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PARIS : Francis Dupuis-Déri : « Déboulonner les idéologues…

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PARIS : Francis Dupuis-Déri : « Déboulonner les idéologues de la réaction »

L’essayiste Francis Dupuis-Déri décrypte dans un livre trente ans de stratégies réactionnaires pour imposer un récit dominant.

Dans un contexte de débats publics de plus en plus polarisés, l’essayiste et professeur Francis Dupuis-Déri propose avec son nouvel ouvrage, « L’art de la guerre culturelle », un véritable manuel de résistance intellectuelle. Publié le 8 avril 2026 aux éditions Textuel, ce livre analyse sur trois décennies les mécanismes et les stratégies employés par le camp réactionnaire pour imposer sa vision du monde et discréditer les luttes progressistes.

L’auteur, qui enseigne la science politique et les études féministes à l’Université du Québec à Montréal, offre une analyse rigoureuse et factuelle des offensives menées sur ce qu’il est convenu d’appeler le champ de bataille culturel. Comme le souligne le journaliste Jean-Marie Durand dans *Les Inrockuptibles*, ces guerres visent à « la domination d’un ethos culturel et moral sur l’autre », un concept déjà théorisé par le sociologue James Davison Hunter en 1991.

Une analyse des stratégies réactionnaires

Au fil des 272 pages, Francis Dupuis-Déri décortique avec une ironie mordante les tactiques récurrentes des idéologues conservateurs. Il identifie plusieurs piliers de leur discours : le déni de la réalité, une posture victimaire systématique, le dénigrement constant des groupes dominés, la distorsion du langage et le recours à des mensonges manifestes.

Selon lui, ces stratégies sont déployées pour rejouer sans cesse une même partition visant à délégitimer les combats féministes, antiracistes ou écologistes. L’ouvrage met en lumière comment, du mythe du « politiquement correct » aux récentes paniques morales liées au « wokisme », les mêmes ressorts sont utilisés pour défendre un ordre établi et justifier des politiques allant, selon l’auteur, jusqu’à des guerres comme celle menée à Gaza.

Démystifier les paniques morales

L’un des apports majeurs de l’essai est de confronter les discours alarmistes à la réalité des faits. Francis Dupuis-Déri s’attaque aux épouvantails régulièrement agités dans le débat public, tels que la « cancel culture », la « crise de la masculinité » ou la « submersion migratoire ».

Il démontre, preuves à l’appui, que les féministes et les antiracistes ne parviennent que très rarement à faire annuler des événements culturels ou universitaires. De même, il rappelle que les grands classiques de la littérature et de la philosophie, majoritairement rédigés par des hommes blancs, continuent de figurer en bonne place dans les programmes scolaires et les festivals. Cette approche factuelle permet de faire voler en éclats ce que son éditeur, Manuel Cervera-Marzal, qualifie de « paniques réactionnaires ».

Une guerre sémantique et économique

L’essai insiste sur le fait que cette bataille culturelle est aussi une guerre des mots. L’auteur met en garde contre l’usage de certains termes, comme celui de « polarisation », qui, sous couvert de décrire une pathologie du débat, sert en réalité à mettre sur un pied d’égalité des discours racistes et ceux qui les combattent.

Cette offensive n’est pas seulement idéologique, elle est aussi économique, soutenue par des milliardaires propriétaires de grands médias et de puissantes fondations conservatrices. Face à cette puissance, l’auteur ne cache pas un certain pessimisme. « Admettons-le humblement, le moral de nos troupes est à plat. L’ennemi est si puissant, si arrogant », confesse-t-il dans son essai. Pourtant, « L’art de la guerre culturelle » se veut un outil pour ne pas capituler, un appel à la lucidité et à la contre-offensive pour les forces progressistes.

Engagé de longue date dans les mobilisations féministes, Francis Dupuis-Déri est également l’auteur de « La crise de la masculinité. Autopsie d’un mythe tenace » (Points, 2022) et, chez Textuel, de « Les hommes et le féminisme. Faux amis, poseurs ou alliés » (2024).