PARIS : Clipper Race – Quand des anonymes se muent en…
Partager :

PARIS : Clipper Race – Quand des anonymes se muent en héros des océans
Depuis Gosport (Angleterre), la Clipper Race lance des amateurs dans un tour du monde à la voile, un défi d’endurance pur et sans assistance.
Oubliez les pilotes automatiques, les enrouleurs de voile mécaniques et le confort des yachts de croisière modernes. Ici, tout est une affaire de muscles, de sueur et de volonté. « Ces bateaux sont entièrement manuels. Nous barrons nous-mêmes 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, nous actionnons chaque winch et hissons chaque voile à la main », martèle Patrick, l’un de ces aventuriers des temps modernes. Bienvenue dans l’univers impitoyable et exaltant de la Clipper Round the World Yacht Race, le défi ultime qui transforme des citoyens ordinaires en marins d’exception.
Créée en 1995 par la légende de la voile Sir Robin Knox-Johnston, premier homme à avoir bouclé un tour du monde en solitaire et sans escale, cette course brise les barrières d’un sport souvent perçu comme élitiste. L’idée est folle, mais géniale : former des personnes de tous horizons, dont 40 % n’ont jamais navigué auparavant, pour les lancer dans une régate planétaire de 40 000 milles nautiques (près de 74 000 km).
L’appel du large, plus fort que tout
Qu’est-ce qui pousse un cadre, un artisan ou un étudiant à tout quitter pour affronter les océans les plus hostiles pendant onze mois ? Pour Paddy Moran, 36 ans, assistant caméra avant de s’élancer sur l’édition 2023-24, la réponse fut une évidence. « Je suis toujours en quête de quelque chose, d’un défi. J’adore les expéditions », confie-t-il. Sa réaction en découvrant la course fut instantanée : « Ils vont me former, m’apprendre à naviguer sur ces bateaux et me faire courir autour du monde ? C’est une opportunité trop belle pour la laisser passer ».
Sur des monocoques de 70 pieds identiques, dix équipages menés par un skipper professionnel et un second s’affrontent sans répit. À bord, jusqu’à 22 personnes vivent, cuisinent, nettoient et, surtout, naviguent dans une promiscuité intense. Une micro-société où l’entraide est la seule loi.
Face à la fureur des éléments
Le parcours est une épreuve monumentale incluant six traversées océaniques. La plus redoutée : celle du Pacifique Nord. Une étape si isolée qu’à certains moments, les humains les plus proches des équipages sont les astronautes de la Station Spatiale Internationale. Vagues hautes comme des immeubles, vents de la force d’un ouragan, froids polaires et chaleurs équatoriales… Mère Nature se déchaîne, et les marins encaissent.
« C’est exaltant, ça vous fait vous sentir vivant ! », s’enflamme Kiki Sheridan, manager finlandaise qui a participé à l’édition 2019-20. « On réalise à quel point on est une infime partie d’un univers immense, c’est très libérateur. Des choses qui m’empêchaient de dormir, comme une réunion importante, semblent soudain si insignifiantes au milieu de l’océan ».
Une fraternité forgée dans l’épreuve
Devenir un circumnavigateur avec la Clipper Race, c’est entrer dans un club plus fermé que celui des vainqueurs de l’Everest. C’est une épopée humaine avant d’être une compétition. « Je ne pourrais jamais imaginer ce que j’ai vu là-bas, en plein océan… Je ne peux même pas le décrire à mes amis. Il faut y être, le voir, pour que ça reste gravé dans votre mémoire », témoigne Jun Gao, équipière sur l’édition 2023-24.
L’expérience transforme, marque au fer rouge. « Quoi que j’aie pu espérer, j’ai reçu dix fois plus en retour », assure Retief Jordaan, un autre circumnavigateur. « C’est la plus grande chose que j’aie jamais faite dans ma vie, et je n’ai jamais été aussi heureux ».
Alors que l’édition 2025-26 bat son plein et aborde sa pénultième étape au large des États-Unis, tous les regards se tournent déjà vers l’avenir. La quinzième édition, prévue pour l’été 2027, verra l’arrivée d’une nouvelle génération de voiliers, les Clipper RX. L’appel du large résonne déjà, et pour ceux qui sont prêts à y répondre, l’aventure d’une vie les attend. Comme le résume Paddy : « Je ne pense pas qu’un seul des centaines d’équipiers me contredira : on ne redevient jamais celui qu’on était avant ». Les candidatures pour la prochaine odyssée sont désormais ouvertes (https://www.clipperroundtheworld.com/apply).


