PARIS : Sarah CHICHE : « Aimer et vivre, c’est la même chos…
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PARIS : Sarah CHICHE : « Aimer et vivre, c’est la même chose »
L’écrivain et psychanalyste Sarah Chiche explore les thèmes de l’amour, de la vie et du trauma familial dans une œuvre littéraire incandescente.
« L’écriture est le but essentiel de mon existence », confie Sarah Chiche, figure singulière du paysage littéraire français qui fêtera ses cinquante ans le 21 mai prochain. L’auteure, qui a déjà publié six livres et trois essais remarqués, revendique une hiérarchie claire dans sa double vocation : « Je suis écrivain et psychanalyste et non l’inverse ». Cette primauté de la plume remonte à une promesse faite dans l’enfance, un engagement intime et fondateur qui irrigue toute son œuvre.
Une écriture née du trauma
Le cœur de son travail littéraire puise sa source dans un drame personnel : la mort de son père alors qu’elle n’avait que quinze mois. Cet événement a laissé la figure paternelle « non-représentée », dépourvue de souvenirs tangibles. C’est par l’écriture que Sarah Chiche comble ce vide, transformant l’absence en une matière romanesque puissante. « Il n’est pas nécessaire de connaitre pour aimer », affirme-t-elle, soulignant la capacité de l’imaginaire à tisser des liens par-delà l’oubli. Son œuvre s’ancre ainsi dans une exploration du trauma, une littérature essentielle qui se positionne comme un acte de résilience, une bataille acharnée pour la vie contre la mort.
Une saga familiale et littéraire
À travers des ouvrages comme *L’inachevée*, *Les enténébrés* ou *Saturne*, Sarah Chiche déroule une histoire familiale complexe et romanesque. Ses racines plongent dans l’Algérie, où son grand-père Emile avait bâti un empire médical, abandonné lors de la guerre puis reconstruit en France. Elle y dépeint les figures d’un père dissident, Harry, et d’une mère, Eve, considérée comme une belle-fille indésirable. Ses récits explorent avec acuité les failles familiales, mêlant « fragilité mais aussi lâchetés, égoïsmes, de chemins tout tracés qui écrasent des vies entières ». Cette matière autobiographique, loin de se limiter à l’intime, devient un prisme pour interroger les grandes questions existentielles.
L’amour comme une « retrouvaille »
Le thème de l’amour, perçu comme une « injonction » et une « rébellion », est au centre de son dernier roman. L’ouvrage met en scène Alexis et Margaux, deux personnages qui se rencontrent à l’âge de neuf ans et que la vie sépare pendant quarante ans, avant de les réunir par hasard dans un supermarché. Cette seconde rencontre, à l’âge de la maturité, devient le véritable point de départ de leur histoire. Pour l’auteure, cette intrigue illustre une conviction profonde : « L’amour n’est pas une trouvaille, mais une retrouvaille : le plus ancien redevient alors le plus jeune ». Une vision qui fait écho à la célèbre phrase d’André Breton : « L’amour, c’est quand on rencontre quelqu’un qui vous donne de vos nouvelles ».
Double vie, une seule discipline
Connue pour son visage sérieux et sa présence intense lors de ses apparitions médiatiques, notamment à *La Grande Librairie*, Sarah Chiche mène une vie d’une discipline rigoureuse. Ses journées commencent dès cinq heures du matin, consacrées à l’écriture, avant de recevoir ses patients à partir de neuf heures. Elle confie n’avoir qu’une seule addiction, « au café ». Loin de les opposer, elle considère ses deux activités comme « hermétiques, mais complémentaires », deux facettes d’un même engagement envers la complexité de l’âme humaine. Une dualité assumée qui lui permet aujourd’hui de se dire, enfin, « heureuse de vivre et d’écrire ».


