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PARIS : Réindustrialisation – Il n’existe pas d…

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PARIS : Réindustrialisation – Il n’existe pas de recette miracle, selon La Fabrique de l’industrie

Une vaste étude de La Fabrique de l’industrie révèle que la réussite de la réindustrialisation repose sur des synergies locales uniques.

Loin des grandes consultations nationales, il n’existe pas de formule magique pour réindustrialiser la France. La réussite d’un projet industriel repose sur un dosage unique et propre à chaque territoire, fruit d’une alchimie complexe entre acteurs locaux. Telle est la conclusion principale de l’étude « Ces territoires qui cherchent à se réindustrialiser », publiée ce jeudi 23 avril 2026 par le think tank La Fabrique de l’industrie. L’ouvrage, signé par Caroline Granier et Pierre Ellie, est le fruit d’un travail de terrain mené sur six ans, entre 2019 et 2025, dans le cadre de l’Observatoire des Territoires d’industrie. En recueillant des centaines de témoignages d’élus, d’industriels et de chercheurs de Marseille-Fos à Dieppe, l’étude met en lumière que si les ingrédients du succès (compétences, foncier, réseaux, financement) sont connus, leur combinaison est toujours une affaire locale.

Des coalitions locales au cœur du succès

L’étude révèle que la capacité d’un territoire à mobiliser ses forces vives est le premier facteur de réussite. Les formes que prend cette mobilisation varient radicalement d’un lieu à l’autre. À Saint-Nazaire, par exemple, lorsqu’une question sur l’industrie du futur est posée, « tout le monde saute sur son vélo pour venir à la réunion », témoigne un industriel des Chantiers de l’Atlantique, illustrant une culture de la coopération spontanée. À l’inverse, dans d’autres régions, des dispositifs similaires restent lettre morte. Pour Nicolas Mayer-Rossignol, maire de Rouen, l’écueil est souvent de se focaliser d’emblée sur la gouvernance, alors que la priorité devrait être de s’entendre sur « une vision stratégique partagée ».

Les exemples de dynamiques réussies sont multiples. À Figeac, l’écosystème s’est bâti sur plusieurs décennies autour de l’entreprise Ratier-Figeac, qui a encouragé ses propres salariés à créer un tissu de sous-traitants. À Dieppe, des liens informels mais solides se tissent lors de dîners dans un club interentreprises, tandis que dans la Marne, la crise du Covid a servi de catalyseur pour transformer un petit groupe de discussion en un réseau de 110 industriels.

Une coopération au-delà du binôme élu-industriel

Si la collaboration entre élus et industriels est un socle essentiel, les projets les plus ambitieux naissent de coalitions beaucoup plus larges. L’étude cite le cas de Grand-Orly Seine Bièvre, où TPE, PME, grands groupes, aménageurs, investisseurs et chambres consulaires se sont mobilisés bien avant le programme Territoires d’industrie pour publier un « Manifeste pour un territoire industriel et productif ». De même, le Campus Industrie circulaire de la mobilité dans l’ouest parisien est le fruit d’un partenariat complexe entre Renault, l’université, plusieurs académies et des pôles de compétitivité.

Cette capacité à dépasser les clivages est un critère de choix pour les investisseurs. Frédéric Granotier, fondateur de Lucibel, explique avoir écarté certains sites pour sa relocalisation : « Lorsque nous avons effectué notre tour de France, nous avons écarté des territoires dans lesquels le maire, le président du conseil général et le président du conseil régional étaient en permanence en désaccord ».

Compétences et foncier, des actifs à gérer collectivement

La compétence ne se résume pas à la simple disponibilité de main-d’œuvre. C’est la capacité d’un territoire à faire circuler et à réorienter les savoir-faire qui fait la différence. L’étude illustre cette résilience par plusieurs exemples : à Chalon-sur-Saône, les compétences en métallurgie ont glissé vers le nucléaire ; à Saint-Étienne, l’expert du textile Thuasne s’est reconverti dans les dispositifs médicaux ; et à Nogent-sur-Marne, les couteliers sont devenus des fabricants de prothèses chirurgicales. Cependant, des freins administratifs peuvent entraver ces dynamiques, comme à Terres de Montaigu, où un projet de bac pro est bloqué par une règle limitant l’alternance à deux entreprises.

Le foncier est un autre enjeu crucial. Sa gestion doit être collective et anticipée, via la réhabilitation de friches et une coordination étroite entre aménageurs et industriels. Faute de cette vision commune, plusieurs projets d’implantation ont échoué.

Le financement, angle mort de la dynamique territoriale

Le maillon faible identifié par de nombreux acteurs reste le financement. La centralisation bancaire et la fermeture des agences locales ont rompu les liens de confiance et rendu les banques plus réticentes à financer le risque industriel. Didier Klein, maire de Taillecourt et vice-président du Pays de Montbéliard, livre un témoignage édifiant : « J’ai vu récemment une banque demander à une collectivité si elle pouvait mettre en place un complément de prêt pour que la banque ne perde pas trop d’argent en finançant la construction d’un bâtiment ».

Pour les start-ups industrielles, la situation est encore plus critique. Elles dépendent quasi exclusivement du soutien public. « Sans le soutien de Bpifrance, les banquiers n’auraient sans doute pas pris le risque de financer une start-up industrielle, malgré les retours très positifs du marché », confie Maxime Grojean, directeur général de Gaming Engineering.

En conclusion, si l’État peut donner une impulsion, la pérennité de l’industrie se construit au plus près du terrain, par des acteurs qui décident de construire ensemble ce qu’aucun ne pourrait faire seul.

L’étude complète « Ces territoires qui cherchent à se réindustrialiser » est disponible sur le site de La Fabrique de l’industrie (https://www.la-fabrique.fr/fr/publication/territoires-reindustrialiser/).