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PARIS : Culture iranienne – Sina ABEDI explore les secrets du Târof, « l’art de couper la tête avec de la soie »

Sina Abedi publie « Târof », un essai décryptant l’art complexe de la politesse iranienne, un code social entre générosité et stratégie.

Comment un simple verre de thé peut-il devenir un champ de bataille ? Pourquoi un « non merci » iranien signifie-t-il souvent « oui, mais insiste encore » ? Dans son nouvel essai, « Târof : L’art de la guerre à l’iranienne », qui paraîtra le 20 mai 2026 aux éditions Gondishapour, l’architecte et chercheur Sina Abedi propose la première exploration en langue française d’un phénomène culturel aussi fascinant que méconnu. L’ouvrage plonge au cœur d’un système de courtoisie qui structure en profondeur les relations sociales, familiales, professionnelles et même politiques en Iran.

Un instrument de résilience culturelle

Bien au-delà d’une simple politesse, le Târof est présenté comme une véritable arme sociale et culturelle, un outil de résilience perfectionné au fil des siècles par le peuple iranien pour faire face aux épreuves de l’Histoire. L’auteur le décrit comme une arme invisible, « tissée de mots, de silences, de gestes et de refus calculés ». Ce code complexe ne sert pas uniquement à faire bonne figure ; il régule les tensions, désamorce les conflits potentiels et contribue à maintenir un équilibre délicat au sein de la société.

Selon l’analyse, sans cette clé de lecture, les subtilités des interactions en Iran demeurent largement impénétrables. Le Târof est une sorte de « grammaire sociale cachée » qui reflète une stratégie millénaire alliant bienséance, générosité apparente, instinct de survie et diplomatie du quotidien.

Entre analyse rigoureuse et récit personnel

Loin d’être un simple guide des bonnes manières, l’essai de Sina Abedi dévoile les mécanismes de ce code à travers des situations concrètes. De la bataille rituelle pour régler l’addition au restaurant aux stratégies de négociation en passant par les jeux psychologiques liés à l’honneur (Ābéru), l’auteur décrypte un art de vivre qui oscille entre générosité sincère et stratégie redoutable.

Né à Ispahan, Sina Abedi, docteur en architecture et chercheur associé à l’École nationale supérieure d’architecture de Paris-Belleville, nourrit son analyse de ses propres mésaventures interculturelles. Il relate notamment un séjour chez un ami français dont la patience, mise à rude épreuve par sept jours de refus théâtraux, a fini par céder. Le livre mêle ainsi rigueur intellectuelle, sens du récit et une autodérision caractéristique, selon la préfacière, de la culture persane.

Le regard éclairant de Leili Anvar

L’ouvrage est préfacé par Leili Anvar, maîtresse de conférences en langue et littérature persanes à l’Inalco et grande spécialiste de la poésie mystique. Elle salue un ouvrage qui « mène une réflexion profonde sur une dimension essentielle de l’iranité ». Pour elle, le Târof est un de ces concepts intraduisibles qui illustre la complexité de la culture iranienne.

« Le mot Târof fait partie de mes « intraduisibles » ; un de ces mots qui portent en eux tant de significations parfois contradictoires que, quand on doit le traduire, on ne sait où donner de la tête. Et voilà que l’un des praticiens les plus accomplis du Târof que je connaisse, Sina Abedi, m’explique pourquoi : si le Târof est « l’art de couper la tête avec de la soie », alors quoi de plus naturel que j’en perde la tête ou mon latin ! Lorsque ma part française est gênée par cet assaut de civilités, j’ai tendance à traduire « manières » ; quand je suis carrément irritée, je vais jusqu’à dire « obséquiosité » ; et puis quand la persane en moi reprend le dessus, je l’appelle « politesse » voire « délicatesse ». Quand la brutalité du monde se rappelle à moi -et Dieu sait que ces jours-ci, le monde n’en est pas avare-, je me dis que finalement c’est un art de vivre aristocratique qui permet de rendre la vie plus douce, douce comme de la soie », témoigne Leili Anvar dans sa préface.

Rencontre et informations pratiques

À l’occasion de cette parution, les éditions Gondishapour organisent une rencontre-dédicace avec Sina Abedi, en dialogue avec Fabrice Millon-Desvignes. L’événement se tiendra le mercredi 13 mai 2026 à 19h à la librairie Tschann, située au 125 boulevard du Montparnasse, dans le 6ème arrondissement de Paris.

L’éditeur, Gondishapour, est une association fondée en 2020 qui se définit comme un espace de création visant à réinventer l’académie antique de Gondishapour pour en faire un « jardin des savoirs du 21ème siècle ».

*Târof. L’art de la guerre à l’iranienne* – Sina Abedi – Préface de Leili Anvar – Gondishapour Éditions – 145 pages, 16 € (Broché & ebook) – ISBN : 978-2-488778-03-9. Plus d’informations sur le site de l’éditeur : www.gondishapour.fr.