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BILBAO : Art – Igshaan Adams tisse la mémoire et le c…

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BILBAO : Art – Igshaan Adams tisse la mémoire et le corps au Guggenheim

L’artiste sud-africain Igshaan Adams présente ses monumentales tapisseries explorant race et mémoire au musée Guggenheim du 5 mai au 1er novembre.

Le Musée Guggenheim Bilbao a inauguré ce mardi 5 mai une exposition majeure consacrée à l’artiste sud-africain Igshaan Adams. Intitulée « Soulevant la poussière : L’Archive du corps », cette installation s’inscrit dans le cadre du programme *in situ*, qui invite des figures de la scène contemporaine à créer des œuvres en dialogue direct avec l’architecture emblématique du musée. Jusqu’au 1er novembre 2026, les visiteurs pourront découvrir un travail immersif où le textile devient le support de la mémoire, du corps et des traumatismes collectifs.

Un héritage de l’apartheid

Né en 1982 au Cap, Igshaan Adams a grandi à Bonteheuwel, une banlieue ségréguée par le régime de l’apartheid. Cette expérience a profondément marqué sa pratique artistique, qui explore avec une grande finesse les intersections entre l’histoire personnelle et les structures politiques. Ses œuvres, qu’il s’agisse de sculptures ou de tissages complexes, transforment des matériaux humbles – cordes, perles, fil de fer, objets trouvés – en compositions d’une richesse symbolique et sensorielle saisissante.

Les premières créations de l’artiste s’inspiraient des motifs géométriques des sols en linoléum des intérieurs domestiques, réinterprétés en abstractions intimistes. Progressivement, son travail a évolué pour intégrer les « lignes du désir », ces sentiers improvisés créés par le passage répété des corps, qui défient les chemins officiels et tracent de nouvelles cartographies de l’espace vécu.

De la trace au mouvement collectif

La démarche d’Igshaan Adams a récemment pris une nouvelle dimension en intégrant le mouvement et la danse. Sa collaboration avec le Garage Dance Ensemble, un collectif basé à O’okiep, lieu d’origine de sa famille maternelle dans la province du Cap-Nord, a ouvert un dialogue fécond entre le tissage et l’acte chorégraphique. Au cours d’ateliers, des danseurs évoluent sur de grandes toiles posées au sol, créant ce que l’artiste nomme des « empreintes de danse ».

Ces monotypes superposés enregistrent les gestes, les contacts et les rythmes, devenant une archive physique des rencontres. Pour Igshaan Adams, ce processus est une forme de thérapie collective visant à « déloger les empreintes psychiques accumulées et sédimentaires ». Le mouvement devient ainsi un outil pour affronter et potentiellement réparer les traumatismes inscrits dans le corps.

Une installation immersive conçue pour Bilbao

Sous le commissariat de Lekha Hileman, l’exposition au Guggenheim Bilbao présente une série de grandes tapisseries issues de ces « empreintes de danse ». Elles ont été conçues à partir d’une performance organisée à Athènes, à la fondation NEON, où des danseurs sud-africains et grecs ont collaboré. Déployées dans l’espace muséal, ces œuvres monumentales invitent à une déambulation introspective.

Certaines sont suspendues sur des supports incurvés, révélant leur envers et leur endroit, tandis que d’autres sont accompagnées de formes plus petites, semblables à des nuages, comme si des fragments de couleur et de mouvement s’étaient échappés de la trame principale. L’installation matérialise des forces invisibles comme la mémoire, le rythme et l’empathie, proposant le tissage non plus comme un acte solitaire, mais comme une expérience corporelle et collective.

Autour de l’exposition

L’ouverture de l’exposition est accompagnée de plusieurs événements. Une conférence inaugurale s’est tenue hier soir, réunissant l’artiste et la commissaire Lekha Hileman. Ce mardi 5 mai, plusieurs performances du Garage Dance Ensemble sont programmées, notamment sur l’esplanade du musée et dans l’atrium, suivies d’une discussion. Le musée propose également un espace pédagogique, dans le cadre du programme Didaktika, pour explorer les processus créatifs de l’artiste à travers des vidéos et des œuvres préparatoires, offrant des clés de compréhension essentielles pour apprécier la profondeur de cette exposition.