PARIS : Fidel MARTIN : « Le capital n’a jamais été au…
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PARIS : Fidel MARTIN : « Le capital n’a jamais été aussi abondant… ni aussi sélectif »
Fidel Martin, président d’Exoé, analyse un paradoxe : l’abondance de capital cache une sélectivité croissante qui pénalise les entreprises.
Dans une tribune publiée ce mardi 19 mai 2026, Fidel Martin, président d’Exoé, société spécialisée dans la négociation pour les professionnels de la gestion d’actifs, dresse un constat sans appel : le paradigme du financement d’entreprise a profondément changé. Loin de l’image d’un marché fluide où le capital circule naturellement vers les projets solides, la réalité est celle d’un système de plus en plus sélectif, où l’accès au financement devient un avantage compétitif majeur.

« En 2026, le capital n’a pas disparu. Il reste abondant, disponible et actif. Mais il ne se diffuse plus de manière homogène. Il filtre, il trie, il sélectionne », affirme-t-il, soulignant une transformation silencieuse qui redéfinit les règles du jeu économique.
Un paradoxe : des liquidités abondantes mais un accès restreint
À première vue, les indicateurs macroéconomiques semblent robustes. Selon les données de la Banque centrale européenne de mars 2026, les encours de prêts aux sociétés non financières dans la zone euro dépassent les 5 000 milliards d’euros. Pourtant, cette abondance masque une fragmentation croissante. Fidel Martin souligne que l’accès au capital se creuse entre les grands groupes, qui peuvent se tourner vers les marchés financiers, et les PME, plus dépendantes des circuits bancaires traditionnels.
Cette tendance est confirmée par les enquêtes de conjoncture de la Banque de France, qui indiquaient déjà en 2025 qu’une part importante des PME constatait un durcissement des conditions de financement. Un resserrement qui, selon l’analyse, intervient parfois indépendamment de la rentabilité ou de la solidité du modèle économique de ces entreprises.
La fin du financement « relationnel »
Le modèle historique, basé sur une relation de confiance et une connaissance approfondie de l’entreprise par son banquier, s’efface au profit de systèmes de décision standardisés et automatisés. Le financement n’est plus accordé à une entité unique, mais à un profil de risque jugé compatible avec des critères prédéfinis. Cette évolution, d’apparence technique, a des conséquences structurantes.
« Nous observons aujourd’hui que certaines entreprises pourtant solides économiquement voient leurs discussions de financement se tendre non pas en raison d’une dégradation de leurs fondamentaux, mais faute d’avoir suffisamment structuré leur dialogue avec les acteurs financiers », explique Fidel Martin. La capacité à répondre à ces nouveaux cadres d’analyse devient donc primordiale.
Rester « finançable », un avantage compétitif stratégique
Face à cette nouvelle donne, une asymétrie se crée entre les entreprises. Celles qui savent diversifier leurs interlocuteurs, soigner leur communication financière et mettre en concurrence les sources de financement tirent leur épingle du jeu. Les autres, dépendantes d’un nombre restreint de financeurs, voient leur marge de manœuvre se réduire. Le financement cesse d’être un événement ponctuel pour devenir un processus continu de négociation.
Pour le président d’Exoé, la conclusion est claire : « Dans cet environnement, la capacité à rester finançable dans la durée devient presque aussi importante que la performance économique elle-même ».
Anticiper, diversifier et structurer sa démarche financière n’est plus un avantage tactique, mais un impératif stratégique de long terme.
Vers une concentration du capital ?
Fidel Martin met en garde contre l’illusion d’un marché totalement transparent et rationnel. Les décisions de financement reposent sur des modèles, mais aussi sur des perceptions sectorielles, le contexte de marché ou des arbitrages internes aux établissements financiers. Cette part de subjectivité crée un décalage avec la réalité vécue par les entrepreneurs.
Le risque final, selon lui, n’est plus tant un manque de capital qu’une « concentration progressive de son accès autour des acteurs déjà les mieux structurés ».
Cette transformation silencieuse pourrait ainsi redessiner durablement les équilibres économiques, faisant de la maîtrise des codes financiers un facteur de compétitivité aussi déterminant que la performance opérationnelle.
Fondée en 2006, Exoé est une société agréée par l’ACPR et régulée par l’AMF qui propose une table de négociation externalisée pour les professionnels de la gestion d’actifs.


