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PARIS : Aleksandra DIMITROVA : « Les réseaux sociaux contribuent à l’épuisement émotionnel »

Une étude de PlayersTime révèle l’impact négatif du ‘doomscrolling’ sur la santé mentale, provoquant anxiété et épuisement, surtout chez la Gen Z.

Alors que le débat sur la nature addictive des plateformes numériques s’intensifie, une nouvelle enquête vient quantifier l’impact de la consommation des réseaux sociaux sur le bien-être mental. Menée en avril par PlayersTime auprès de 1 509 adultes nord-américains et européens, l’étude met en lumière les conséquences du « doomscrolling », cette pratique compulsive consistant à faire défiler des contenus en ligne, souvent négatifs. Les résultats, publiés ce mois-ci, sont sans équivoque : cette habitude numérique est une source majeure d’anxiété et d’épuisement, particulièrement chez les plus jeunes.

L’étude, commandée par PlayersTime, un portail d’analyse de données, vise à mieux comprendre comment les habitudes numériques façonnent les comportements contemporains. Le rapport complet est disponible en ligne (https://www.playerstime.com/reports/doomscrolling-survey/) et les données brutes sont accessibles publiquement (https://docs.google.com/spreadsheets/d/1rU_XFEu2BCKXyRzONWIbo5oSyeun2Ax7_nKPAoXHzKk/).

Le ‘doomscrolling’, une fabrique à anxiété

Le constat principal de l’enquête est alarmant : près de 55 % de l’ensemble des sondés déclarent se sentir plus anxieux après une séance de ‘doomscrolling’. Ce chiffre grimpe de manière spectaculaire pour atteindre 62,4 % chez la Génération Z (personnes âgées de 18 à 29 ans). À l’inverse, seule une infime minorité rapporte ne ressentir aucun impact émotionnel : 6,2 % pour l’ensemble des participants et à peine 3,4 % chez les jeunes adultes.

Malgré ces effets délétères, une relation complexe et paradoxale se dessine. Près d’un quart des jeunes de la Gen Z (23,9 %) affirment que le ‘doomscrolling’ leur donne le sentiment d’être mieux informés. Cette perception souligne le dilemme d’une génération qui associe le défilement excessif à la nécessité de rester connecté et au courant de l’actualité, même au prix de sa tranquillité d’esprit. Au-delà de l’anxiété, 18 % des répondants de tous âges rapportent une dégradation de leur humeur.

Épuisement physique et mental : les symptômes de l’hyperconnexion

Les conséquences d’une surexposition aux écrans ne se limitent pas à l’anxiété. L’étude révèle un large éventail de symptômes liés à une présence prolongée en ligne. Plus de 64 % des personnes interrogées se sentent fatiguées et épuisées. Plus de la moitié déclarent également se sentir dépassées, en état de surmenage (‘burnout’) ou incapables de se concentrer, témoignant de la charge cognitive croissante associée à l’engagement numérique constant.

La fatigue émotionnelle est également très répandue, avec 45,7 % des participants qui se sentent « vidés » après avoir passé trop de temps en ligne. Des symptômes physiques sont de plus en plus courants : près de 40 % se disent somnolents et léthargiques, tandis que 37,8 % signalent des maux de tête ou une sécheresse oculaire. Enfin, le bien-être social et affectif en pâtit, avec 27,7 % des sondés qui se sentent seuls ou déconnectés et 18,2 % qui rapportent des sentiments dépressifs ou une démotivation.

Une vulnérabilité accrue des jeunes générations

Pour les auteurs de l’étude, ces chiffres s’expliquent par la conception même des plateformes, optimisées pour capter l’attention à tout prix. « Les plateformes de médias sociaux ont été conçues pour maintenir l’engagement des utilisateurs, mais beaucoup contribuent maintenant à l’épuisement émotionnel et à la dégradation du bien-être mental sans que l’on réalise pleinement l’ampleur de l’impact. Les algorithmes récompensent l’attention et l’engagement, poussant souvent les utilisateurs vers des flux infinis de contenu à forte charge émotionnelle qui encouragent le défilement compulsif et une activité en ligne constante. Avec le temps, cela peut entraîner de l’anxiété, de l’épuisement professionnel, des troubles de la concentration, des perturbations du sommeil et même des symptômes physiques », analyse Aleksandra Dimitrova, analyste de données et auteure chez PlayersTime.

Elle ajoute que « les jeunes générations semblent particulièrement vulnérables parce que les réseaux sociaux sont devenus profondément intégrés à leur façon de communiquer, de consommer l’information et d’occuper leur temps libre. Ce qui est de plus en plus préoccupant, c’est que beaucoup de gens considèrent désormais comme normal de se sentir mentalement épuisés après des heures passées en ligne, ce qui suggère que la surstimulation numérique est discrètement devenue une partie de la vie quotidienne ».

Des habitudes ancrées, une dépendance reconnue

L’enquête met en évidence des comportements quasi automatiques. Près de la moitié des sondés (46 %) admettent consulter leur téléphone dès le réveil, et plus de la moitié (54,8 %) se surprennent à faire défiler les contenus sans s’en rendre compte au moins une fois par jour. Cette dépendance est de plus en plus reconnue : près de 75 % des membres de la Gen Z s’estiment « accros » à une plateforme, contre seulement 18,5 % chez la Génération X (46-61 ans).

Face à ce constat, une écrasante majorité exprime un désir de changement. Plus de 64 % des participants souhaitent arrêter le défilement « inconscient » et 61 % aimeraient passer moins de temps en ligne mais avouent ne pas y parvenir. Seuls 10 % se disent satisfaits de leur vie numérique, signe d’une prise de conscience grandissante des effets pervers d’un système dans lequel beaucoup se sentent piégés.