PARIS : François GOMBERT : « La violence est devenue la lan…
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PARIS : François GOMBERT : « La violence est devenue la langue officielle de la politique française »
Dans une analyse, l’expert François Gombert décrypte l’instrumentalisation de la violence par LFI, le RN et la majorité présidentielle.
La violence en politique n’est plus un dérapage, mais une méthode. C’est le constat implacable que dresse François Gombert, expert en communication stratégique et gestion de crise, dans la dernière édition de sa newsletter « Com’ on en parle ! ». Analysant la séquence politique tendue du printemps 2026, marquée par des agressions et des tensions post-municipales, il soutient que la brutalité est devenue un outil de communication délibéré, utilisé différemment par chaque camp pour construire son récit en vue de l’élection présidentielle de 2027.
LFI ou l’ingénierie du double récit
Selon François Gombert, La France Insoumise (LFI) a mis en place un « double récit » parfaitement orchestré. Au niveau local, la stratégie est celle de la rupture et de la confrontation. Il prend pour exemple la nouvelle mairie de Saint-Denis, où l’installation du maire Bally Bagayoko a été marquée par des invectives et une menace assumée envers l’administration : « Les fonctionnaires qui ne sont pas en phase avec le projet politique, forcément, ils partiront ». Cette posture a provoqué une crise, avec 90 demandes de mutation parmi les 160 policiers municipaux, et une mise en demeure de l’État. Pour l’analyste, même le champ lexical de M. Bagayoko, qui utilise les termes « coup » et « KO » pour évoquer la collecte de parrainages, révèle que « la violence sémantique est permanente parce qu’elle est constitutive de l’identité de marque ».
À l’inverse, au niveau national, Jean-Luc Mélenchon, lors de sa déclaration de candidature le 3 mai sur TF1, a développé un discours d’ordre et de méthode. « Nous, c’est carré : il y a une équipe, un programme et un seul candidat », a-t-il affirmé. Pour François Gombert, cette opposition est une « prestidigitation sémantique de haut vol » visant à faire oublier le chaos local en invoquant des périls mondiaux.
Le RN et la dé-contextualisation stratégique
Le Rassemblement National (RN) emploie une autre technique, qualifiée de « dé-contextualisation stratégique ». L’analyse de François Gombert montre que le parti de Jordan Bardella transforme chaque fait divers violent en symptôme d’un effondrement civilisationnel national. Le meurtre de Quentin Carde à Lyon n’est plus un drame local, mais la preuve « d’un climat de violence, minutieusement instauré depuis des années, par une partie de la gauche », selon les mots de M. Bardella.
Plutôt que d’apporter des solutions concrètes aux problèmes locaux, comme à Saint-Denis, le RN instrumentalise la souffrance pour promouvoir son offre politique nationale, invitant les policiers municipaux en fuite à rejoindre les villes RN, présentées comme des « terres d’asile ». « Vous ne traitez jamais le problème concret », analyse François Gombert, « vous transformez le problème concret en preuve de votre thèse générale ».
La majorité et l’indignation comme posture
Face à cette montée de la violence, la majorité présidentielle, par la voix de Gabriel Attal, opte pour ce que l’expert nomme « l’indignation comme périmètre de sécurité ». En condamnant fermement la violence comme « la fin de la démocratie », le Premier ministre adopte une posture morale irréprochable mais vide de propositions concrètes pour répondre, par exemple, à l’insécurité ressentie par 15 % des maires de France, selon une étude AMF/Cevipof. « L’indignation remplace l’action. La posture morale tient lieu de politique publique », estime François Gombert, qui souligne que cette stratégie de définition par la négative (« ni extrême gauche, ni extrême droite ») ne dit jamais ce que l’on est.
Un point de collision le 7 juin
Pour François Gombert, cette stratégie de la tension trouvera un point culminant le 7 juin prochain, date du premier meeting présidentiel de Jean-Luc Mélenchon à Saint-Denis, aux côtés de Bally Bagayoko. Un choix « stratégiquement brillant mais communicationnellement dangereux », selon lui, car il transformera la crise locale en promesse nationale, tout en risquant de mettre en collision frontale le récit du chaos local et celui de l’ordre national. L’analyse complète est disponible dans sa newsletter « Com’ on en parle ! », publiée sur la plateforme Substack.
L’expert conclut en transposant ces observations au monde de l’entreprise, où la violence sémantique précède toujours les crises réelles et où la cohérence entre le discours et les actes reste la condition de survie de toute organisation.


