
PARIS : « L’IA sans intégration, c’est du bricolage numérique qui mène à la vassalisation »
Francis Lelong, figure de la French Tech, alerte sur une adoption superficielle de l’IA par les PME, un risque pour la souveraineté.
Alors que l’intelligence artificielle s’intègre progressivement dans le quotidien des entreprises, une fracture se dessine au sein du tissu économique français. Pour Francis Lelong, co-fondateur de l’emblématique Sarenza et aujourd’hui CEO d’Alegria.group, le simple accès à une multitude d’outils d’IA ne garantit ni la compétitivité ni l’indépendance. Il met en garde contre une adoption « à deux vitesses » qui pourrait, à terme, fragiliser une grande partie des sociétés françaises.
Le piège du « bricolage numérique »
Selon l’expert, de nombreuses petites et moyennes entreprises tombent dans le piège d’une utilisation parcellaire et déconnectée de l’intelligence artificielle. Il observe une tendance au « bricolage numérique », où les outils sont adoptés de manière individuelle par les collaborateurs, sans aucune stratégie d’intégration globale au cœur des processus métiers.
« Trop de PME limitent l’IA à un usage individuel et déconnecté de leurs outils métiers comme les ERP ou les CRM », analyse Francis Lelong.
Cette approche, si elle peut offrir des gains de productivité ponctuels et limités, s’avère être une impasse stratégique. En n’intégrant pas l’IA aux systèmes d’information centraux, les entreprises se privent de la véritable valeur ajoutée de cette technologie : l’exploitation de leurs propres données pour optimiser les opérations, affiner la prise de décision et créer un avantage concurrentiel durable. Sans cette intégration structurelle, l’IA reste un gadget périphérique plutôt qu’un levier de transformation profonde.
Un enjeu de souveraineté face à la concurrence internationale
Au-delà de la performance économique, Francis Lelong soulève une question cruciale de souveraineté. L’absence d’une maîtrise interne des modèles d’IA, aggravée par une dépendance croissante envers des solutions externes prêtes à l’emploi, expose les entreprises françaises à un risque de « vassalisation technologique ».
Ce danger est d’autant plus prégnant face à la montée en puissance de solutions alternatives, notamment l’offensive des modèles en open source provenant de Chine. Pour le dirigeant, la souveraineté ne doit pas être perçue comme un concept abstrait ou un slogan politique. Il s’agit d’une condition sine qua non pour la survie et la résilience des entreprises.
« La souveraineté n’est pas un slogan, c’est une question de résilience opérationnelle et de maîtrise de ses propres actifs logiciels », insiste-t-il.
Perdre la maîtrise de ses outils et de ses données revient à confier les clés de sa stratégie à des acteurs externes, dont les intérêts ne sont pas nécessairement alignés.
L’impératif d’une acculturation des dirigeants
Face à ce constat, la solution ne réside pas seulement dans l’investissement technologique, mais avant tout dans un changement de culture au plus haut niveau de l’entreprise. Francis Lelong est formel : la multiplication des outils ne produira aucun effet bénéfique sans une acculturation profonde des dirigeants. Ce sont eux qui doivent impulser une vision stratégique de l’IA, comprendre ses implications et orchestrer son déploiement de manière cohérente et intégrée.
Il est donc impératif que les chefs d’entreprise dépassent la simple curiosité technologique pour engager une véritable réflexion sur la manière dont l’IA peut réinventer leur modèle d’affaires. Cette démarche proactive est la seule voie pour transformer un risque de dépendance en une opportunité de croissance et d’indépendance stratégique.
via Press Agence.


