWR). Ce contexte réglementaire accru est doublé d’une opportunité économique. Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient ont provoqué une flambée des prix du pétrole, et par conséquent, du plastique. « En mars, le prix du plastique avait augmenté de 37 centimes par kilo, soit une évolution de +22 % par rapport au mois précédent et en avril de 55 centimes par kilo soit +26 % », détaillent les signataires, y voyant une incitation forte à se détourner de cette matière.
Des leviers d’action clairs mais inexploités
Les députées pointent du doigt le poids des bouteilles en plastique, qui représentent à elles seules 40 % des emballages plastiques des ménages. Elles appellent les distributeurs à prendre leurs responsabilités en développant massivement la consigne, en utilisant des bouteilles 100 % recyclées et en cessant la vente de mini-formats, afin d’atteindre l’objectif de -50 % de bouteilles en plastique en 2030. Le gouvernement est également exhorté à agir via la fiscalité, la mise en place d’un système de consigne national et la promotion de l’eau potable, notamment en assurant le déploiement effectif des fontaines à eau dans les établissements recevant du public.
Vrac et réemploi, les grands oubliés de la transition
La tribune dénonce aussi le retard abyssal sur le vrac et le réemploi. Concernant les fruits et légumes, la présence persistante de suremballages plastiques est jugée « intolérable ». Les élues demandent au gouvernement de publier un troisième décret pour interdire ces pratiques avant l’échéance de 2030 fixée par l’Europe.
Sur le vrac, alors que l’obligation de 20 % de surface de vente est désormais clarifiée par décret, les enseignes tardent à s’engager. Enfin, le réemploi est au point mort : le taux actuel dans la grande distribution est estimé à 1 %, très loin de l’objectif de 10 % fixé pour 2027. Cette inertie a des conséquences économiques directes, fragilisant des entreprises françaises leaders du secteur qui, « faute de commandes, jettent l’éponge ». Concluant leur appel par une formule choc, les députées lancent un ultimatum aux enseignes : « Acteurs de la grande distribution, l’inertie et le cynisme ne sont plus permis. Agissez ! ».


