MARSEILLE : Sybila Guéneau : « Le néo-polar pour sonder les…
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MARSEILLE : Sybila Guéneau : « Le néo-polar pour sonder les tumultes du monde »
Sybila Guéneau analyse dans un nouvel essai le néo-polar comme un outil de critique sociale radicale, héritier de Jean-Patrick Manchette.
Les éditions Agone, basées à Marseille, publient « Roman noir et luttes sociales », le premier ouvrage de Sybila Guéneau, enseignante à l’université Paris Nanterre et spécialiste en littérature comparée. Cet essai se propose de repolitiser le polar, un genre populaire par excellence, en explorant sa forme la plus radicale : le néo-polar. L’ambition est claire : démontrer comment la fiction criminelle peut devenir une arme dans la bataille culturelle et un puissant révélateur des fractures de la société contemporaine.
Un genre pour ausculter la société
Loin de n’être qu’un simple divertissement, le roman noir, dans sa version néo-polar, se transforme en un véritable instrument d’analyse sociétale. Il s’agit de redonner au genre sa capacité à sonder les tourments d’une époque. L’éditeur résume ainsi la démarche de ce courant littéraire : « Plus punk que gauchiste, plus noir que rouge, moins progressiste que nihiliste, le néo-polar a inventé de nouvelles manières d’exprimer un certain rejet de l’hédonisme consumériste des années 1980. Ainsi ses auteurs ont-ils rappelé que le roman policier peut servir à sonder les tourments et les tumultes du monde, et à les entrevoir avec plus de clarté. Dans ses pages, la littérature noire ne se réduit pas à un divertissement transgressif : elle est la souffrance d’une société qu’il aurait fallu changer ».
Le néo-polar, une rupture radicale
L’appellation « néo-polar » recouvre une dimension essentiellement sociale et politique. Comme l’explique Sybila Guéneau, ce mouvement littéraire cherche à rompre délibérément avec les codes traditionnels du roman noir classique. Il délaisse la structure convenue de l’enquête, la figure rassurante du détective et la résolution finale de l’énigme pour adopter un regard résolument critique sur la société. En s’inscrivant dans la lignée de figures tutélaires comme Jean-Patrick Manchette et Pierre Siniac, une poignée d’auteurs a fait du néo-polar un bastion du réalisme critique. À travers la fiction criminelle, ils exposent les parts d’ombre de notre monde et brouillent la frontière entre culture dite « populaire » et culture « légitime ».
Une « politique du désespoir »
L’autrice qualifie la posture de ces écrivains de « politique du désespoir ». Ce terme illustre la distance volontaire qu’ils instaurent avec une gauche institutionnelle qu’ils accusent d’avoir trahi ses idéaux et renoncé à ses projets de transformation sociale. Le néo-polar devient alors l’expression d’une désillusion, un témoignage littéraire de la perte des utopies politiques, tout en maintenant une flamme contestataire.
Rencontres et informations pratiques
Pour accompagner la sortie de son livre, Sybila Guéneau participera à plusieurs rencontres publiques dans les semaines à venir :
– Le 13 mai à 20h00, à la Librairie Quilombo, Rue Voltaire, Paris.
– Le 20 mai à 19h00, au Café-librairie Michèle Firk, Rue François Debergue, Montreuil.
L’ouvrage « Roman noir et luttes sociales » est publié dans la collection “L’Épreuve des faits” des Éditions Agone (https://agone.org/). Il compte 256 pages et est vendu au prix de 17 euros (ISBN : 9782748906219). L’introduction de l’autrice, intitulée « Néo-polar, mauvais genre ? », est disponible en libre accès sur le site Antichambre (https://antichambre.agone.org/neo-polar-mauvais-genre/).

