Passer au contenu principal

PARIS : Séverine GELIN : « Redonner envie d’exercer u…

Partager :

PARIS : Séverine GELIN : « Redonner envie d’exercer un métier essentiel »

À l’occasion de la Journée internationale de l’infirmière, Séverine Gelin alerte sur la crise des vocations menaçant le système de santé.

À l’heure où les établissements de santé français font face à une crise de recrutement sans précédent, la Journée internationale de l’infirmière, célébrée ce mardi 12 mai 2026, est l’occasion de mettre en lumière une profession aussi essentielle que fragilisée. Dans une tribune, Séverine Gelin, Directrice Gi Group & Gi Life Sciences France, appelle à une prise de conscience collective pour attirer et fidéliser une nouvelle génération de soignants, indispensable à la survie de notre système de santé. « Il y a des métiers qui font tenir une société debout. Le métier d’infirmière en fait partie », rappelle-t-elle en préambule.

Un constat alarmant : 80 000 infirmiers pourraient manquer en 2050

Les chiffres officiels dessinent une réalité inquiétante. Bien que la France comptait 565 553 infirmiers inscrits à l’Ordre au 1er mars 2025, constituant la plus nombreuse des professions de santé, les besoins ne cessent de croître. Une étude de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) du ministère de la Santé, détaillée par le média ActuSoins (https://www.actusoins.com/il-pourrait-manquer-80-000-infirmiers-en-2050.html), projette un scénario alarmant : si les tendances actuelles se poursuivent, il pourrait manquer jusqu’à 80 000 infirmiers d’ici 2050 pour répondre à la demande.

Cette pénurie structurelle a des conséquences directes et visibles : services hospitaliers sous tension, EHPAD en difficulté, cliniques peinant à recruter et, dans les cas les plus critiques, des fermetures de lits faute de personnel. « Face à cette réalité, il est essentiel d’avoir un discours honnête avec les jeunes générations. Oui, ces métiers sont exigeants. Oui, les conditions de travail peuvent être difficiles », insiste Séverine Gelin. Mais elle se refuse à réduire la profession à ses seules difficultés, soulignant la quête de sens des jeunes. « Être infirmier ou infirmière, c’est exercer un métier utile, concret, profondément humain ».

Attirer une nouvelle génération en quête d’équilibre

Selon la directrice de Gi Group, les attentes des jeunes professionnels ont évolué. Ils ne recherchent plus seulement un emploi, mais une activité qui a du sens tout en leur permettant de préserver un équilibre de vie. La profession infirmière, contrairement aux idées reçues, offre cette flexibilité. « Les carrières infirmières ne sont pas figées. Elles offrent une grande diversité d’environnements, de spécialités et d’évolutions possibles : bloc opératoire, urgences, psychiatrie, pédiatrie, soins à domicile », détaille-t-elle.

Ce parcours non linéaire, qui peut s’adapter aux différentes étapes de la vie, est un atout majeur pour attirer de nouvelles vocations. Une période peut être dédiée à un service intensif à l’hôpital, une autre à des fonctions offrant plus de souplesse pour concilier vie familiale et engagement professionnel.

Le travail temporaire, une réponse fragilisée par la réglementation

Dans ce contexte de tension, l’intérim médical joue un rôle crucial. Il permet aux établissements d’assurer la continuité des soins et offre aux professionnels une flexibilité précieuse pour découvrir différents services et acquérir rapidement de nouvelles compétences. Toutefois, Séverine Gelin exprime son inquiétude face aux récentes évolutions réglementaires visant à encadrer plus strictement le recours au travail temporaire.

Si l’intention de limiter les dérives économiques est compréhensible, ces mesures pourraient avoir des effets pervers. « En limitant l’accès de certains jeunes professionnels à des missions temporaires, elles risquent de réduire leurs opportunités d’entrée dans le métier et de pénaliser des établissements déjà confrontés à un manque chronique de personnel », prévient-elle. Pour elle, la solution ne peut être uniquement réglementaire. « La réponse doit aussi passer par un travail de fond sur l’attractivité des carrières, la reconnaissance des compétences, la rémunération, les perspectives d’évolution et l’accompagnement des professionnels ».

La formation, un levier indispensable à renforcer

Pour inverser la tendance, un effort majeur doit être porté sur la formation et l’orientation. L’étude de la Drees souligne une hausse spectaculaire du taux d’abandon en cours d’études, passé de 11 % en moyenne entre 2013 et 2019 à 20 % en 2022. Pour Séverine Gelin, il est indispensable de renforcer les liens entre les écoles, les établissements et les acteurs du recrutement pour offrir aux étudiants une vision claire et transparente des réalités du terrain et des multiples débouchés.

En conclusion, la crise du système de santé ne se résoudra pas par des réformes administratives seules. Elle appelle à une revalorisation profonde du métier. « Nous avons besoin de redonner envie. Envie d’exercer un métier utile. Envie de s’engager », martèle Séverine Gelin. Un message fort en cette journée dédiée, rappelant que l’avenir du système de santé repose sur la reconnaissance et le soutien accordés à ses soignants. « Parce qu’au fond, prendre soin des soignants, c’est aussi prendre soin de notre avenir collectif ».